En attendant la pluie

par

L’amitié entre un Noir et un Blanc au temps de l’apartheid

Tengo, le héros du roman, est un enfant noir dont la familleest au service des propriétaires blancs d’une ferme. Malgré ses originesmodestes – ou en raison de celles-ci – il aspire à devenir plus qu’uncontremaître de ferme comme l’est son père. Il veut aller à l’école pourassouvir sa soif d’apprendre. Cependant, l’école lui est interdite parce qu’ilest noir et seules ses sculptures d’argile l’éloignent de la réalité de la vie àla ferme.

Frikkie quant à lui est tout le contraire de Tengo. Il estblanc et malgré son jeune âge, on l’appelle « kleinbaas » soit « jeunemaître ». Il jouit d’un statut social bien plus élevé que celui de Tengoet il est destiné à hériter de la ferme le moment venu. Il a le droit àl’éducation qui est refusée à Tengo, mais en dépit de cela, il ne montre pas d’intérêtpour les études et se passionne uniquement pour l’agriculture et la mécaniqueagricole.

Ces deux personnages n’ont en commun que leur tranche d’âge,mais cela leur suffit pour se lier d’amitié – comme le font les enfants – etpour enjamber le fossé qui les sépare. Leur amitié leur apparaît commenaturelle, bien que leurs origines soient diamétralement opposées. Elle prendl’apparence d’une bulle au sein de laquelle il n’y a plus de « jeunemaître » ni de « boy », simplement deux camarades de jeu. Maisla réalité de l’apartheid sud-africain s’insinuera dans les rapports entre lesdeux enfants en les séparant inexorablement. Tengo sera le premier à cerner lesréalités de la société, cela après avoir appris à lire grâce à de vieux livresqui lui sont offerts par la patronne de sa tante. Il comprend alors qu’il n’y apas de raisons pour qu’il n’étudie pas à l’instar d’autres enfants de son âge,mais aussi que la discrimination raciale, qui le prive de son droit àl’apprentissage, n’est pas fondée. Si certains maîtres blancs sont relativementbons, comme Oom Koos, propriétaire de la ferme, ce n’est pas le cas de tous, etce fait lui est rappelé par l’humiliation du patriarche de sa famille.

Dès lors, Tengo perçoit l’injustice dont il est victime etil décide de prendre les mesures appropriées pour s’y soustraire, en partantpour les faubourgs où une école pourra l’accueillir et lui permettre deprolonger son éducation. Tengo est un jeune homme intelligent et ses réflexionssont parfois d’un ordre philosophique : « Mes propres parents ne se posaient pas de questions non plus.Ils acceptaient les mauvais traitements, la pauvreté, l’injustice. Eux nonplus, ils ne voyaient pas comment les choses pouvaient être différentes […]alors pourquoi ce serait seulement la faute des gens comme Frikkie ? Maispeut-être que mes parents, mes oncles et mes tantes ont quand même une excuse,puisqu’ils étaient les victimes du système. Mais est-ce que c’est une excuse ?À partir du moment où quelqu’un se rend compte qu’il subit une injustice, d’unecertaine façon, il cesse d’être une victime… ». De son côté, Frikkie trouvenormal que son ami ne jouisse pas des mêmes privilèges que lui. Il ne se posepas de questions quand ils doivent interrompre leurs jeux pour que Tengo ailleaider aux travaux de la ferme, ou lorsque ce dernier doit l’attendre enmangeant des restes ou de menus repas pendant que lui part manger de la viandeà midi. Non seulement, il ne se pose pas de questions, mais en raison de l’éducationqu’il a reçue, il trouve la situation parfaitement normale.

Ainsi, l’amitié des deux garçons qui meublait les vacances de Frikkies’effritera peu à peu et ils se perdront finalement de vue lorsque Tengo s’enira dans les faubourgs pour étudier, alors qu’en parallèle Frikkie accomplirason service militaire obligatoire.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur L’amitié entre un Noir et un Blanc au temps de l’apartheid >