Emile ou De l'éducation

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Une critique des principes éducatifs de l’époque

Publié en plein siècle des Lumières, l’œuvre de Rousseau propose une refonte totale des principes éducatifs de l’époque, mais celle-ci possède toutefois une visée antérieure sociale.

 

En effet, le but à long terme de la révolution éducative proposée dans l’œuvre est avant tout d’inverser la tendance à l’abêtissement de la société, et de former des êtres totalement affranchis des principes de l’époque, qui selon le philosophe sont corrompus et souffrent des pires inégalités. Le but d’une nouvelle éducation n’est donc pas seulement un ensemble de méthodes pédagogiques destinées à un meilleur apprentissage de la part de l’enfant, mais vise surtout à changer la société en profondeur, rendant les hommes, par un état d’esprit particulier, meilleurs dans leur essence.

 

En effet, le contexte de l’époque ne valorise pas une pensée libérée et affranchie. Rousseau, dès la préface de l’Émile, écrit que si tout naît ordonné et en bonne forme d’entre les mains de « l’Auteur », « tout dégénère entre les mains de l’homme ». Ainsi, il accuse la société elle-même d’être la cause de tous ses maux, de toutes ses inégalités. Il utilise la comparaison entre l’homme et un cheval à dresser, arguant qu’il n’est pas fait pour accepter la nature telle qu’elle est, et qu’il s’emploiera, de toutes les manières possibles, à bouleverser l’ordre établi.

 

Rousseau explique que le dysfonctionnement qui rend l’homme nuisible à lui-même sur le plan éducatif est que dès le départ, il confond deux types d’éducation : celle qui vise à faire de l’enfant un homme, et celle qui façonnera à partir de l’âge tendre un citoyen.

La première, selon lui, se tiendrait sur un plan particulier à chacun, individuel, et relèverait d’une éducation donnée dans les limites mêmes de la demeure de l’enfant, suivant la classe sociale et les préoccupations de ses parents. Un tel mode d’éducation est selon lui apolitique puisque on apprend ainsi à l’homme à se replier sur lui-même, à ignorer lois et devoir social, en bref, à vivre en reclus dans son propre esprit, ignorant tout des autres, restant piégé dans son état de nature.

Le second type d’éducation, que défend donc notre philosophe, aurait pour but de former non pas des hommes mais des citoyens. L’enfant serait alors élevé dans le souci de tourner son avenir vers les autres, et non pas en direction de lui-même, dans un but social donc ; il sera alors soucieux d’œuvrer pour l’intérêt commun.

En cela, Rousseau dresse un portrait à charge de la société dans laquelle il vit : « L’homme civil naît, vit et meurt dans l’esclavage : à la naissance on le coud dans un maillot ; à sa mort on le cloue dans une bière ; tant qu’il garde la figure humaine, il est enchaîné par nos institutions. »

Il pose alors une bien dure définition de l’homme civil : un être condamné depuis sa naissance à marcher dans les pas qu’on lui destine. Il donne ensuite l’exemple du nourrisson qui vient de passer neuf mois en gestation dans le ventre de sa mère : il a besoin de place pour pouvoir étirer ses membres, il doit gagner de la place autour de lui, étendre sa connaissance du monde à autrui.

 

C’est donc sur les bases d’une société malade que Rousseau désire construire son nouveau principe éducatif, principe qui tournerait l’homme non pas vers son propre intérêt mais vers l’intérêt commun.

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