Boris Godounov

par

Influence shakespearienne

À l’ère trouble du début XVIIe siècle, Pouchkine trouve un sujet qui lui permettra d’esquisser une fresque propre à se hisser au niveau des pièces historiques de Shakespeare. Comme Schiller, Pouchkine envisage de rivaliser avec Shakespeare ; comme ce dernier, il puise dans l’histoire de son propre pays plutôt que d’aller chercher à l’étranger. La liberté formelle que lui accorde l’exemple de l’écrivain anglais lui permet de créer un drame répudiant les restrictions des trois unités du théâtre classique, progressant plutôt rapidement d’une scène à l’autre. Ne mettant en scène que les moments clés de l’intrigue, il nous offre un panorama capable de conserver toujours l’intérêt du spectateur. Cela peut mener à des revirements ou des changements de personnalité inattendus, dont les causes se situent hors-scène et ne sont donc pas expliquées, mais l’entraînement de la trame suffit à ne pas s’y arrêter. Comme Shakespeare aussi, Pouchkine ne parle pas seulement des grands de ce monde mais il met en valeur les petites gens, dans tout leur pittoresque : femmes menaçant leurs enfants, moines soulards, officiers de police corrompus, etc. Le comique et le sérieux s’entremêlent, l’auteur refusant de faire paraître la vie moins compliquée qu’elle ne l’est.

Mais ce n’est pas seulement dans la forme que Pouchkine emprunte à son modèle anglais. On retrouve bon nombre d’échos dans le texte même (écrit en grande partie, comme les pièces de Shakespeare, en vers blancs). Il est tout à fait évident que Pouchkine songeait aux chroniques de Shakespeare, et en particulier à Henry IV, Deuxième Partie. Le personnage de Boris s’apparente certes à Macbeth ou au Claudius d’Hamlet, autres usurpateurs à la conscience trouble, mais surtout à Henry IV. Lorsque Boris s’écrie : « Que tu es lourde, couronne de Monomakh », on y entend le « La tête est troublée qui porte la couronne » du roi anglais, tout autant que le dernier monologue du tsar, admettant son droit discutable au trône mais le léguant à son fils comme si la succession était légitime, est d’évidence une réécriture du même moment de la vie du roi anglais, à cette différence qu’Henry V deviendra un roi glorieux tandis que le fils de Boris sera rapidement assassiné. Il faut donc admettre que Pouchkine suit peut-être d’un peu trop près son modèle, et qu’il y a un certain manque d’imagination dans sa dramatisation. Mais ce n’est pas un bien grand mal.

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