Don Quichotte

par

Perspective et narration

Cervantes adopte, dans Don Quichotte, un mode de narration qui, tout en étant très simple, est riche de sens et d’informations. En effet, la majeure partie du récit est narrée par un narrateur omniscient. Le lecteur a accès aux pensées des personnages, de don Quichotte, de Sancho Panza, il connaît tout de l’histoire des différents protagonistes et de leurs ambitions, de leur caractère. Il détient ainsi une vue d’ensemble sur la situation, à quelque niveau que ce soit, et peut ainsi se concentrer sur les évènements et les péripéties qui arrivent aux deux compères en ayant une connaissance précise des raisons de leurs actions. Cela permet d’expliciter par exemple en quelques phrases la motivation de don Quichotte lors de l’attaque des moulins, et de mettre en lumière la folie grandissante du personnage de manière simple et efficace : « Pour lui, il s’était si bien mis dans la tête que c’étaient des géants, que non seulement il n’entendait point les cris de son écuyer Sancho, mais qu’il ne parvenait pas, même en approchant tout près, à reconnaître la vérité. »

Ainsi, cette omniscience du narrateur permet au lecteur de plonger au cœur même de l’histoire. Cependant, Cervantes utilise un système d’enchâssement des points de vue, feignant de raconter l’histoire de l’hidalgo comme s’il l’avait déjà reçue plus tôt d’un historien musulman fictif appelé Cid Hamet Ben Engeli. Ainsi, dans son prologue, Cervantes nie par un ingénieux procédé la parenté de l’œuvre. Tout d’abord, il explique que la médiocrité de son écriture suffirait certes à imaginer un personnage tel que celui de don Quichotte, et guère plus, un homme aux si nombreux défauts que seul un piètre écrivain tel que lui aurait pu le mettre au monde : « Ainsi, que pouvait engendrer un esprit stérile et mal cultivé comme le mien, sinon l’histoire d’un fils sec, maigre, rabougri, fantasque, plein de pensées étranges et que nul autre n’avait conçues… ». Mais ensuite, il affirme que bien que le manque de valeur de don Quichotte fasse écho à sa propre incompétence, il n’en n’est cependant pas le père véritable : « Mais moi, qui ne suis, quoique j’en paraisse le père véritable, que le père putatif de don Quichotte, je ne veux pas suivre le courant de l’usage, ni te supplier, presque les larmes aux yeux, comme d’autres font, très cher lecteur, de pardonner ou d’excuser les défauts que tu verras en cet enfant, que je te présente pour le mien ». De cette manière, il se rend tout à fait crédible dans son rôle de rapporteur et non d’auteur, affirmant que si la critique veut s’acharner sur le personnage, elle le peut en toute légitimité, puisqu’il n’est pour rien dans sa conception. Ainsi, il rejette la médiocrité du personnage sur un auteur fictif et se protège ingénieusement, en encourageant le lecteur à dénigrer son travail, d’une critique trop acerbe.

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