Des femmes et de leur éducation

par

Les solutions envisagées par Laclos

Laclos propose une refonte complète du système au sein duquel les femmes sont soumises aux hommes. Il propose d’abord, de manière très brève dans son Discours, texte 1, une révolution au cours de laquelle la femme s’affranchirait totalement de l’emprise masculine. Il demeure cependant très concis sur cette idée, car la question du courage des femmes serait alors abordée, et l’auteur semble ne pas vouloir s’y risquer. Cependant, il affirme que la femme de son époque se serait égarée, détournée de son chemin naturel, et devrait donc, pour le retrouver, reprendre son destin en main et récupérer les clés nécessaires à son bonheur.

 

Heureuses, libérées de tout artifice mondain, fortes et sereines, telles seraient la fille et la femme dans leur intégrité. Pour cela, elles doivent suivre un protocole qui n’est pas sans rappeler l’éducation humaniste rabelaisienne, et qui suit de très près la morale de l’Émile de Rousseau : la connaissance du corps devrait être mise en avant dès l’âge de l’enfant, quel que soit son sexe, afin de le rendre conscient de la meilleure manière de l’entretenir et de le rendre robuste et sain. L’activité physique ne doit pas être non plus négligée, car elle permet de conserver et de forger la santé. C’est seulement à l’âge de la puberté que les deux sexes se séparent, lorsque la femme devient mûre pour la grossesse ; Laclos insiste sur le fait que l’enfant, fille ou garçon, doit être éduqué selon ce procédé au moins jusqu’à cet âge-là.

 

De plus, il porte un grand intérêt à la littérature, et propose un « programme de lecture » adapté à la femme et aux valeurs qu’il lui faut reconquérir. Ainsi, il estime qu’elle gagnera son émancipation par d’autres maîtres que les hommes et la société, en l’occurrence les livres. L’apprentissage de la vie doit donc se faire, pour un temps d’abord, via l’observation du milieu, ce qui permet de comprendre quelles émotions et quels caractères il faut revêtir pour dissimuler ce que l’on ressent et ne montrer que l’essentiel, puis dans un second temps, dans la littérature, afin d’étudier dans les différents grands exemples des comportements à assimiler.

 

La lecture des philosophes est évidemment recommandée, afin que la femme puisse s’instruire des véritables valeurs, telles que « le beau, le bon, l’honnête, le juste ». Connaître la morale est important pour que la personne soit elle-même vertueuse et sache reconnaître défauts et qualités chez autrui. Laclos remarque également que la différence d’éducation prive les deux sexes de moyens de communication puisque ceux-ci sont radicalement voués à différer chez l’un et chez l’autre. C’est pourquoi la femme doit s’instruire de toutes les sciences naturelles qui ont de l’importance dans le monde, afin de pouvoir adapter son langage à celui de son interlocuteur, et ne pas être déboussolée par le ton de la conversation de l’autre. Enfin, elle doit également être instruite de l’histoire de France, afin de connaître quels grands mouvements de pensée ont régi les temps antérieurs, et pour comprendre ceux que le peuple suit actuellement.

 

Ainsi, Laclos propose un programme de lectures destiné à enseigner à la jeune fille les notions de base pour comprendre son entourage et les desseins de celui-ci, pour disposer des armes qui lui permettront de sortir de sa soumission et d’être entendue dans le milieu des mondanités. Cependant, il faut bien noter que l’auteur pose des limites à cette réforme féminine : être une femme savante devient également dangereux, car le monde se méfie d’elles ; or, le but du traité est de mieux intégrer les femmes dans la société, et non d’en faire des objets de crainte.

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