Elle s'appelait Sarah

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Tatiana de Rosnay

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1961 : Tatiana de Rosnay naît à Neuilly-sur-Seine, de Joël de
Rosnay, un éminent enseignant-chercheur en biochimie et en informatique, français
et d’origine russe, et d’une mère anglaise. Elle grandit entre Boston et Paris
et se considère « franglaise ».
Sa vocation d’écrivaine s’affirme tôt ; dès onze ans, elle écrit un
premier roman en anglais, sa langue maternelle. Après avoir étudié les lettres à l’université d’East Anglia à
Norwich, en Angleterre, elle entame une carrière d’attachée de presse, de journaliste et de critique littéraire à
Paris, pour divers périodiques français : Psychologies, Vanity Fair,
Le Journal du dimanche et Elle. Parmi ses auteurs préférés
figurent Daphné du Maurier, Émile
Zola et Virginia Woolf.

1992 : D’après
l’auteure elle-même, dans L’Appartement témoin, son premier
roman publié, figurent déjà toutes les obsessions
qui fourniront la matière de ses œuvres à venir, notamment sa passion pour Venise et Mozart. Alors qu’un quinquagénaire fraîchement divorcé emménage dans l’appartement témoin d’un immeuble neuf, lui apparaissent, dans une vision qui ressemble à un rêve, une
femme jouant au piano un morceau de Mozart, ainsi qu’une petite fille assise
par terre à ses côtés. Dès lors, comprenant qu’il s’agit d’anciennes habitantes de l’immeuble, le protagoniste se met sur leur
trace, fuyant sa solitude et son isolement. L’histoire mène le lecteur aux
États-Unis, en Italie et dans la campagne anglaise. Le point de vue de la
narration est original puisqu’il alterne du héros à un personnage extérieur
d’un chapitre à l’autre.

1998 : Le
Cœur d’une autre
raconte l’histoire de Bruce, un quadragénaire qui, après
une transplantation cardiaque, de
bourru et quelque peu misogyne, est devenu sensible, à l’écoute des autres…
jusqu’à ce que sa surprenante réaction face à des tableaux de la Renaissance
italienne le pousse à partir en quête de la personne lui ayant légué son cœur.
À nouveau le cadre du récit est international : Paris, la Toscane,
les Grisons, et une préface évoquant l’épigénétique
est signée de Joël de Rosnay, le père de l’écrivaine.

2000 : Dans Le
Voisin
, l’auteure met en scène une femme quelque peu transparente.
Colombe est en effet nègre dans une maison d’édition, elle n’aime pas son
métier et se montre très dévouée à son mari, souvent absent, et à ses jumeaux. Sa
vie apparaît sans heurt jusqu’à ce que suite à un emménagement dans un nouvel
appartement
, un étrange rituel se mette en place : chaque nuit, elle
entend une forte musique venir de chez son voisin. Or, cela ne se produit que
quand elle est seule. Elle doit donc mener seule une enquête tout en passant pour folle auprès de sa
famille. Tatiana de Rosnay prend soin d’installer dans son récit une extrême tension psychologique, jouant avec les terreurs intimes du lecteur, la peur du
danger qui guette non loin.

2003 : On
retrouve dans La Mémoire des murs les thèmes fétiches de Tatiana de Rosnay. C’est
cette fois une quadragénaire fraîchement divorcée qui s’installe dans un nouvel appartement, et se retrouve elle
aussi hantée par le souvenir d’un ancien habitant – une ancienne habitante plus
précisément, une jeune fille qui y a
été assassinée. Quand elle
l’apprend, Pascaline, qui souffre de solitude et dont la personnalité fragile transparaît alors, sombre peu à peu dans l’obsession, la dépression puis la folie.
Elle développe en effet un voyeurisme
qui la pousse à se rendre sur les lieux de crimes sordides ou dans les
alentours d’une prison.

2004 : L’écrivaine
livre à nouveau un portrait de femme
dans Spirales.
Hélène est l’épouse d’un éditeur en vue. Distinguée voire glamour, dévouée à sa
famille, pétrie de conventions bourgeoises, elle s’avère finalement vulnérable
quand, sur un coup de tête, elle se retrouve prise dans une histoire d’adultère qui s’achève quand son amant
meurt d’une crise cardiaque alors qu’ils font l’amour. Dès lors, plusieurs
« spirales », de mensonges et de mauvais choix, attendent l’héroïne qui a oublié son sac à main sur
les lieux du non-crime, et qui souhaite conserver les apparences malgré son
funèbre écart. À nouveau l’intrigue repose sur une tension psychologique soigneusement plantée.

