Ferragus

par

L’opposition entre amour familial et conjugal

Le rôle de Clémence dans l’histoire nous montre clairement le dilemme auquel celle-ci est soumise, déchirée entre devoir familial et amour conjugal.

En effet, pour son père aussi bien que pour son mari, elle porte le même amour teinté de devoir. Elle doit, pour Jules, remplir ses fonctions d’épouse (même si son amour pour lui est sincère, le sentiment du devoir envers le mari demeure toutefois bien présent). Auprès de son père, elle doit remplir son rôle de fille, en remplaçant sa mère décédée, et jouer le rôle à la fois de donneuse de soins et de donneuse d’amour. Les sentiments qu’elle voue à Jules et à Ferragus sont pratiquement identiques, à la différence près que le premier est son époux ; cependant, la force de ce qu’elle ressent est identique pour l’un et l’autre.

Ainsi, si elle ne peut se confier à Jules, elle raconte tout à Ferragus. Celui-ci l’exhorte à garder le secret jusqu’au bout, et même si cela lui en coûte, elle écoute son père comme un conseiller, presque un prêtre à qui elle se confesserait. Elle tente de tout lui raconter pour apaiser son âme, mais du côté paternel, le refus de son aveu à Jules est clair et net. Il l’exhorte au courage, mais celle-ci semble à bout. Ainsi, d’un côté comme de l’autre, Clémence est sujette à une pression qui l’écartèle. « Mon Dieu, mon père, tromper, tromper, quel supplice ! », s’exclame-t-elle auprès de Ferragus, sans pour autant que sa fidélité ne flanche.

L’amour fait donc porter à la jeune femme le double masque de menteuse et de traîtresse à la loi, son père étant un criminel recherché. Ainsi, son devoir moral est aussi mis sous pression et aux yeux de la loi, elle apparaît aussi comme infidèle. Le point culminant de la souffrance s’atteint donc ici, car en voulant garder honnêteté et fidélité envers l’un comme l’autre, elle se rend finalement et paradoxalement infidèle à la loi.

Sa plus grande peur est que l’amour que Jules a pour elle s’éteigne s’il apprend qu’elle est la fille d’un forçat ; elle ne se rend pas compte que cette angoisse cause justement sa perte. « Oui, Jules, j'ai cru que tu pourrais un jour ne plus aimer la fille de Gratien, autant que tu aimais ta Clémence. » Ainsi, cette oppression est causée en partie par une société qui assimile de manière trop indissociable origine, parenté, et qualité de la personne.

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