Beloved

par

La relation mère-fille mise à l’épreuve

Le roman deToni Morrison dénonce l’esclavage de bien des manières ; il montre, entreautres, en quoi il rompt le lien familial et enclenche le cercle vicieux del’oubli de soi et de la perte de l’individualité. L’exemple de Sethe et de son comportementenvers les autres membres de sa famille, particulièrement ses filles, montreavec précision les ravages que peut causer l’esclavage au sein de la famille.

L’esclavage laissedes traces profondément ancrées dans l’esprit de celui qui a été asservi etdétruit ce qui mettra toute une vie à être minutieusement reconstruit, jusqu’àce que la personne retrouve son intégrité. En effet, le lien maternel qui unitSethe à sa fille l’empêche d’affirmer sa propre personnalité et entrave ledéveloppement de sa pensée. Ainsi par exemple, elle affirme : « Ce qu’elle est m’est égal. Grande neveut rien dire pour une mère. Un enfant est un enfant. Ils poussent,vieillissent, mais être grands ? Qu’est-ce que c’est censé vouloirdire ? Dans mon cœur, ça n’a aucune signification. »

 Sethe laisse sa passion de mère la submerger,dévorante et dangereuse à force d’être protectrice, ce qui la conduit aumeurtre de l’une de ses propres filles. L’une de ses autres filles sera mise àl’écart de la communauté noire et ces deux actes extrêmes ont tous les deuxpour but au départ une action supposée être entièrement bénéfique : sauverses enfants de l’esclavage. Cependant, Sethe ne parvient pas à admettre queDenver, sa fille, a justement besoin d’être incluse dans cette communauté, pourcommuniquer avec elle et se sentir membre d’un tout, en un mot, se sentir femme,et non plus seulement fille. À la fin du roman, elle parviendra finalement àaffirmer son émancipation et à faire reconnaître sa propre individualité grâceà l’aide de Beloved. À l’inverse de Denver, Sethe ne devient elle-même qu’aprèsl’exorcisme de Beloved, au moment où elle parvient alors à accepter entièrementsa relation avec Paul D.

Cette relationqu’elle assume enfin parvient finalement à la libérer du joug de l’amourmaternel qu’elle s’imposait à elle-même, ainsi qu’à Denver, et laisse ainsi auxliens familiaux une place moins importante dans sa vie, lui offrantl’opportunité d’en être un peu plus maître.

Beloved etSethe entretiennent toutes les deux une relation détériorée, souffrante,conséquence à long terme de la mise en esclavage dont la mère a été l’objet.Cette ancienne condition a planté leur structure familiale d’une telle façonque les relations mère-fille et plus généralement parents-enfants sontimpossibles à mener normalement, laissant les deux générations totalementdémunies. En effet, bien souvent, les mères de condition esclave se considèrentuniquement comme étant dévouées à leurs enfants, puisqu’il s’agit de l’uniquechose qui leur appartient réellement dans un monde où on les exploite. Ainsi,lorsque leurs enfants leur sont enlevés, elles deviennent incapables desubvenir plus longtemps à leurs besoins, perdant une part de leur essence, deleur identité, devenant l’ombre d’elles-mêmes. De plus, l’esclavage, enséparant l’enfant de sa famille, brise le lien qui l’unit au « tout »,à l’unité qui l’a élevé, et fait perdre alors complètement la notion de familleet le concept de lien maternel. Lui aussi perd son identité. L’auteure démontrel’importance de ce lien par cette phrase : « Un homme c’est rien qu’un homme […]. Mais un fils, bon, çaalors, c’est quelqu’un ! ».

Ainsi, Sethereste incapable de montrer son véritable talent de mère puisque celui-ci a étéperverti par l’esclavage, le vrai visage de ce que serait sa maternité restedissimulé et elle ne peut comprendre ce en quoi une vraie relation mère-filleconsiste. N’étant pas parvenue à faire évoluer une relation saine avec sapropre mère, elle en demeure tout aussi incapable avec ses propres enfants. Deplus, le traumatisme dont elle souffre d’avoir vu son propre lait maternel volédemeure comme un symbole du lien impossible à renouer avec sa fille Denver.

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