Elle s'appelait Sarah

par

La double narration entre Sarah et Julia

Sarah est une jeune fille juive qui habite la France de 1942sous occupation allemande. La nuit de la rafle du Vel’ d’Hiv, elle n’a que dixans. Elle tente de son mieux de protéger son petit frère du danger enl’enfermant dans un placard. Elle est alors déportée et la vie qu’elle mèneralui fera faire la découverte brutale de la haine, de l’antisémitisme et de laviolence. On la voit vivre à travers le récit dans l’enfer de la guerre, subirtoutes sortes d’abus qui lui laisseront des séquelles dont elle ne se départirajamais.

« Lesyeux de la fillette ne se remettaient pas des horreurs de la nuit. Ils enavaient trop vu… La fillette avait été témoin des hurlements et des larmes…Elle savait qu’il aurait mieux valu détourner le regard mais cela avait étéplus fort qu’elle, elle n’avait pu s’empêcher de fixer la scène, avec unefascination mêlée d’horreur. »

Julia Jarmond quant à elle est une journaliste américainevenue habiter en France avec son époux. Elle se voit confier la couverture dela commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv qui a eu lieu soixante années plustôt. Ses enquêtes pour mieux comprendre les évènements lui feront découvriravec soixante ans d’écart les souffrances de la jeune Sarah dont elles’attèlera à suivre la piste.

« Enécoutant Joshua, je me rendis compte à quel point je savais peu de chose desévénements survenus à Paris en juillet 1942. Ce n’était pas au programmescolaire dans mon école de Boston. »

Elles’appelait Sarah est le roman de cetterencontre à travers le temps de deux femmes. Et pour mieux rendre cet aspect,Tatiana de Rosnay se sert de la double narration. Elle nous fait découvrir lavie de l’une et l’autre de ses protagonistes en faisant partager au lecteur lepoint de vue de Sarah ou de Julia d’un chapitre à l’autre. Le lecteur est auxpremières loges pour découvrir les changements qui s’opèrent dans chaquepersonnage et le lien qui se crée entre eux. Ainsi on passe de la petite fille juive,malheureuse mais déterminée, qui se promet de survivre aux malheurs et d’allersecourir son frère de quatre ans enfermé dans un placard : « Je me moque de ce qu’on me dit, semurmura-t-elle à elle-même. Je vais trouver un moyen de sortir d’ici pour allerle sauver. Je suis sûre que je vais trouver un moyen », à la journalisteaméricaine, mal à l’aise en France, dont le mariage souffre et qui se plongedans sa recherche du passé pour reconstituer la vie de la fillette juive :« Mais ce soir, je ne revins pasvers lui. Je me glissais dans le lit pour lire encore sur les enfants du Vel’d’Hiv. Et la dernière image que je vis en éteignant la lumière, ce fut levisage de Guillaume qui racontait l’histoire de sa grand-mère. »

Ces deux narrations qui tournent autour du même sujet mis en valeur sousdes aspects temporels différents et à travers des perceptions individuellesdistinctes permettent à l’auteure d’analyser un événement de l’Histoire soustoutes ses coutures et de poser à la fois des questions sur le passé et sur lafaçon dont celui-ci est assumé dans le présent.

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