Au château d'Argol

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La toile de fond du surréalisme, un cadre inquiétant et fascinant

Les romans se suivent, sont nombreux, mais ne se ressemblent guère. Chaque auteur a son style, sa technique d’écriture et ses centres d’intérêts. A ce jeu-là, Julien Gracq fait office de génie, car sa plume a ceci de particulier qu’elle vous entraine dans un univers hors du commun où s’entremêlent ambiance macabre et esthétique. De tous ses livres, celui qui illustre le mieux ces impressions est Au château d’Argol. Car bien plus que l’histoire, c’est la technique d’écriture qui capte le plus l’attention du lecteur. Elle fait immanquablement penser au surréalisme. Qu’entendons-nous donc par ce terme ? Il s’agit tout simplement d’un mouvement axé sur la littérature, l’art et la culture, qui a vu le jour pendant la première moitié du XXème siècle. Son fondateur, André Breton, le définit comme un : «  Automatisme psychique pur, par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée ». A cette définition, il apportera une plus grande clarification en disant que : « Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d'associations négligées jusqu'à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée ».

Quand un artiste se laisse submerger par son instinct, il parvient à ressortir ce qu’il a en lui de plus beau et de plus subtil. Le style de Julien Gracq est si fantastique qu’il réussit l’exploit de ne pas le rendre rebutant. Comment en effet s’appesantir sur la négativité quand par endroit, l’esthétique des mots fait immanquablement penser à la positivité ? « Dans le silence des arbres, à peine distinct de celui des étoiles, ils vécurent une nuit du monde dans sa privauté sidérale, et la révolution de la planète, son orbe enthousiasmante parut gouverner l'harmonie de leurs gestes les plus familiers ». En outre le château, lieu où se déroule l’action, exerce sur le lecteur une forme de fascination quand bien même certains éléments de description ont un caractère pour le moins inquiétant.

L’évocation d’un château exerce toujours une forme de fascination sur nos esprits. En effet, les histoires qui nous étaient contées en guise de prélude à nos nuits enfantines en étaient peuplées, au même titre que de personnages qui suscitaient l’admiration tels que les fées, rois, princes et princesses. C’est donc une impression positive qui nous envahit à la lecture du titre  Au château d’Argol, une sorte de retour à l’enfance. L’auteur, de par les descriptions qu’il fait du château, arrive à entretenir chez le lecteur cette sensation, tout en parvenant à instiller en lui au moyen de quelques détails, une sorte d’inquiétude. Il en résulte donc que le château garde ce caractère fascinant que nous lui attribuons depuis toujours, mais que pour les besoins de la sombre situation qu’il présente, l’auteur a voulu y mettre une part d’ombre grâce au jeu des représentations : « Le château se dressait à l’extrémité de l’éperon rocheux que venait de côtoyer Albert. Un sentier tortueux y conduisait – impraticable à toute voiture- et s’embranchait à gauche de la route. Il serpentait quelque temps dans une étroite prairie marécageuse […] D’épaisses masses de fougères bordaient le sentier à hauteur d’homme […] Des bois touffus enserraient le chemin dans ses détours les plus capricieux […] Depuis le pied des murailles la forêt s’étendit en demi-cercle jusqu’aux limites extrêmes de la vue ; c’était une forêt triste et sauvage, un bois dormant, dont la tranquillité étreignait l’âme avec violence. Elle enserrait le château comme les anneaux d’un serpent pesamment immobile, dont la peau marbrée eût été alors assez bien figurée par les taches sombres des nuages qui couraient sur sa façade ridée ».

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