Elle s'appelait Sarah

par

La culpabilité

Le titre original de l’œuvre, Sarah’s Key en anglais, est évocateur de la culpabilité qui nequitte pas Sarah. Lors de la rafle, Sarah enferme son petit frère de quatre ansMichel dans un placard ; elle est convaincue qu’ils seront de retour dansquelques heures et qu’elle pourra remplir la promesse qu’elle lui a faite del’en faire sortir. Lorsqu’elle réalise bien après que son frère est condamné àmourir, elle ne se pardonne pas d’avoir été la cause de sa mort.

« Ellepleura, la tête entre ses mains, toute seule. Son père n’essaya pas des’approcher. Pendant ces minutes affreuses et solitaires, la fillette comprit.Elle n’était plus une petite fille de dix ans. Elle était bien plus grande.Plus rien ne serait comme avant. Pour elle. Pour sa famille. Pour son frère.Elle explosa une dernière fois, tirant son père par le bras avec une violencequ’elle ne se connaissait pas. “Il va mourir ! Il mourra, c’est sûr !” »

C’est ce geste dicté par son amour pour son frère qui laharcèlera tout au long de son existence. Sa culpabilité, avec l’espoir quequelqu’un ait pu secourir son frère et qu’il soit encore en vie, lui prêterontla détermination nécessaire pour s’évader et faire le trajet jusqu’à Paris.Mais la culpabilité mêlée d’espoir qui la pousse en avant n’est rien en comparaisondu désespoir qui s’abat sur elle lorsqu’elle retrouve son frère mort. Bien quepersonne ne lui reproche d’avoir intentionnellement causé cette mort, elle setorture l’esprit d’elle-même en se considérant coupable du sort de l’enfant.

« Aufond de la cachette, elle aperçut un petit corps immobile et recroquevillé,puis le visage chéri, bleui, méconnaissable. Elle s’effondra en criant. Elleappela dans un hurlement de désespoir, sa mère, son père. Michel. »

Et la culpabilité dont Sarah est rongée l’accablera, elle etses proches, pendant fort longtemps. Une culpabilité enfermée dans le secretqui parviendra, une soixantaine d’années plus tard, à Julia Jarmond. L’auteuremet ainsi en avant les effets dévastateurs de la culpabilité. Même lorsqu’elleest le fruit des jugements qu’on s’inflige à soi-même. Sarah fuira le souvenirde ce passé en quittant la France, qui avait été témoin du « crime »qu’elle se reprochait, pour les États-Unis où elle tenta de se construire unenouvelle vie. Mais elle n’y aura pas trouvé la paix du cœur.

« Elle s’est suicidée, dit platementWilliam. Ce n’était pas un accident. Elle s’est jetée volontairement contre unarbre. »

Jerestai silencieuse, incapable de prononcer le moindre mot. Que dire ? J’auraisvoulu lui prendre la main, mais quelque chose me retenait. Je respirai profondément.Mais les mots ne venaient toujours pas. La clef de cuivre était posée sur latable, témoin muet du passé, de la mort de Michel. »

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