Fables

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

Ésope

Ésope est
un fabuliste grec dont les dates approximatives de naissance et de mort sont
620 et 560 av. J.-C. Le lieu de sa naissance est connu avec encore moins de
précision ; selon les sources, ce pourrait être l’Égypte, l’île grecque de
Samos, la Thrace, l’hypothèse la plus répandue étant celle de la Phrygie (Ouest
de la Turquie actuelle).

Le
personnage est coutumièrement décrit comme un esclave à l’esprit remarquable,
mais d’une grande laideur, accablé de difformités, bègue. Il est très difficile
de distinguer l’histoire de la légende. Après une vie auprès de divers maîtres,
Ésope aurait été affranchi par un dénommé Xanthus, ou par Jadmon, un Samien.

Il aurait
profité de sa liberté nouvelle en voyageant, de l’Égypte à Babylone (Irak
actuel), avant de revenir en Asie Mineure à la cour de Crésus, à Sardes, alors
capitale de la Lydie, également fréquentée par l’homme d’État athénien Solon,
un des Sept Sages de la Grèce, avec qui il se serait entretenu.

À Athènes,
où il aurait été missionné par Crésus, Ésope découvre la tyrannie de Pisistrate
(≈ 600-527 av. J.-C.), qui lui inspire la fable des Grenouilles demandant un roi, qui invitait les Grecs à se contenter
d’un roi nonchalant, contrairement aux amphibiens qui ne cessent de solliciter
Zeus pour en changer, et qui finissent par être dévorés par l’hydre que le dieu
impatienté leur envoie.

Plutarque,
le même qui décrivait le fabuliste comme bègue, indique qu’Ésope était présent
au banquet des Sept Sages donné par Périandre à Corinthe. Toujours missionné
par Crésus, il se serait rendu à Delphes pour faire un grand sacrifice au dieu
Apollon et montrer une grande générosité envers les Delphiens. Ceux-ci
l’auraient mis à mort après qu’Ésope eut été injustement accusé de sacrilège,
en raison de l’exaspération provoquée par ses lazzis ou du détournement de
fonds dont il les aurait privés selon les versions.

Nous ne
conservons aucun écrit d’Ésope ; c’est Démétrius de Phalère qui réunit des
fables, sans doute en prose, qui lui sont attribuées, et ce plus de deux
siècles après la mort du fabuliste. Quelques décennies avant notre ère, le
Romain Babrius, de langue grecque, réécrit en vers choliambiques les fables,
version qui inspira Phèdre puis d’autres poètes latins et grecs.

La
compilation des Fables ésopiques que
nous lisons actuellement, d’après une version en prose grecque, a été créée au
XIVème siècle par un moine constantinopolitain, Planude, qui écrivit aussi une Vie d’Ésope qui connut une bonne
fortune, même si elle relève bien plus de la légende que de l’histoire.

Le
recueil des Fables compte environ
trois cent cinquante pièces dont seules quelques-unes peuvent être attribuées
au fabuliste antique qui, rappelons-le, n’est pas l’inventeur du genre. Parmi ceux
qui l’ont précédé, figure le poète grec du VIIIème siècle av. J.-C. Hésiode (L’épervier et le Rossignol). Il en est
néanmoins considéré comme le père, car à une époque où domine la poésie
gnomique et moralisatrice, il est capable de réutiliser de vieux thèmes comme de
nourrir la littérature de nouveaux.

Les
fables sont principalement centrées autour de la mise en scène d’animaux,
parfois exotiques comme le chameau (dans Le
Chameau qui a fienté dans une rivière
, où la crotte du chameau, qui passe
devant lui, symbolise les arrivistes médiocres portés à la tête de l’État), le
crocodile (dans Le Renard et le Crocodile,
fable sur le mensonge où le reptile prétend avoir des ancêtres gymnasiarques),
mais la plupart du temps communs : le serpent, le renard, l’aigle, la
colombe, etc. Les hommes ne sont pas oubliés ; parmi ceux du commun, on en
distingue quelques-uns de célèbres, comme l’orateur athénien Démade ou le philosophe
grec Diogène le Cynique, tous deux hommes du IVème siècle av. J.-C. (et donc
postérieurs à Ésope !).

La
société d’alors étant totalement imprégnée de polythéisme, les divinités
tiennent bien entendu leur rang parmi les personnages des courts récits, comme
dans Les Ânes d’adressant à Zeus, Zeus et Apollon ou La Chatte et Aphrodite, fable qui illustre le proverbe : « Chassez
le naturel, il revient au galop », car la chatte, ayant été changée en
jeune fille par Aphrodite, se met à poursuivre la souris que lui soumet la
déesse en guise d’épreuve, ce qui lui vaut une nouvelle métamorphose dans un
sens inverse.

La
matière des fables est encore diverse, il peut s’agir d’abstractions : le
bien, le mal, l’origine des choses, qui forment aussi la réflexion des
philosophes d’alors. Cette matière est parfois également reprise de la
mythologie.

Le format
de chaque récit est très court : de petites scènes s’enchaînent sur le ton
de la comédie, occasions pour les animaux de symboliser les traits de caractère
des hommes : la fourmi est prévoyante, le lion majestueux, le renard rusé.
Chaque petite histoire, racontée simplement, à destination populaire, se
termine presque toujours par une morale, qui explicite la portée de la
narration. À la volonté de divertir s’ajoute donc un dessein didactique. Ce
sont surtout des vertus sociales et pratiques qui sont enseignées :
l’amitié fidèle, la modération, la reconnaissance.

Le genre
inspirera de nombreux hommes de lettres dont le fabuliste latin du Ier
siècle ap. J.-C. Phèdre, Jean de La Fontaine au XVIIème siècle bien sûr, mais
encore l’écrivain français Jean-Pierre Claris de Florian au XVIIIème siècle, l’écrivain
allemand de la même époque Gotthold Ephraim Lessing, et le fabuliste russe Ivan
Andreïevitch Krylov, qui commence à faire paraître ses fables à partir du début
du XVIIIème siècle.

La
popularité des fables en particulier au Moyen Âge est telle qu’on appelle tous
les recueils du genre des « ysopets » – soient des « petits
Ésopes ». La Fontaine, louant son prédécesseur, écrit « qu’on le
devroit mettre au nombre des sages dont la Grèce s’est tant vantée, lui qui
enseignoit la véritable sagesse, et qui l’enseignoit avec bien plus d’art que
ceux qui en donnent des définitions et des règles. »

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur Ésope >