Belle du Seigneur

par

La passion, l'amour et la douleur

La passion, que le commun des mortels assimile à un dévouement sans borne pour quelque chose ou quelqu’un signifie la souffrance (« la passion du Christ” par exemple), physique ou morale. Cette passion, née de l’amour et des douleurs qu’il provoque entraine les personnages terriblement amoureux à souffrir de ce sentiment. La passion des deux amants, si elle est absolue, est également quelque fois morbide, voire haineuse, du fait du manque et de la proximité de ces deux sentiments.

Comme dans toutes les histoires d’amour (tout du moins les histoires d’amour littéraires), l’absolu ne pouvant durer éternellement, des problèmes peuvent survenir, la seconde partie du roman traite ainsi de l’ennui, puis même de la dénégation de l’amour. Cette histoire, où l’idéal, l’absolu prime sur tout le reste, interdit donc le moindre élément de naturel, et aucun des deux amants n’est ainsi autorisé à agir normalement. Ils agissent comme des personnages de théâtre, jouant la pièce d’un amour parfait, ce qui finit par les user : ils s’enferment dans leur propre jeu, dans leur propre idéal, s’interdisant le laisser-aller seyant naturellement à tout couple sain, ce qui les conduira à une fin tragique.

Les deux personnages reconnaissent pourtant chacun jouer un rôle, lors de leurs dialogues intérieurs, prenant même conscience de frôler le ridicule, et de confiner au risible : ” Elle aussi sans doute se savonnait en ce moment, pensait-il dans son bain. Enthousiaste de la voir bientôt, il ne pouvait s’empêcher de ressentir le ridicule de ces deux pauvres humains qui, au même moment et à trois kilomètres l’un de l’autre, se frottaient, se récuraient comme de la vaisselle, chacun pour plaire à l’autre, acteurs se préparant avant d’entrer en scène. Acteurs, oui, ridicules acteurs. Acteur, lui, l’autre soir en son agenouillement devant elle. Actrice, elle, avec ses mains tendues de suzeraine pour le relever, avec son vous êtes mon seigneur, je le proclame, fière sans doute d’être une héroïne shakespearienne. Pauvres amants condamnés aux comédies de noblesse, leur pitoyable besoin d’être distingués. Il secoua la tête pour chasser le démon. Assez, ne me tourmente pas, ne me l’abîme pas, laisse-moi mon amour, laisse-moi l’aimer purement, laisse-moi être heureux  ”, pourtant, leur absolu restera toujours de s’éloigner du commun des mortels et des amours imparfaits.

Ils s’useront à abolir le naturel, par la lutte contre la facilité, pour toujours faire des efforts et connaître une histoire d’amour sans tâche, et bien que les deux amants ne soient pas dupes du jeu qu’ils jouent, ils se promettent de continuer toujours cet artefact sentimental : ” Chérie, jusqu’à ma mort, je la jouerai avec toi cette farce de notre amour, notre pauvre amour dans la solitude, amour mangé des mites, jusqu’à la fin de mes jours, et jamais tu ne sauras la vérité, je te le promets.

D’ailleurs, ce qui semble logique et fatal, c’est que cet absolu ne peut mener qu’à la mort. Les deux amants se suicideront d’ailleurs à la fin du roman, en une sorte d’acte prouvant leur foi dans l’amour, à l’opposé de la tentative de suicide manquée d’Adrien qui tenta de faire réagir Ariane au moment où elle le quitta. Leur relation pourrait être résumée ainsi : ” Elle lui avait dit qu’il était mignon et il en avait été tout fier. Mignon mais cocu. Tous les cocus étaient mignons. Tous les mignons étaient cocus ”. Ce roman alterne donc entre la comédie des personnages, qui jouent des rôles ridicules, et la tragédie de l’amour absolu.

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