Dora Bruder

par

Les conditions de vie des Juifs à Paris pendant l'Occupation

La recherche de Dora Bruder permet à PatrickModiano de livrer une saisissante description des conditions de vie de lapopulation juive française et d’origine étrangère dans le Paris del’Occupation. Par petites touches, en ajoutant un élément à un autre, Modianomontre au lecteur la lente fabrication d’un mécanisme de mort. D’abord, c’estla mise à l’écart, la mise au ban d’une société. Les Juifs n’ont plus qu’« unstatut de pestiférés et de droit commun ». Les moyens de subsistancemanquent, puisque nombre d’emplois leur sont maintenant interdits. La pauvretés’installe. La mère de Dora, simple ouvrière fourreuse, tombe dans un étatd’indigence. D’autres, comme Albert Modiano, le père de Patrick Modiano,choisissent la clandestinité : « il était légitime qu’ils seconduisent comme des hors-la-loi afin de survivre ».

         LesJuifs ont l’obligation de se signaler aux autorités. Certains ne le font pas,comme le père de Patrick Modiano. Albert Bruder va bien s’inscrire aucommissariat de quartier avec sa femme, mais il omet de signaler l’existence desa fille Dora, mise à l’abri dans un pensionnat catholique. Puis l’étau seresserre.

         Le 7juin 1942, les Juifs sont astreints au port de l’étoile jaune qui les désignephysiquement au reste de la population. Ce nouveau pas s’ajoute aux autresordonnances allemandes, dont Modiano nous donne une liste non exhaustive :« défense de sortir après huit heures du soir, port de l’étoile jaune,défense de franchir la ligne de démarcation, de passer en zone libre, défensed’utiliser un téléphone, d’avoir un vélo, un poste de TSF […] ». Malheur àceux qui y dérogent : c’est alors l’arrestation et l’envoi en campd’internement. Il y a aussi les rafles, comme celle dont est victime le père dePatrick Modiano un soir au Champs-Elysées, ou la grande rafle du 16 juillet1942, dite rafle du Vel’ d’Hiv. Ce jour-là, la police française arrête 13 152Juifs, dont 4 115 enfants. La mère de Dora Bruder en fait partie. Malheuraussi aux non-Juifs qui tournent en dérision ces ordonnances en portant uneétoile jaune factice ou parodique. Ils sont catalogués « amis des Juifs »et sont internés avec eux, comme le furent plusieurs femmes que Dora Bruder acroisées au centre d’internement des Tourelles.  Lelecteur voit la famille Bruder séparée, ses membres arrêtés les uns après lesautres, envoyés au centre de Drancy, l’antichambre de la déportation versl’est, vers les camps d’extermination. Pour les Bruder, ce sera Auschwitz.

Enfin, Patrick Modiano montre, avec la sécheresseet la rigueur d’un légiste rédigeant un rapport, que l’exécution de cesordonnances allemandes fut confiée à des fonctionnaires, des policiers, desgendarmes, qui étaient tous français : « C’était en février,pensais-je, qu’« ils » avaient dû la prendre dans leurs filets. « Ils » :cela pouvait être aussi bien de simples gardiens de la paix que les inspecteursde la Brigade des mineurs ou de la Police des questions juives faisant uncontrôle d’identité dans un lieu public ».

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