Au château d'Argol

par

Entre description de paysages et thématiques sous-jacentes

A travers cette œuvre, Julien Gracq ne présente pas une histoire classique faite d’intrigues, mais plutôt une situation. Cet état de chose pourrait être considéré comme une insuffisance pour beaucoup d’auteurs ordinaires, en ce sens qu’il donnerait l’impression que l’ouvrage est vide. Mais il n’en est rien. Car justement, Julien Gracq arrive admirablement à compenser cela en insistant sur la description. Cette dernière s’appliquant aussi bien aux  lieux qu’aux personnages. Mais au-delà de tout, c’est bien la description des paysages qui comble le vide aventureux de l’ouvrage. Elle y est omniprésente, tant et si bien que les personnages sont presque mis au second plan.  En effet, les paysages sont bel et bien ce qui domine : « La grève mouillée était mangée par de longs bancs de brume blanches que la mer plate, et qui réfléchissait les rayons presque horizontaux du soleil, éclairait par dessous d'un poudroiement lumineux, et les écharpes lisses du brouillard se distinguaient à peine pour l'œil surpris des flaques d'eau et des étendues de sable humide – comme si l'œil enchanté, au matin de la création, eût pu voir se dérouler le mystère naïf de la séparation des éléments ». Et si la description prend à bien d’égards une place prépondérante, il est indéniable que la situation présentée par l’auteur mérite le détour.

L’ouvrage fait ressortir trois thématiques étroitement liées aux relations qui se sont tissées entre les personnages. La première d’entre elles est l’amour. En effet, il est clair que la nature des liens qui se tissent entre les personnages n’a rien de platonique. Les deux hommes désirent la femme tandis que cette dernière quoiqu’ayant une position ambigüe vis-à-vis d’eux est quand même plus attirée par Albert : « …..Il lui semblait que ses veines fussent incapables de contenir un instant de plus le flux épouvantable de ce sang qui bondissait en elle avec fureur au seul contact du bras d’Albert…. ». Voilà qui révèle non seulement la présence de sentiments amoureux, mais également d’actes  physiques allant dans le même sens. Mais comme ils sont deux à se disputer les faveurs de Heide, la déraison tendra à l’emporter, ce qui nous conduit au second thème, celui de la violence. Symbolique de la rivalité qui habite les deux hommes, elle apparait comme le moyen dont ils devront user pour arriver à leurs fins. Ce qui d’une façon modérée, se traduira par le viol dont fut victime Heide. La thématique de la violence, envisagée du point de vue de ses conséquences les plus graves, conduit à la troisième thématique, celle de la mort. Elle est assez présente dans l’ouvrage, dans la mesure où Herminien et Heide, bien qu’étant décédés depuis, continuent d’intervenir dans l’ouvrage comme s’ils étaient encore vivants. L’on remarque donc une espèce de cohabitation quasi fusionnelle entre l’au-delà, et le monde des vivants. Des séquences lugubres qui ne trompent pas : « Et maintenant, qu'ils s'en aillent à travers les escaliers, les salles, les lugubres ténèbres du château vide – ils ne pourront libérer leurs cœurs de la pesanteur alarmante de l'événement ». Même Albert finit par mourir, rendant la mort encore plus présente aux yeux du lecteur. De quoi se demander s’il n’y a jamais eu trace de joie au fil de ces pages.

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