Balafon

par

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Engelbert Mveng

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1930 : Engelbert Mveng naît à
Enem Nkal au Cameroun, près de
Yaoundé, dans une famille presbytérienne. Baptisé dans l’Église catholique, il
reçoit une éducation chrétienne. À treize ans il commence à étudier au
pré-séminaire d’Éfok, puis l’année suivante au petit séminaire d’Akono où il
reste cinq ans. En classe de cinquième, ses professeurs remarquent ses dons de
dessinateur et de peintre, d’autant plus étonnants qu’il s’est formé en
autodidacte. Il poursuit sa formation au grand
séminaire de Yaoundé
puis il y enseigne le latin et le grec en tant que
stagiaire.

1951 : Après avoir envisagé de se faire moine trappiste, il intègre
finalement un noviciat jésuite à Djuma au Congo belge. Il poursuit ensuite ses études philosophiques en Belgique,
à Wépion, puis en 1954 il gagne Paris. En 1958 il retourne à Douala,
dans son pays d’origine, pour y enseigner
dans un collège. À cette période il s’intéresse beaucoup à l’histoire et à l’art camerounais, notamment au gré de séjours dans la Région de
l’Ouest du Cameroun, berceau des ethnies
bamiléké
et bamoun.

1962 : Le Chemin de croix qu’il publie alors, ouvrage illustré, permet de
comprendre la méthode qu’emploie Engelbert Mveng pour faciliter le transfert du message évangélique aux
chrétiens africains
, à travers l’utilisation
de signes et de symboles – des masques notamment –,
dont certains apparaissent inspirés de l’art traditionnel des Bamoun. Il se
livre en outre à des comparaisons entre l’humiliation du chemin du calvaire et
des faits historiques propres au continent africain. Cette œuvre constitue un
exemple de l’emploi de l’image comme
support essentiel de la catéchèse
dans des communautés où la communication
orale et visuelle prédomine, mais aussi plus généralement de l’œuvre transdisciplinaire d’Engelbert
Mveng.

1963 : Suite à des études de théologie à Chantilly et Lyon, Engelbert Mveng
est ordonné prêtre. Il devient ainsi le premier
prêtre jésuite camerounais
. L’année suivante, il soutient une thèse de 3e cycle en histoire mettant en rapport paganisme
et christianisme dans la correspondance de saint Augustin.

1964 : Parution de L’Art d’Afrique noire. Liturgie cosmique et
langage religieux
. Plusieurs autres ouvrages théologiques de sa main suivront :
L’Afrique dans l’Église. Paroles d’un
croyant
en 1985, et Spiritualité et
libération en Afrique
en 1987. Pour un aperçu de la pensée que l’auteur y
déploie, voir ci-dessous « Éléments sur l’œuvre et la pensée d’Engelbert
Mveng ».

1965 : Engelbert Mveng commence à enseigner
l’histoire
à l’université de Yaoundé. Il est en outre chef de département
dans cette discipline. Il y sera professeur jusqu’à sa mort prématurée en 1995.

1970 : Engelbert Mveng soutient une nouvelle thèse en histoire à la Sorbonne sur les sources grecques de
l’histoire négro-africaine depuis Homère jusqu’à Strabon, qui sera publiée deux
ans plus tard.

1972 : Engelbert Mveng publie son recueil
de poèmes Balafon
, qui s’intègre
dans le courant de la négritude en mêlant tradition africaine et inspiration chrétienne. L’œuvre s’inscrit
dans une tradition lyrique, enchaîne
des passages empreints tour à tour de violence et de douceur. Ses thèmes
principaux sont le voyage, la fraternité et la négritude. Le mot « balafon » revoie à un instrument
africain utilisé dans le cadre d’un orchestre sollicité pour célébrer un
évènement joyeux, notamment un mariage. Le titre révèle donc un appel à l’union.

1980 : L’intérêt d’Engelbert Mveng pour l’art se manifeste dans L’Art
et l’artisanat africains
, ouvrage publié à Yaoundé. L’auteur l’a
composé sous la forme d’une encyclopédie populaire que son souci didactique
rend largement abordable. Elle est le résultat d’un patient travail de
recherche de quinze années.

