En attendant la pluie

par

Les conséquences de l’apartheid

L’apartheid et la façon dont il structure la société, ses enjeux, constituent l’épine dorsale du roman. En effet, l’amitié des personnages n’est notable qu’en raison de l’apartheid qui sévit alors en Afrique du Sud. Et leurs retrouvailles à la fin du roman sont singulières et violentes en raison de cette situation historique. Pendant que Frikkie faisait son service militaire, Tengo, lui, poursuivait de son mieux son éducation dans les faubourgs. Rien ne les destine à se rencontrer à nouveau un jour, mais le climat social est fort tendu en raison des révoltes des Noirs qui manifestent contre les injustices sociales dont ils sont les victimes. La tension sociale se transforme rapidement en troubles et en affrontements, troubles auxquels Tengo n’aurait certainement pas pris part sans la fermeture des écoles. Le voilà à nouveau privé d’un droit qu’il est venu chercher loin de ses proches : Tengo se joint dès lors à la révolte et c’est là qu’il se retrouvera en face de Frikkie venu gonfler l’effectif des forces de maintien de l’ordre.

En attendant la pluie dresse un tableau noir mais fidèle de l’apartheid. À l’image de la plupart des systèmes allant de pair avec la colonisation, l’apartheid niait aux autochtones les droits les plus basiques et renforçait les rapports inégaux entre les deux races en présence. L’apartheid se distinguait cependant des autres modèles de système colonialiste puisqu’il ne visait pas exclusivement l’exploitation des richesses locales au profit de la métropole. Le gouvernement avait pour ambition qu’il devienne un système durable qui placerait de façon définitive l’homme noir au service des intérêts de l’homme blanc. Un tel système qui supporte une inégalité aussi flagrante est voué à sa propre destruction, et les affrontements décrits dans En attendant la pluie n’en sont que l’une des nombreuses manifestations. Toutefois, l’auteure établit un parallèle entre les relations que les deux protagonistes entretenaient avant et après leur séparation.

Lorsqu’ils se rencontrent pendant les affrontements, Tengo roue Frikkie de coups avant de reconnaître en la personne du soldat son ancien ami. On observe dans les discussions qu’ils auront après cet événement que leurs rapports ont drastiquement changé. Frikkie ne comprend pas ce que lui reproche Tengo. Il ne fait pas dans son esprit d’association entre Tengo et les agitateurs que le gouvernement condamne : « Je ne savais pas qu’on allait nous envoyer dans les faubourgs pour essayer de faire retourner les gamins à l’école. Ce n’est pas de notre faute, Tengo. C’est la faute de ces agitateurs qui vont jeter le trouble dans les faubourgs. » Pendant ce temps, Tengo plaide le bien-fondé de la cause qu’il défend. Il tente de montrer à Frikkie les abus de l’apartheid en dénonçant la sauvagerie avec laquelle elle réprime la rébellion des Noirs : « Dans la même cellule que nous, il y avait un garçon de quatorze ans à peine. Ils l’ont pris à jeter des pierres sur des voitures. Et ils l’ont fouetté au sjambok. Et les sjambocks ont des pointes d’acier comme tu sais ». Le jeune maître d’alors est, à présent, à la merci de son ancien boy et camarade de jeu. Mais Tengo fera preuve de grandeur en épargnant son ancien ami, malgré la frustration et la rage que le régime qu’il représente lui inspire.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Les conséquences de l’apartheid >