Barbe bleue

par

Le style d'Amélie Nothomb

Barbe bleue est un roman principalement constitué des dialoguesentre Saturnine et don Elemirio. Ces dialogues sont transcris de façon brute,avec très peu d’indications de ton, comme des dialogues de théâtre qu’onpriverait de didascalies. Ce style est caractéristique d’Amélie Nothomb dontles personnages dialoguent et dialoguent encore, et ce sont ces dialogues, etnon d’éventuelles descriptions ou les indications d’un narrateur omniscient quifont avancer le lecteur vers le dénouement.

Cette forme d’expression littéraires’apparente au dialogisme, concept développé par le théoricien russe de lalittérature Mikhaïl Bakhtine. Dans le cas de Barbe bleue, c’estl’interaction dans le cadre du discours entre les personnages qui importe. Onl’a dit, la transcription du dialogue est neutre, pratiquement sans aucuneindication du type « dit-elle », « ajouta-t-il » ou« s’étonna-t-elle ». Le lecteur ne trouve pas non plus d’indicationssur le ton employé par les protagonistes. Parfois l’on trouve une indicationqui éclaire le lecteur sur une évolution du point de vue du personnage :« Jusque-là, Saturnine avait pensé avoir affaire à un provocateur. À cetinstant, elle comprit qu’elle avait affaire à un fou. » Et c’est bien lepoint de vue de Saturnine qui est mis en lumière, pas celui de la narratrice.

Les dialogues sont le plus souvent unetranscription brute de ce qui est dit. Il appartient au lecteur d’en tirer lasubstantifique moelle. On peut rapprocher cela de la « théorie del’iceberg » qu’a développée Ernest Hemingway : l’écrivain montre laréalité – c’est la partie émergée – et le lecteur doit, à partir de là,découvrir seul l’implicite – c’est la partie immergée de l’iceberg. Mais ledialogisme va plus loin : Amélie Nothomb se met totalement en retrait etlaisse tout l’espace à ses personnages. Cela facilite la naissance d’une voixindépendante, une voix qui n’est pas la sienne. Cette voix naît des deux voixdu dialogue, comme en musique un duo ou un trio ou un quatuor ou une œuvreorchestrale naissent de la fusion de plusieurs voix instrumentales : onpeut donc parler, avec le dialogisme, d’une polyphonie littéraire. Grâce à ceprocédé littéraire, aucun point de vue n’est privilégié et la voix de l’auteurene vient pas masquer les opinions divergentes entre Saturnine et don Elemirio.Jamais Amélie Nothomb n’exprime son opinion sur le discours de tel ou tel deses personnages. En outre, insistons sur le fait qu’elle laisse la part belleaux dialogues et ne plante qu’un décor minimaliste. La polyphonie du dialogueen est renforcée.

Amélie Nothomb accentue l’effet de ce procédéen adoptant un style dépouillé, sans adverbes ni adjectifs superflus.L’attention du lecteur se porte donc sur l’essentiel : le dialogue entredeux personnages dont doivent émerger une lumière et un dénouement. Dans Barbebleue, Amélie Nothomb fait preuve d’une remarquable maîtrise de l’art dudialogisme. 

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