1995 : Engelbert Mveng est retrouvé assassiné
à son domicile de Yaoundé, dans des circonstances demeurées obscures.

 

Éléments sur l’œuvre et la
pensée d’Engelbert Mveng

 

Engelbert Mveng s’est intéressé à plusieurs
disciplines : l’art, la théologie, l’histoire et l’anthropologie. Sa
pensée se ressent de cette interdisciplinarité,
le père Mveng s’est en effet attaché à créer des liens entre la réflexion
théologique
, les principes de la révélation et de la foi, et le contexte africain, via les sciences humaines. Il prône une lecture
africaine de la Bible, qui tende à une libération de l’homme africain.

Le travail historique de Mveng a aussi une
dimension transdisciplinaire ; il s’intéresse en effet à l’histoire de
l’Afrique et plus particulièrement de son pays, le Cameroun, notamment à
travers des sources grecques, mais il se livre aussi à un travail d’histoire de la religion en terre africaine, à une étude
généalogique remontant à ses origines.

Engelbert Mveng conçoit l’art comme un langage
liturgique
, propre à signifier singulièrement une foi, une spiritualité
africaines. Il envisage ainsi l’art
négro-africain
comme un instrument
d’inculturation de l’Évangile
en terre africaine, et rejoint en cela les
conceptions et le dessein du mouvement de pensée appelé Sillon noir. Ses productions théoriques à cet égard sont issues
d’un patient travail de terrain dans
les ateliers d’artisans africains, dont il s’attèle ensuite à décoder, selon un système
d’interprétation chrétien, le langage propre, les signes et les symboles, le
rythme aussi, qui traduisent toute
une histoire. Il s’oppose ainsi à la pensée commune selon laquelle une
tradition quasi uniquement orale prévaudrait en Afrique : « L’histoire
négro-africaine est donc écrite en œuvres d’art
. Le déchiffrement de cette
histoire ouvre une page d’épigraphie singulière et inédite. Il n’est plus vrai
de dire que l’histoire négro-africaine manque de documents écrits ; ce qui
est vrai, c’est que trop souvent, nous sommes analphabètes devant son
écriture. »
(L’Art et
l’artisanat africains
)

Engelbert Mveng parle en ces termes du langage
symbolique de l’art traditionnel nègre : il s’agit pour lui d’« une vaste encyclopédie populaire où
se lisaient la sagesse d’autrefois, les connaissances scientifiques, la
conception du monde et de l’homme, la religion, la société, les travaux de tous
les jours et les métiers, les jeux et les loisirs, et par-dessus tout,
l’histoire du peuple créant sa pérennité à travers le temps. »
(Ibid.) L’art négro-africain révèle ainsi
des dimensions liturgiques, techniques et philosophiques. Cette partie théorique de son œuvre est
complétée par une phase pratique
consistant en la création d’un atelier
d’art nègre
à Yaoundé, destiné à
créer des modèles d’ornements liturgiques tirant leur inspiration de l’art
négro-africain. Des œuvres qui en sont issues décorent plusieurs églises
africaines, et se retrouvent jusqu’à Washington. Cette diffusion de la culture
africaine signale Engelbert Mveng comme un chantre
de la négritude 
; dans L’Église
catholique au Cameroun : 100 ans d’évangélisation
(1990), il affirme
que « l’Afrique chrétienne, devenue adulte, doit s’adresser à Dieu dans un
langage qui est le sien. »

Le travail d’Engelbert Mveng est à mettre en
lien avec celui de Max Mintsa, qui
œuvrait déjà à l’époque de sa naissance et dont il s’est inspiré. Celui-ci fut
peintre ordinaire du Vicariat apostolique de Yaoundé et s’attacha à créer un art chrétien correspondant aux sensibilités
de son peuple
en mêlant expression chrétienne et art bantu.

Intellectuel
engagé
, Engelbert Mveng a participé à plusieurs associations, en tant que
vice-président de l’Union des écrivains du monde noir, mais encore comme
secrétaire général du Mouvement des intellectuels chrétiens africains et de
l’Association œcuménique des théologiens africains.

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