Barbe bleue

par

Résumé

Barbe-Bleue est le 21e roman d’Amélie Nothomb. Ilreprend le célèbre motif d’Henri VIII, homme cruel qui tue ses huit femmes pourpunir leur curiosité. Ici, Barbe-Bleue n’est plus un aristocrate anglais maisun Grand d’Espagne, Don Elemirio Nibal y Milcar, qui s’éprend de sa dernière etultime femme, Saturnine, une jeune femme intelligente et passionnée par l’art.

Saturninearrive pour louer une chambre de 40m² dans un immeuble de maître du 7earrondissement de Paris. Quinze autres femmes attendent ; l’annonce esttrès intéressante (seulement 500 euros pour une grande chambre avec salle debain) – Saturnine se fait aborder par une autre candidate qui lui apprendpourquoi cette annonce n’a que des candidates féminines. Saturnine apprend queles huit autres femmes qui habitaient auparavant dans cette chambre ontdisparu. Beaucoup de femmes viennent pour rencontrer Don Elemirio, homme trèsmystérieux, non seulement parce qu’il a un nom espagnol noble mais aussi parcequ’il ne sort jamais de ses appartements. Saturnine est un peu freinée par cesrumeurs mais ne veut pas retourner chez son amie Corine à Marne-la-Vallée, carelle y étouffe. Elle patiente pour rencontrer l’homme.

« Ilavait l’air d’un dépressif profond, le regard éteint et la voix épuisée. »Les deux personnages se présentent : lui est Don Elemirio Nibal y Milcar,Espagnol de 44 ans. Elle est Saturnine Puissant, Belge de 25 ans, remplaçante àl’École du Louvre. À peine ces informations échangées, Don Elemirio annonce àSaturnine qu’elle a obtenu la chambre, et qu’elle doit seulement régler lespapiers avec Hilarion Grivelan, son secrétaire particulier. Ils visitentl’appartement luxueux : Don Elemirio explique que Saturnine peut accéder àtoutes les pièces sauf à sa chambre noire où il développe ses photographies.C’est la seule interdiction formelle.

Saturnineemménage le soir même, et elle est impressionnée par l’immensité des lieux.Elle partage son premier dîner avec Don Elemirio, qui explique qu’il n’a pas d’activitémis à part la photographie et le fait d’être espagnol à plein temps. « Lemonde extérieur me choque par sa vulgarité et son ennui » explique-t-il.Il indique qu’il est catholique et qu’un prêtre vient célébrer la messe tousles matins chez lui. Il révèle également que la colocation est uniquement pourse trouver des femmes, mais qu’il rejette celles qui en veulent à son titre ouà sa richesse. Il ne veut pas se marier. Il avoue à Saturnine qu’il l’a choisiecar elle ignorait son histoire et sa noblesse.

Aumoment du dessert, il sert à Saturnine une crème aux œufs : la jeune femmes’émerveille devant la coupe en or qui contient le dessert, ce qui touche DonElemirio et semble le faire tomber amoureux instantanément. « Comprendrel’or, c’est comprendre l’Espagne et donc me comprendre. Je vous aime, c’estainsi. »

Lepremier jour de Saturnine en ces lieux se passe très bien après une excellentenuit et un petit-déjeuner au lit. Le soir venu, elle partage à nouveau sondîner avec Don Elemirio. Il renouvelle sa déclaration d’amour et commence àlister les péchés de son enfance à Saturnine, dont le vol et l’onanisme. Puis,le dialogue évolue vers le thème du secret : Saturnine ne veut rien luirévéler d’elle, donc Don Elemirio l’« invente » et lui demande mêmede l’épouser. Elle refuse, s’énerve contre les huit autres femmes qui ont eu lamauvaise idée de braver l’interdit et d’aller dans la chambre noire, puis s’enva en demandant un autre dessert qu’une crème aux œufs.

Enrentrant le lendemain soir, Don Elemirio lui a préparé un énorme saint-honoré.Elle déclare ne pouvoir le déguster qu’avec du champagne et court en chercherdans une brasserie. Ils savourent le dessert ensemble. La conversation revientsur les huit femmes disparues : Don Elemirio veut s’expliquer maisSaturnine refuse. L’Espagnol réitère sa demande en mariage, rejetée une foisencore par Saturnine. Don Elemirio accuse le coup ; Saturnine en profitepour lui demander de commander plus de champagne et s’en va dans sa chambre.

Corinnevient rendre visite à Saturnine. La jeune femme admire l’appartement maiscraint Don Elemirio et sa réputation : elle ne cesse de mettre en gardeSaturnine, qui ignore les menaces et invite même Corinne à dîner. Corinne sesent gênée par la conversation naturelle et fluide de son amie avec un« serial killer » : « Le rituel, le ton glacial qu’elle nelui connaissait pas, le luxe de l’endroit, l’homme qui regardait Saturninecomme une icône de sa chasse, tout la sidérait, tout l’effrayait. » Ellefinit tout de même par s’habituer à Don Elemirio et la soirée se termine bien.

Lelendemain, Don Elemirio dit à Saturnine qu’il a beaucoup apprécié Corinne. Lesdeux colocataires mangent ensemble ; Don Elemirio s’insurge du fait queSaturnine ne croie pas en Dieu, mais il est persuadé qu’elle finira par tomberamoureuse de lui. Les dialogues sont pleins de tensions et reviennent souventau mystère des huit femmes, sans rien dévoiler du secret de leur disparition.

