Fables

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Le genre de la fable

La fable est l’un des plus anciens genres littéraires. C’estun récit, parfois en prose, parfois en vers, dont le but est de donner unemorale qui devra faire grandir l’auditeur ou le lecteur. Cette morale, c’estune leçon de vie, mais cette leçon se doit d’être plaisante. La fable a uneutilité plurielle. Elle est courte, comme une histoire drôle ; elle peutn’être composée que de quelques phrases comme « La Guêpe et leSerpent » : « Une guêpe, posée sur la tête d’un serpent, le tourmentait,le piquait sans relâche avec son aiguillon. Éperdu, incapable de se venger deses ennemis, il passa sa tête sous la roue d’une charrette et mourut alors avecla guêpe. La fable montre qu’il y a des gens prêts à mourir pour tuer leursennemis. »

La fable est une manière efficace de répandre un message ouune idée populaire. Ainsi, elle participe à la vie commune, à la culture d’unmême peuple qui se reconnaît dans des fables faciles à retenir, aux personnagesstéréotypés. Ajoutons qu’elles sont souvent transmises de bouche à oreille.

La fable est prétexte à se divertir, à rire, à passer unagréable moment. Le ridicule de certaines situations induit un effetcomique : ainsi, dans « Le Cousin et le Lion », on voit le roides animaux, allégorie des puissants de ce monde, ridiculisé par un grosmoustique : « Et, sonnant de la trompe, le cousin fondit sur lui,mordant le museau dépourvu de poils autour des narines. Quant au lion, il sedéchirait de ses propres griffes, jusqu’à ce qu’il renonça au combat. » Lepetit a vaincu le grand. Mais tel est pris qui croyait prendre et lamorale, ici, est double : « Le cousin, ayant vaincu le lion, sonna dela trompe, entonna un chant de victoire, et prit son essor. Mais il s’empêtradans une toile d’araignée, et, se sentant dévorer, il gémissait, lui quifaisait la guerre aux plus puissants, de périr par le fait d’un vil animal, unearaignée ». En quelques lignes, le fabuliste fait rire, surprend, dépeintun retournement de situation, et son lecteur s’en trouve plus sage. Nul besoin d’unegrande culture pour comprendre le message de la fable : les personnagesprésentés sont souvent hauts en couleur, évoquent des situations de la viequotidienne, et sont le plus souvent rendus allégoriques par l’utilisationd’animaux symbolisant une valeur ou un aspect moral de la société.

Ainsi, la deuxième fonction de la fable est iciabordée : elle permet d’initier un public très diversifié aux valeursmorales. La conclusion, le plus souvent explicite, de la fable, s’adresse àtous de façon claire, comme par exemple : « certains hommes qui n’ontaucune valeur, s’ils tombent sur un temps de troubles publics, s’imaginentqu’ils sont des personnages » dans « Les Dauphins, les Baleines et leGoujon », ou bien « Cette fable montre qu’il vaut mieux être commandépar des hommes nonchalants, mais sans méchanceté que par des brouillons et desméchants » dans « Les Grenouilles qui demandent un roi ». Lafable a un rôle éducatif, qui permet aux plus âgés de transmettre un messagedéguisé mais marquant quant à la bonne conduite à tenir dans certainessituations. Sa conclusion montre la ruine de celui qui s’est mal conduit, et larécompense de celui qui a agi en accord avec la morale.

Ainsi, les Fablesd’Ésope s’accordent parfaitement avec ces deux fonctions. Elles mettent laplupart du temps en scène des animaux. Chaque personnage animal incarne unecaractéristique morale particulière : le renard est par exemple symbole deruse et de finesse d’esprit comme dans « Le Corbeau et le Renard »qui voit un corbeau joué par le rusé renard qui lui dérobe astucieusement sonrepas : « voulant se rendre maître de la viande, se posta devant luiet loua ses proportions élégantes et sa beauté, ajoutant que nul n’était mieuxfait que lui pour être le roi des oiseaux, et qu’il le serait devenu sûrement,s’il avait de la voix » ; l’oiseau se met à crier, et perd sa viandeau profit du renard. Mais le renard est également l’allégorie d’une certaineperversion morale : le tour qu’il joue au corbeau n’est pas très honnête.Le loup représente le barbarisme des peuples considérés comme encore sauvages,et la cruauté qui en découle ; dans « Le Loup et l’Agneau », lecruel animal dévore un agneau innocent et justifie son odieuse conduite sous defallacieux prétextes : « – Quelle que soit ta facilité à tejustifier, je ne t’en mangerai pas moins. Cette fable montre qu’auprès desgens décidés à faire le mal la plus juste défense reste sans effet. »Quant au chien il représente la fidélité parfois maladive et égalementl’instinct grégaire. En simplifiant ainsi chaque caractéristique, le fabulistepropose au lecteur une interprétation allégorique et simplifiée de la société.

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