Boris Godounov

par

L’hypocrisie reine du monde; Shouisky

Cette fausseté est omniprésente dans la pièce, qui ne manque aucune occasion de souligner l’hypocrisie de tous les personnages. La corruption est partout, les gens n’agissent jamais d’une façon qui colle à leurs paroles, et le peuple se range du côté de celui qui parle le plus fort, tant pour s’éviter des tracas que par conviction. C’est une tragédie, soit, mais une tragédie grinçante ; des moments se succèdent qui prêtent à rire, mais ce n’est jamais un rire confortable. Pouchkine est de toute évidence attentif à toutes les absurdités qu’il trouve dans les chroniques, et nous les expose sans les commenter, nous forçant à nous rendre compte nous-mêmes de leurs extravagances et de leurs incongruités.

Incontestablement, l’exemple-type en est Shouisky. À la première scène on pourrait croire qu’il est seulement prudent, vu les risques dont il parle, mais dès que Boris est bien installé sur son trône il devient un lèche-bottes fini, et cette propension serait déjà assez détestable sans que l’on connût sa véritable opinion sur Boris, homme qui le répugne en tant qu’assassin mais encore plus comme arriviste. Mais l’hypocrisie de Shouisky est une hypocrisie consciente, au contraire de celle des religieux de la pièce. Libre-penseur, Pouchkine n’a que peu de grâces à rendre aux hommes d’Église. Notons simplement l’exemple du Patriarche, qui parle de Grishka comme d’un hérétique parce qu’il vise le trône, tout en supportant Boris – bien que l’assassinat de Dimitri par Boris soit un secret de polichinelle, et que celui-ci est donc, selon...

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Dissertation à propos de Boris Godounov