Lejour suivant, Saturnine reçoit une jupe en velours doré de la part de DonElemirio, cousue par lui. Le vêtement lui va merveilleusement bien et, flattée,elle dîne avec lui avec plus de bienveillance. Il explique qu’il a cousu desvêtements d’une couleur précise pour toutes ses femmes, dont on apprend lesnoms : Emeline, Proserpine, Séverine, Incarnadine, Térébenthine, Mélusine,Albumine, Digitaline. Don Elemirio explique qu’il a commencé à trouver descolocataires à la mort de ses parents, décédés suite à une intoxication auxchampignons. La conversation tourne court une fois encore lorsque les deuxpersonnages évoquent le mystère de la chambre noire.

« Lecoup de foudre à retardement est le plus gigantesque défi à la raison. »La nuit après le repas est un dilemme pour Saturnine : elle ne veut pas selaisser tomber amoureuse de Don Elemirio. Elle pense à cet amour toute lajournée et cela l’obsède : elle finit par se convaincre qu’elle n’a aucunepreuve que la chambre noire contienne bien les huit cadavres des femmesdisparues, et qu’au fond Don Elemirio est peut-être un peu fou, mais pas unassassin.

Audîner suivant, Saturnine est très troublée et ne parvient pas à agirnaturellement. Elle cherche absolument à se prouver que Don Elemirio estinnocent. Après avoir déclaré qu’elle lui faisait confiance, l’auteur écrit untrès beau passage sur l’explication de la couleur de la doublure de la jupe.Don Elemirio aurait créé un 87e jaune (par rapport aux 86 nommésdans un livre décrivant les couleurs, qu’il prend pour référence) pour prouverson attachement à Saturnine.

Lelendemain, troublée, Saturnine visite toutes les pièces de l’appartement pourtenter de comprendre les pensées de Don Elemirio. Au dîner, elle abordedirectement le sujet de la photographie et de la chambre noire : elleapprend que Don Elemirio ne photographie que les femmes qu’il aime, et surtout,qu’il n’a pris qu’une seule photo par femme, toutes exposées dans la chambrenoire. « La vraie preuve d’amour ne consiste pas à multiplier les images,mais à en créer une seule, parfaite. » Saturnine cherche à pousser DonElemirio à lui montrer les photos, mais il refuse catégoriquement. S’ensuit undébat sur son absence de modernité – il ne possède ni appareil numérique, nitéléphone, ni ordinateur.

Lanuit, Saturnine est si obsédée par leur conversation qu’elle se rend en kimonodans la chambre de Don Elemirio et le réveille. Elle brandit un couteau decuisine pour lui faire avouer la vérité sur la chambre noire : il luiavoue que les huit femmes sont bien mortes dans la chambre, et qu’il les aphotographiées ensuite. Il tue grâce à un mécanisme automatique qui sedéclenche en cas d’intrusion forcée dans la chambre noire : la pièce severrouille de l’intérieur et la température descend jusqu’à -5 degrés. Lesfemmes sont en réalité mortes de froid. Voyant que la menace du couteau neprovoque pas de réaction de repentir, la jeune femme se lasse et repart dans sachambre, bien décidée à rester pour éviter qu’un autre meurtre n’ait lieu.

Aurepas suivant, les deux personnages ne parlent que de la première femme, Emeline.On apprend que la chambre noire existait déjà alors qu’il n’y avait rien àl’intérieur. La pièce n’était qu’un lieu où Don Elemirio s’isolait pourréfléchir, et il avait installé le mécanisme tueur en pensant qu’il neservirait pas. Emeline a enfreint la règle, l’a payé, mais Don Elemirio n’a pasretiré le mécanisme pour ses femmes suivantes, même s’il était conscient quecela les mènerait forcément à leur perte. Après cette histoire, Don Elemiriodit à Saturnine qu’elle sera la dernière femme, mais n’explique pas pourquoi,et s’en va.

Saturninefinit par saisir l’explication ultime : chacune des huit femmes représenteune couleur dans le spectre chromatique de la photographie, symbolisée par levêtement que Don Elemirio leur confectionnait. Elle ne tient cependant pas àmourir. Elle représente la couleur jaune, qui évoque la vie. Elle propose alorsà Don Elemirio de la photographier, mais vivante. Il hésite un peu maiss’exécute. Saturnine pose avec sa jupe jaune. Ils apprécient tous deux lemoment mais se couchent séparément.

Lelendemain, Saturnine découvre les photos sur son lit. « Il y en avait unecinquantaine, plus stupéfiantes les unes que les autres : on eût cru quecinquante modèles différents avaient posé. » Elle retrouve Don Elemirioqui consent enfin à lui montrer la chambre noire. Elle le suit à l’intérieur,une fois le mécanisme tueur bloqué, et découvre les huit portraits, fascinantsmais morbides. Elle refuse que sa propre photo figure à côté d’eux, mais DonElemirio insiste : le nuancier de couleurs doit être complété. Saturninecomprend qu’il ne cèdera pas, alors elle sort rapidement de la chambre noire enle laissant à l’intérieur et bloque la porte. Elle remet en marche le mécanismecryogénique. Don Elemirio lui demande de le laisser sortir, elle répond qu’ellele fera à condition qu’il n’affiche pas sa photo au milieu de celle des mortes.Incapable de mentir, il ne peut pas le promettre et choisit de mourir par lefroid. Saturnine ne peut se résoudre à attendre qu’il meure tout en restant siprès de lui, alors elle sort avec une bouteille de champagne.

Unefois seule à l’extérieur, elle sait qu’elle doit rester quelque temps dehorspour ne pas avoir la tentation de rentrer et de le libérer. Alors elle appelleCorinne en lui proposant de boire le champagne dehors avec elle. En attendant sonamie, elle s’assied sur un banc et contemple les monuments de Paris, dont lesInvalides et son dôme d’or

Leroman se termine sur cette phrase étrange et presque fantastique :« À l’instant précis où Don Elemirio mourut, Saturnine se changea enor. »

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