Ce qui fut sans lumière

par

Une ode à la nature

            Chacun des poèmes du recueil contient une indication de lieu. Certains semblentmême se résumer à cette indication, en ce qu’ils décrivent un instant immobileen un lieu précis : « Je me lève, j’écoute ce silence, / Je vais à lafenêtre, une fois encore, / Qui domine la terre que j’ai aimée ».

           Il semble que tous les textes de l’ouvrage se réfèrent au même lieu : cette maisonentourée d’amandiers, sur laquelle le lecteur voit passer plusieurs saisons.Cette maison est pleine de significations pour le narrateur, il est probablequ’il s’agisse en fait d’une maison de famille à laquelle il revient, pleine desouvenirs. « Je traverse les chambres de l’étage / Où dort tout une partiede ce que je fus ».

           Seul dans cette maison, le narrateur semble peu à peu se fondre dans la naturequi l’entoure : « Et mes rêves, serrés / L’un contre l’autre etl’autre encore, ainsi / La sortie des brebis dans le premier givre ». Enmême temps qu’il médite, se cherche, désespère, il établit une descriptionpresque cartographique des éléments naturels qu’il contemple : pierre, ronce,neige, amandiers, givre, branches, herbe, chemin, etc. Peut-être cherche-t-il,comme le lui conseille le « génie des chemins », de « remarquerpour oublier ».

           La nature ici est forte et sobre, il ne s’agit pas d’une nature luxuriante etparadisiaque, mais d’un environnement considéré avec clairvoyance par un hommequi en est très familier, et qui appuie son discours poétique sur cetenvironnement : « Il me semble aujourd’hui, ici, que la parole / Est cetteauge à demi-brisée, dont se répand / À chaque aube de pluie l’eau inutile. »Par opposition à la fragilité du langage, la nature semble assurée, solide,certaine : « Le vent qui ne sait pas, de salle en salle / Ce qui a nom etce qui n’est que chose ». La nature est intensément vivante pour lui, aupoint de parler des chemins comme s’ils étaient animés d’une personnalitépropre : « Dormant parfois tout un jour, le nez dans un repli d’ombre ».

           Le narrateur opère un balancement permanent entre l’abstraction de ses penséeset la réalité de ce qui l’entoure, confrontant les deux afin de mieux leséprouver. En quelque sorte, il passe la poésie à l’épreuve de la nature. Il « contemple,presque nuptialement / La beauté, qui semble augurale, de ce monde ». Ils’agit d’un tête-à-tête entre le poète et la nature : « Le lit, lavitre auprès, la vallée, le ciel, / La magnifique rapidité de ces nuages. / Lagriffe de la pluie sur la vitre, soudain, / Comme si le néant paraphait lemonde ».

           Mais cette confrontation avec la créativité de la nature le plonge dans unquestionnement intime : « Ardue est la beauté, presque une énigme, /Et toujours à recommencer l’apprentissage / De son vrai sens au flanc du pré enfleurs / Que couvrent par endroits des plaques de neige ».

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Une ode à la nature >