Désert

par

Lalla Hawa

Il s’agit de l’héroïne de la seconde histoire du roman « Désert ». Jeune fille orpheline, elle vit en compagnie d’Aamma, sa tante paternelle près d’une grande ville du sud marocain, située entre la mer Méditerranée et le désert. Bien qu’habitant dans un bidonville, Lalla vit une enfance à la fois heureuse et naturelle. « Lalla » signifie « Madame » en arabe. Ce prénom fort symbolique représente l’ensemble des femmes orientales côtoyant le désert ; des femmes simples et fières.

            « Belle et majestueuse », Lalla est grande de taille, a les cheveux noirs et bouclés et regorge de vie. Pour renforcer cette majesté, Le Clézio fait d’elle une description poétique en la comparant à la nature qu’elle aime tant : « Elle porte la force et l’Éclat brélant du désert dans son regard d’aigle. Ses yeux sont pareils à deux silex, couleur de métal et de feu, et son magnifique visage pareil à un masque de cuivre lisse. La lumière est ardente sur sa peau, sur ses pommettes saillantes, sur ses lèvres, sur son corps long et lisse et sur les lourdes boucles de ses cheveux noirs. On sent l’inquiétude derrière la force de sa lumière. Il y a aussi la méfiance, l’instinct de fuite, cette sorte de drôle de lueur qui traverse par instant les yeux des animaux sauvages

Lalla se confond parfaitement avec le paysage naturel de la mer et du désert qui l’entoure et noue une grande relation d’amitié avec les animaux tels que les fourmis, les mouches, les guêpes, les lézards et les crabes.  « Lalla voit devant elle, comme avec les yeux d'un autre, le grand désert où resplendit la lumière. Elle sent sur sa peau le souffle du vent du sud, qui élève les nuées de sable, elle sent sous ses pieds nus le sable brûlant des dunes. Elle sent surtout, au-dessus d'elle, l'immensité du ciel vide, du ciel sans ombre où brille le soleil pur

Lalla profite pleinement de cette force de la nature et s’amuse tout au long des dunes qui longent la mer Méditerranée, un mot qu’elle chantonne tout le temps sans trop savoir ce que cela signifie. En s’éloignant de la mer vers l’intérieur des terres, c’est le désert qui attend Lalla, un paysage passionnant également car elle y rencontre non seulement Dame Nature mais aussi Es Ser (le secret, en arabe), un être ou plutôt une force divine, invisible et mystérieuse qui lui sert de protection et de guide. « Lalla aime venir ici, sur le plateau de pierre blanche, pour entendre ces paroles secrètes. Elle ne connaît pas celui qu'elle appelle Es Ser, elle ne sait pas qui il est, ni d'où il vient, mais elle aime le rencontrer dans ce lieu, parce qu'il porte avec lui, dans son regard et dans son langage, la chaleur des pays de dunes et de sable, du Sud, des terres sans arbres et sans eau. »

            Lalla communique non seulement avec la nature mais aussi avec des amis dont les plus attachants sont ceux qui lui racontent des histoires légendaires et ancestrales reliées à la mer ou au désert.

            Lalla est une jeune adolescente qui aspire à la liberté et elle le prouve lorsqu’on la force à épouser un homme riche, connu dans la région et qu’elle déteste. « ‘Ce sera un bon mari pour toi’, dit Aamma. ‘Il n'est plus très jeune, mais il est riche, il a une grande maison, à la ville, et il connaît beaucoup de gens puissants. Tu dois l'épouser.’ ‘Je ne veux pas me marier, jamais !’ » Au lieu de se plier à ces exigences traditionnelles, elle a préféré fuir avec son meilleur ami Hartani. C’est la où la vie de rêve de la jeune fille bascule car elle va devoir quitter le pays qu’elle aime tant pour se rendre à Marseille où elle découvrira « la vie chez les esclaves ». La misère et la violence se font parfaitement ressentir dans le quartier du Panier, l’endroit sordide où Lalla habite au milieu de clochards, d’ivrognes et de mendiants. De nature généreuse, elle sera proche de ces pauvres gens exclus et les aidera financièrement. Elle deviendra même l’amie d’un gitan nommé Radicz. Elle n’oubliera donc pas les vraies valeurs qu’elle a pu acquérir dans son pays natal : « Certains jours d'hiver, quand il y a beaucoup de soleil, Radiez le mendiant vient voir Lalla. Il marche lentement le long des quais, mais Lalla le reconnaît de loin, elle sort de sa cachette entre les bâches et elle siffle entre ses doigts, comme autrefois les bergers dans le pays du Hartani. »

            Après une longue errance dans les rues délabrées de Marseille où elle a tout de même pu travailler en tant que femme de ménage et par la suite en tant que mannequin, elle sera soulagée de quitter ce milieu souillé, plein d’artifices qu’elle déteste pour retourner chez elle et pouvoir mettre au monde une fille. Le père de cette enfant est le Hartani, grand ami de Lalla avec lequel il eut une relation amoureuse pendant leur fuite. « C’est comme cela qu'elle est partie un jour, sans prévenir. Elle s'est levée un matin, juste avant l'aurore, comme elle avait l'habitude de le faire, là-bas, dans son pays, pour aller jusqu'à la mer, ou jusqu'aux portes du désert. (…) Ensuite elle est partie à travers les rues de la ville pour ne plus jamais revenir. »

            Lalla est une fille de la nature : elle y retournera donc pour pouvoir goûter à nouveau à la vie et au bonheur.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Lalla Hawa >