Axël

par

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Auguste Villiers de l’Isle-Adam

Auguste Villiers de
l’Isle-Adam est un écrivain français symboliste du XIXème siècle. Il est aussi
rattaché au romantisme et au décadentisme. Né en 1838 à Saint-Brieuc
(Bretagne), il meurt en 1889 à Paris. Des personnalités figurent dans son arbre
généalogique, dont le fondateur de l’Ordre de Malte. À sa naissance, sa famille
a déjà été ruinée par la Révolution, et le petit Auguste grandit bercé de rêves
de fortune et de gloire futures.

Est resté du futur écrivain
le portrait d’un enfant puis d’un adolescent maladif, au terrain sensible et
anxieux, vivant reclus dans un imaginaire puissant. Deux amours marquent le
jeune auteur pour toujours et le condamnent à la quête sans grand espoir d’un
amour sublime. D’une part la première jeune fille qu’il aime meurt peu après
leur rencontre ; d’autre part une femme le trahit, et Auguste finit par se
consoler dans la création poétique.

C’est poussé par sa famille,
qui croit en lui, qu’Auguste se rend à Paris ; il se lie rapidement à de
nombreux artistes, dont Baudelaire, et collabore à la Revue fantaisiste. Il exprime alors son souhait de donner naissance
à une littérature philosophique innovante, où le rêve parviendrait à embrasser
la logique.

Après ses Deux essais de poésie en 1858, il publie
l’année d’après ses Premières Poésies,
renommées ensuite Les Sillons stériles,
qui ne le font pas connaître. S’il se sent une certaine connivence avec Poe que
lui fait connaître Baudelaire, son inspiration majeure vient de Hegel, et son
exaltation de l’infinité de l’Esprit.

Son premier roman, Isis, paraît en 1862 ; il met en
scène le jeune comte Wilhelm de Strally-d’Anthas, désireux de séduire la
marquise Fabriana, femme accomplie réunissant toutes les qualités, avant de
s’asseoir sur le trône de Naples. Si des digressions rhétoriques et des
personnages irréels à force de traits poussés à l’extrême peuvent rebuter, les costumes,
les décors comme l’architecture, décrits dans un style élégant au travers d’une
abondance de détails, recèlent de quoi captiver le lecteur.

Même si, durant toute sa vie
littéraire, Villiers de l’Isle-Adam poursuivit sa quête de gloire, il ne la
rencontra pas, bien qu’il brillait par son entregent, et dut se contenter de
partager celles de ses célèbres amis, dont Mallarmé et Charles Cros. Ses œuvres
singulières, parcourues de rêves insolites, ne sont pas comprises par ses
contemporains. Ellen (1865) et Morgane (1866), les premiers drames
qu’il écrit, ne sont pas même représentés de son vivant. Ce n’est par exemple
qu’en 1883, soient trois ans après sa rédaction, que la pièce Le Nouveau Monde trouve un théâtre. Drame
en cinq actes et en prose, c’est la participation de l’auteur à un concours où
il s’agissait d’introduire dans l’œuvre l’événement historique d’une manière
seulement accessoire ; on y retrouve les grandes figures d’idéalistes
qu’affectionne Villiers de l’Isle-Adam : lord Cecil, au commandement des
armées anglaises contre les rebelles américains, type du chevalier digne,
représentant la vieille Albion ; Ruth Moore, scindée, tout comme
l’Amérique de l’époque, entre deux hommes ; Ashwell, symbolisant l’idéal
démocratique dans sa pureté alors qu’il éclot tout juste ; et enfin Mrs.
Andrews, femme mystérieuse, génie du mal dont le dramaturge dit qu’elle est
« le type d’une âme étrange, ténébreuse et amère, d’une fille de race,
hantée de mélancolie, de silence et de fatalité ».

C’est en publiant dans la Revue des Lettres et des Arts durant
quelques mois entre 1867 et 1868 une série de contes qu’il trouve sa vocation.
Il publiera ainsi dans sa dernière période un recueil de contes, récits et
nouvelles, les Contes cruels, en 1883, son ouvrage le plus connu. Si
l’œuvre demeure originale, on y sent l’influence de Poe et des romantiques
allemands. L’atmosphère qui parcourt les écrits est souvent morbide,
d’énigmatiques communications y sont possibles – comme dans L’Inconnu où l’héroïne, sourde, qui
entend cependant la voix de l’âme, renonce à l’amour qui se verrait
immanquablement altéré par son don –, la mort y est envisagée avec crainte –
comme dans L’Intersigne où abondent de
sinistres prophéties qui paraissent autoréalisatrices. Dans les Nouveaux Contes cruels, en 1888, la
violence devient poussée à l’extrême, et les récits oscillent entre sadisme –
comme celui du Convive des dernières fêtes
– et la torture mentale, comme dans La
Torture par l’espérance
, pour un Juif, à Saragosse, chez lequel on
entretient l’espoir d’une évasion. Les Histoires
insolites
publiées la même année fonctionnent majoritairement comme un
moment de détente au sein d’une production noire ; le lecteur peut ainsi
habiter un instant dans La Maison du
bonheur
au milieu d’un décor radieux mais imaginaire. On retrouve à nouveau
le thème de l’inquiétude à l’approche de la mort dans le recueil L’Amour suprême (1886),
notamment dans Le Secret de la potence
et L’Instant de Dieu.

Dans ses œuvres, Villiers de
l’Isle-Adam se montre étonnamment pluriel ; il peut faire preuve de
visions et d’un romantisme exubérants, à d’autres moments d’un macabre rare,
mais encore d’un humour sombre propre à inquiéter le lecteur, avant de le
plonger dans quelque havre de paix dans une atmosphère paisible.

Œuvre unique dans la
littérature française, Axël, parue en
1872, fait figure de poème dramatique aux dimensions gœthéennes, en prose,
ayant dans la première partie pour cadre un couvent de religieuses de la
Flandre française où Sara de Maupers, la nuit de Noël 1828, commet un sacrilège
en refusant au dernier moment d’entrer en religion. La deuxième partie a pour
décor l’ancien château des Auërsperg où vit le jeune Axël d’Auërsperg entouré
de servants âgés ; il tue en duel Kaspar, son cousin, pour ne pas violer
le secret d’un trésor caché, que connaît Sara qui fait son entrée en scène dans
la troisième partie. Les deux amants mourront ensemble en s’empoisonnant – mort
choisie, qui prolonge le rêve, face à une vie impossible où l’on renonce à la
foi et au savoir. L’œuvre, entre idéalisme et wagnérisme, baignée de lyrisme et
d’occultisme, fonctionne comme une synthèse des obsessions de l’auteur, et
inspirera bien des écrivains symbolistes de la fin du XIXème siècle.

Auguste Villiers de
l’Isle-Adam passa toute sa vie dans la gêne, et c’est une pauvre servante qui
lui donne un fils huit ans avant la mort de l’écrivain. Léon Bloy dit de
lui : « N’ayant pas, comme le chrétien qu’il eût pu être et qu’il
croyait être, une règle rigide, faussé par l’hégélianisme et saccagé par les
curiosités les plus dangereuses, parfois incroyablement privé d’équilibre, je
crois qu’il ne comprit jamais le pressentiment grandiose dont il suffoqua
trente ou quarante ans. »

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