2006 : Dans le
roman Moka, Tatiana de Rosnay met en scène le biculturalisme qu’elle a toujours connu en imaginant un couple dont
l’adolescent de quinze ans est renversé par un chauffard ayant pris la fuite.
Elle, Justine, française, traductrice freelance, réagit vivement au drame et
refuse d’abandonner l’enquête quand elle piétine, décidée à retrouver l’auteur
des faits coûte que coûte. Lui, d’un flegme tout britannique, semble trop
facilement, aux yeux de son épouse, se soumettre aux circonstances. Dans sa
quête, Justine va être aidée par sa fantasque belle-mère. L’atmosphère n’en reste pas moins oppressante autour de ce couple déchiré par les incompréhensions.

2007 : Dans Elle
s’appelait Sarah
, son roman le plus lu, l’écrivaine alterne l’histoire
de Sarah, une fillette juive de dix ans arrêtée avec ses parents en pleine nuit
par la police française, et qui cache son petit frère dans un placard en
promettant de venir le chercher plus tard, alors qu’ils vont être menés au
vélodrome d’Hiver ; et celle de Julia, journaliste américaine couvrant la
commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv,
et qui mène l’enquête sur l’histoire de Sarah, à laquelle celle de sa
belle-famille française est liée. Ce roman a été un très grand succès de
librairie, vendu à plus de neuf millions d’exemplaires dans le monde. Gilles
Paquet-Brenner en donne une adaptation au cinéma en 2010, avec Kristin Scott
Thomas dans le rôle principal.

2009 : Le
roman Boomerang, entre suspense,
émotion et comédie, mélange les genres autour d’un souvenir d’enfance qui revient « comme un boomerang » à
Antoine, lequel, attendant à la porte d’un bloc opératoire, attend des
nouvelles de sa sœur qui vient d’avoir un accident alors qu’elle allait lui
faire une terrible confidence. Autour d’un secret
de famille
concernant sa mère
disparue
, tout un passé resurgit et des questions essentielles se posent
dans la tête de cet homme qui remet en question sa vie de famille, sa situation
professionnelle, la relation à son père. Il est donc question de problèmes familiaux, de la difficulté à communiquer, des secrets
de famille, mais encore d’un thème fétiche de Tatiana de Rosnay, la mémoire des murs.

2010 : Cette mémoire des murs et un secret se trouvent à nouveau au centre
du roman Rose, dans lequel l’écrivaine ressuscite le Paris d’autrefois, d’avant les travaux
du baron Haussmann, subis de plein fouet par le personnage éponyme dont la
maison, rue Childebert, se trouve sur le tracé du boulevard Saint-Germain. La
vieille dame confie alors sa résistance quotidienne dans des lettres qu’elle adresse à Armand, son
défunt mari, au fil desquelles se révèle un secret qu’elle conserve depuis plus
de trente ans. L’écrivaine prend soin de livrer des descriptions précises du
Paris d’autrefois avec ses petites boutiques
et ses petits métiers, en mettant notamment en scène une fleuriste et un
chiffonnier. La maison apparaît comme un personnage à part entière, qui a
conservé le souvenir de toutes les joies et les peines qu’elle a abritées.

 

 

« Rue Nélaton. Il ne
subsiste rien du Vel’ d’Hiv. C’est une annexe du ministère de l’Intérieur qui
le remplace, une sombre bâtisse moderne qui mange tout un côté de la rue. En
face, des immeubles anciens, datant de 1890, de 1910. Des immeubles qui ont tout
vu de la rafle. Des immeubles qui devaient se souvenir. Il m’a semblé que les
bâtisses dans mon dos exsudaient une tristesse indicible, et qu’il n’y avait
que moi pour capter leurs stigmates. Il n’y avait que moi pour écouter et
comprendre la mémoire des murs. »

 

Tatiana de Rosnay, La Mémoire des murs, 2003

 

« C’est dans mon
adolescence que j’ai senti les premiers appels de la France, une fascination
insidieuse qui grandissait à mesure que le temps passait. Pourquoi la France ?
Pourquoi Paris ? La langue française m’avait toujours attirée. Je la trouvais
plus douce, plus sensuelle que l’allemand, l’espagnol ou l’italien.

Quand j’ai découvert Paris
pour la première fois, ce sont ses contrastes qui m’ont ensorcelée. Les
quartiers rudes et populaires me parlaient autant que les quartiers
haussmanniens. Je voulais tout savoir de ses paradoxes, de ses secrets, de ses
surprises. J’ai mis vingt ans à me fondre dans cet univers, mais j’y suis
parvenue. »

 

Tatiana de Rosnay, Elle s’appelait Sarah, 2007

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