Emile ou De l'éducation

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Une éducation « idéale » : observation et action

Rousseau définit alors, en réponse à ces principes aliénants d’éducation, ce qui selon lui sont les clés d’une éducation idéale, qui développera intelligemment l’esprit de l’enfant, pour lui inculquer plus tard l’envie de réfléchir à ce qu’on veut lui imposer, et la capacité de penser par lui-même, avec le désir d’œuvrer pour le bien commun.

 

Cette approche nouvelle se manifeste tout d’abord par un renouvellement du rôle de l’enfant au sein de sa propre éducation. Rousseau estime que pour bien se former, l’enfant doit être acteur de son propre développement. C’est ainsi qu’il gagnera en connaissance de lui-même, ce qui fait défaut à l’homme mal éduqué que le philosophe a décrit précédemment.

L’enfant gagnera également en confiance en lui, et ainsi en confiance en les autres, ce qui le tournera résolument vers une vie citoyenne. Le rôle de la mère s’étend et se voit réhabilité : on estime que depuis l’âge le plus tendre, l’enfant prendra exemple sur elle, et qu’une mauvaise relation de la mère à l’enfant est le point de départ d’un nourrisson dénaturé : « Point de mère, point d’enfant. Entre eux les devoirs sont réciproques, et s’ils sont mal remplis d’un côté, ils seront négligés de l’autre ». Rousseau souligne ainsi le caractère primordial de la relation mère-enfant : il explique par exemple l’importance du fait d’allaiter le nourrisson elle-même ; en effet, le rôle de la nourrice est bien souvent minimisé. Celle-ci étant considérée comme une servante du fait de sa position, elle est souvent la victime de brimades et de mauvais traitements de la part des maîtres, ce qui la rend évidemment réticente à venir s’occuper du bébé. Or, celui-ci va sentir cette appréhension, cette amertume, et le moment du repas des premiers mois de sa vie sera assimilé à un moment désagréable. Ainsi, un nourrisson nourri par sa propre mère rentrerait dans la vie par de biens meilleures voies.

 

Plus tard, lorsque l’enfant, le fameux Émile, est en âge de recevoir une éducation plus approfondie, Rousseau juge bon de l’envoyer en retrait de la société, afin qu’il ne soit pas influencé par les contraintes sociales qu’une vie en ville lui inculquerait. Il propose donc de l’emmener dans une grande maison à la campagne, où il serait protégé, loin et ignorant des aliénations et des inégalités qu’il peut rencontrer au milieu des adultes formés traditionnellement. Le rôle de la mère s’arrête donc ici puisque l’auteur juge qu’Émile doit être également extrait de son cadre familial, également influençable et corrompu.

L’éducation qu’il recevra dans cet endroit sera donc composée pour la majeure partie d’observation, et d’action. En effet, l’auteur explique que l’enfant se développera beaucoup mieux en basant ses connaissances sur ce qu’il voit, qu’il comprend par lui-même, qu’il assimile, plutôt que sur la lecture de livres. Ainsi, le libre-arbitre occupe une place de choix dans ce nouveau type d’éducation, qui laisse une chance à l’enfant de mener ses propres investigations, ses propres découvertes, tout en lui laissant également la possibilité de pouvoir se tromper.

Toutefois, le rapport aux livres de Rousseau témoigne du fait qu’il ne les juge pas entièrement comme une source de corruption. Ainsi recommande-t-il la lecture de Robinson Crusoé de Daniel Defoe, car l’ouvrage met en scène la vie d’un homme livré à lui-même, qui doit rebâtir un semblant de civilisation de ses propres mains, et se voit obligé de tout construire en repartant de zéro. Selon Rousseau, l’homme dans le cas de Robinson ne doit pas contraindre la nature mais s’accorder avec elle, faire corps avec ce qu’elle offre, pour créer une adaptation et non un rapport de force. Cet engouement pour la lecture de Defoe va de pair avec une revalorisation du travail manuel bénéfique pour l’enfant et de l’exercice physique qui, d’après lui, apprendrait à l’enfant à gagner en santé et en endurance tout en se purgeant de ses mauvaises passions : « C’est une erreur bien pitoyable d’imaginer que l’exercice du corps nuise aux opérations de l’esprit ; comme si ces deux actions ne devaient pas marcher de concert, et que l’une ne dût pas toujours diriger l’autre! »

 

C’est donc une éducation active, basée sur les agissements de l’enfant au sein même de son apprentissage, loin des influences de sa famille et de la société, qui le mettront sur la bonne voie : celle de la formation d’un citoyen.

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