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L’anthropomorphisme dans les Fables d’Ésope

L’anthropomorphisme est l’attribution de caractéristiqueshumaines à des animaux, des objets, des éléments d’habitude inanimés ou mêmedes dieux. Il est omniprésent dans les Fablesd’Ésope. En effet, le fabuliste n’a d’autre but que de décrire les hommes ettâcher de corriger leurs travers. Aussi, s’il s’attaquait de manière frontaleau genre humain, nul doute que son message serait rejeté par l’auditeur ou lelecteur. En revanche, si les comportements de l’homme sont attribués à desanimaux ou à d’autres entités, le message sera accepté car perçu comme nonagressif.

L’anthropomorphisme est particulièrement illustré dans les Fables d’Ésope par la mise en scèned’animaux. Parfois, ils sont décrits dans leur condition habituelle d’animal,sauvage ou domestique ; le corbeau et le renard, dans la fable du mêmenom, vivent une situation normale : l’oiseau est perché sur une branche,le canidé se trouve au pied de l’arbre. De même, dans « Le Lion et leSanglier », deux bêtes sauvages viennent s’abreuver au même point d’eau.L’anthropomorphisme commence quand les animaux communiquent en un langagecommun, et qui plus est échangent des idées, se convainquent mutuellement, sedisputent, tombent d’accord… Ainsi en est-il du lion et du sanglier quidéclarent de concert : « Il vaut mieux devenir amis que de servir depâture à des vautours et à des corbeaux. »

L’anthropomorphisme va plus loin encore quand les animauxont un rang social comparable à celui des hommes, comme le lion « roi desanimaux » ou le renard « juge équitable » dans « La Tortueet le Lièvre ». Les comportement humains n’ont pas de secret poureux ; dans « Le Loup et le Jeune Agneau réfugiés dans untemple », les deux animaux évoquent le rôle du sacrificateur dans laliturgie : « Comme le loup l’appelait à lui et disait que lesacrificateur l’immolerait au dieu, s’il le trouvait là : – Eh bien !répondit l’agneau, je préfère être victime du dieu que de périr par toi. »Il arrive même que l’animal adopte un comportement totalement humain, commedans « Le Chevreau et le Loup qui joue de la flûte » ; nonseulement les deux animaux parlent, mais le fauve va faire danser lechevreau : « Je sais bien, loup, que je suis destiné à tonrepas ; mais pour que je ne meure pas sans honneur, joue de la flûte etfais-moi danser. » Enfin, comme les hommes, les animaux implorent lesdieux comme dans « Les Ânes s’adressant à Zeus » : « Unjour, les ânes excédés d’avoir toujours des fardeaux à porter et des fatigues àsouffrir, envoyèrent des messagers auprès de Zeus, pour demander qu’il mît unterme à leurs travaux. Zeus, voulant leur démonter que la chose étaitimpossible, leur dit qu’ils seraient délivrés de leur misère quand ilsauraient, en pissant, formé une rivière. Les ânes prirent au sérieux cetteréponse, et depuis ce temps jusqu’à nos jours, quand ils voient quelque part del’urine d’âne, ils s’arrêtent tout autour, eux aussi, pour pisser. » Ici,les ânes illustrent la sottise et le peu de jugeote des hommes.

Dans les Fablesd’Ésope, l’anthropomorphisme ne se limite pas aux animaux. Dans « LeVieillard et la Mort », cette dernière répond à l’appel du vieil homme, seprésente devant lui et lui parle : « La Mort parut et lui demandapour quel motif il l’appelait. » Les plantes mêmes se trouvent soudaindouées de la parole, comme dans « Le Roseau et l’Olivier » : « Leroseau et l’olivier disputaient de leur endurance, de leur force, de leurfermeté. L’olivier reprochait au roseau son impuissance et sa facilité à céderà tous les vents. Le roseau garda le silence et ne répondit mot. »

Enfin, les Grecs s’étaient inventé des dieux à leur image.Dans les Fables, les dieux semblentsi peu supérieurs aux hommes qu’ils se comportent exactement comme eux. Dans« Zeus et les Hommes », Hermès se comporte avec une sottise des plushumaines : « Zeus, ayant modelé les hommes, chargea Hermès de leur verserde l’intelligence. Hermès, en ayant fait des parts égales, versa à chacun lasienne. Il arriva par là que les hommes de petite taille, remplis par leurportion, furent des gens sensés, mais que les hommes de grande taille, lebreuvage n’arrivant pas dans tout leur corps, eurent moins de raison que lesautres. » Les comportements vont jusqu’à l’identité dans « L’Hommemordu par une fourmi et Hermès » : « Alors Hermès lui apparut,et le frappant de son caducée, lui dit : – Et maintenant tu n’admettraspas, toi, que les dieux jugent les hommes comme tu juges lesfourmis ? »

L’anthropomorphise apparaîtdonc comme un élément fondamental des Fablesd’Ésope.

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