Fables

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La postérité des Fables d’Ésope

Elle est immense. Les fables écrites par Ésope se sonttransmises à travers les siècles et sont arrivées jusqu’à nous. Leur forme aconnu diverses fortunes, mais leur esprit est demeuré intact. On ne peutaffirmer que nul esclave poète ou brillant raconteur d’histoires du nom d’Ésopen’ait vécu dans la Grèce antique, mais la vérité est sans doute un peudifférente. Il est plus que probable que le nom d’Ésope ait servi de nomgénérique pour attribuer un auteur à des histoires, des contes, des fablestransmises oralement puis retranscrites sur parchemin. le premier recueil desfables d’Ésope apparaît vers 325 av. J.-C., établi par Démétrios de Phalère(orateur athénien et élève d’Aristote), près de deux cents ans après la datesupposée de sa mort (qui serait donc survenue vers 525 av. J.-C.). Le recueilde Démétrios de Phalère est perdu aujourd’hui, mais on le connaît par sestraductions latines de Phèdre (fabuliste latin né en Thrace et lui-même esclaveaffranchi, qu’on ne doit pas confondre avec le philosophe du même nom) qui lesadapta en latin ; puis c’est Babrias (fabuliste latin mais de languegrecque) qui les mit en vers. Au fil du temps, les fables d’Ésope furentreprises, adaptées, mais si la forme et la langue du récit changeaient,l’histoire elle-même demeurait – et sa morale aussi.

Les fables d’Ésope ont été la source d’inspiration de nombrede fabulistes et l’objet de nombreuses réécritures. Outre les écrivains del’Antiquité, on les retrouve chez le poète mystique persan Djala ad-DinMuhammad Rumi (1207-1273) qui les adapte dans son ouvrage le Masnavi. La première femme écrivain delangue française, Marie de France, est la première à adapter les fables d’Ésopeen langue française dans l’Ysopet, le« petit Ésope », recueil de fables à visée didactique etmoralisatrice.

La littérature française doit quelques-unes de ses plus bellespages aux fables d’Ésope, que le XVIème siècle a redécouvertes avec le retouren grâce de l’Antiquité lors de la Renaissance. Clément Marot, par exemple,s’il n’est pas considéré comme fabuliste, n’en puise pas moins dans lerépertoire d’Ésope et adapte les fables au goût de la cour de François Ier.Ainsi, dans son poème « À son ami Lion », Marot reprend le thèmequ’Ésope évoque dans « Le Lion et le Rat reconnaissant » : unlion épargne la vie d’un rat, qui lui sauve la vie en retour quand l’occasionse présente  – « Des chasseurs en effet le prirent et l’attachèrent àun arbre avec une corde. Alors le rat l’entendant gémir accourut, rongea lacorde et le délivra » écrit Ésope, ce que Marot reprend ainsi :

« Lors sire rat va commencer à mordre

Ce gros lien : vrai est qu’il y songea

Assez longtemps ; mais il le vous rongea

Souvent, et tant, qu’à la parfin tout rompt »

À même fable, morale légèrement différente :« Cette fable montre que dans les changements de fortune les gens les pluspuissants ont besoin des faibles » écrit Ésope, ce que Marot transposeainsi :

« Nul plaisir, en effet,

Ne se perd point quelque part où soit fait. »

Mais c’est Jean de La Fontaine qui va donner à la fable sesplus brillantes illustrations en français, en adaptant 127 fables d’Ésope dansla langue de Louis XIV. C’est sous cette forme que le lecteur francophone lesconnaît le mieux : leur perfection littéraire, leur clarté, leurefficacité en font encore des sujets d’étude et d’apprentissage dans les écolesfrançaises, et les bons mots de l’esclave grec sont devenus des expressionspassées dans le langage courant. « Cette fable montre que dans leschangements de fortune les gens les plus puissants ont besoin desfaibles », déjà cité, est devenu : « On a souvent besoin d’un pluspetit que soi » chez La Fontaine. De même, la phrase des égoïstes fourmisà l’adresse de la cigale : « Ah l’été, tu étais musiciennerepartirent les fourmis en riant ; en hiver fais-toi danseuse » estdevenue « Vous chantiez ? J’en suis fort aise. Eh bien, dansezmaintenant.  Le corbeau et le renard, le loup et l’agneau, les grenouilleset leur roi, le lion devenu vieux, le renard et la cigogne, le renard quivoulait manger les raisins, sans oublier le laboureur et ses enfants, toutes ettous nés de l’imagination d’un Grec obscur, sont devenus des personnagesessentiels de l’inconscient collectif francophone. Les fables de La Fontainesont toutes en vers, et bien plus longues que celles d’Ésope. Cependant,l’esprit en est le même : le fabuliste cherche à rendre l’homme meilleur.Les histoires sont identiques, parfois quelque peu adaptées au climat et àl’esprit de la France de Louis XIV. Par exemple, « Le Roseau etl’Olivier » d’Ésope est devenu « Le Chêne et le Roseau » chez LaFontaine.

Par ces réécritures toujours renouvelées, les Fables d’Ésope n’ont jamais disparu.

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