Knock ou le Triomphe de la médecine

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Résumé

Acte I

 

La scène se déroule d’abord devant une petite gare, puis sur une route de campagne, dans les années 1920. Il y a là le docteur Parpalaid et sa femme ; leur chauffeur Jean, qui tout au long de l’acte essaye en vain de faire fonctionner l’antique automobile – elle date d’au moins 1900 – des Parpalaid ; et enfin le docteur Knock. Ce dernier vient d’acheter la clientèle du docteur Parpalaid, qui quitte le bourg de Saint-Maurice pour aller terminer sa carrière à Lyon.

Le docteur Parpalaid et madame brossent un tableau idyllique de la situation qui attend Knock : Saint-Maurice est un pays de cocagne où Knock est assuré de faire fortune. Pourtant, au fil de la conversation, la vérité ne tarde pas à se faire jour : Parpalaid est une escroc qui a vendu à Knock une clientèle inexistante. Les gens du canton, environ douze mille habitants, jugent rarement nécessaire de consulter le médecin. De plus, la coutume est de payer les honoraires une fois par an, à la Saint-Michel. La conversation, tout en restant courtoise, prend bientôt un ton acide, et Knock n’hésite pas à dire son fait à son confrère peu honnête. Il en profite pour se présenter : il a toujours eu la passion de la médecine mais n’a fait ses études que récemment, bien qu’il soit quadragénaire. Il a commencé sa carrière médicale comme officier de santé sur un navire, situation où aucun diplôme de docteur n’était nécessaire. Il a aussi exercé le métier de commerçant en arachides – autrement dit marchand de cacahuètes – qui n’a pas grand rapport avec la médecine. Puis il a passé sa thèse et le voici.

Il compte mettre en œuvre à Saint-Maurice une méthode toute personnelle, dont il ne veut rien révéler à Parpalaid. Il l’interroge sur le village, le canton, les us et coutumes des habitants : les femmes sont-elles pieuses ? Les couples ravagés par l’adultère ? Les gens sont-ils riches ? Trouve-t-on une industrie dans le canton ? Certains vices sont-ils répandus ? Les réponses apportées par Parpalaid semblent le rasséréner et il déclare sans ambages à son confrère qu’il lui cède une mine d’or qu’il n’a pas su exploiter. Knock l’invite à constater les résultats de l’application de sa méthode d’ici trois mois. L’acte se termine sur la vision de Knock qui s’est installé au volant de la vénérable automobile des Parpalaid, pendant que Jean la pousse, pour faire démarrer le moteur.

 

Acte II

 

L’acte se déroule dans le cabinet de Knock, qui va maintenant faire connaissance avec ses futurs patients. Il fait d’abord venir à lui le tambour de ville, chargé de crier les annonces publiques aux quatre coins du canton. Il le charge d’annoncer qu’un nouveau médecin s’est installé et donnera des consultations gratuites chaque lundi matin. Le tambour le prévient : le lundi est jour de marché et la foule se pressera à ces consultations. D’ailleurs, si le docteur le voulait bien, peut-être pourrait-il dès lors l’examiner ? Knock s’exécute, et convainc le brave tambour de ville, qui ne souffre de rien de précis, qu’il est malade. Il lui prescrit un régime de famine, qui ne pourra que l’affaiblir, et le tambour s’en va, persuadé d’être gravement atteint.

Paraît ensuite monsieur Bernard, l’instituteur. Après quelques flatteries de bon ton, Knock feint de s’étonner de l’absence de collaboration entre Parpalaid et Bernard. Aussi lui propose-t-il, dans le dessein d’instruire des masses, de donner conjointement des conférences sur les dangers des microbes en général et les bienfaits de la prophylaxie. Le brave instituteur est bientôt convaincu qu’il est porteur de germes redoutables et quitte le cabinet rongé d’inquiétude.

Puis c’est au tour du pharmacien du village, monsieur Mousquet, d’apparaître. Le médecin est surpris quand il apprend la médiocrité du chiffre d’affaires de la pharmacie et une fois encore, Knock feint de s’étonner du peu de relations entre Parpalaid et le pharmacien. Puis il lui fait comprendre qu’une collaboration entre eux serait fructueuse, et il explique qu’il ne connaît pas de gens en bonne santé mais uniquement des malades qui s’ignorent. Les deux hommes se quittent en très bons termes.

Et c’est le moment des consultations. Entre « la dame en noir », une femme de quarante-cinq ans à la tête d’une grosse ferme. Knock l’examine et attribue ses douleurs lombaires – bien légitimes quand on considère son labeur quotidien – à une chute imaginaire qui serait autrefois survenue. La dame en noir quitte le cabinet persuadée qu’elle est très malade et que la guérison sera longue à venir. Entre ensuite « la dame en violet ». Elle a le port digne de l’aristocrate ruinée qu’elle est. Elle déclare n’être venue à cette consultation gratuite que pour donner le bon exemple à la population. Knock la remercie, la flatte, et parvient à la convaincre que ses insomnies sont le fruit d’une affection qui lui ronge le cerveau. La dame en violet, à son tour, quitte le cabinet très inquiète et traverse une salle d’attente bondée. Les patients suivants sont deux gaillards bien décidés à s’amuser aux dépens du nouveau docteur. Ils en sont pour leur frais : Knock les terrorise et les plaisantins traversent à leur tour une salle d’attente maintenant consternée.

 

Acte III

 

L’acte se déroule trois mois plus tard, dans la grande salle de l’hôtel de la Clef, l’unique hôtel de Saint-Maurice. On dirait plutôt un hall d’hôpital : tout est blanc et semble aseptisé. La propriétaire, Mme Rémy, et son employé Scipion attendent l’arrivée du docteur Parpalaid. Il vient pour toucher l’argent que Knock lui doit, mais Mme Rémy craint qu’il ne revienne au village. Les choses vont tellement mieux depuis que ce bon docteur Knock a pris les choses en main ! La population vit maintenant dans la crainte salutaire de la maladie et prend grand soin de sa santé. On vient de loin pour consulter et l’hôtel est contraint de refuser du monde. Quand Parpalaid arrive, il est stupéfait par la situation qu’il découvre. Knock a l’image d’un bienfaiteur de l’humanité. Le pharmacien Mousquet travaille nuit et jour, le commerce de la médecine est florissant.

Quand Knock paraît à son tour, il décrit à Parpalaid une situation inimaginable il y a trois mois : il y a un malade dans chaque foyer, les conférences sur la prophylaxie ont un grand succès. Dans quel intérêt ? Pas celui du malade, mais celui de la médecine. C’est sous un éclairage froid et bleuté que Knock explique : il a organisé la conquête de Saint-Maurice par la médecine comme une campagne militaire, chaque famille est concernée et les cloches de l’église qui donnaient l’heure et le signal de la prière rythment aujourd’hui la prise de température. Quand Parpalaid propose à Knock d’échanger son cabinet avec le sien à Lyon, Knock laisse Mme Rémy et Mousquet répondre : il n’en est pas question ! Résigné et déçu, Parpalaid va passer la nuit à l’hôtel. D’ailleurs, lui dit Knock, une journée de repos lui fera du bien. Il a l’air bien fatigué. C’est préoccupant. Et s’ils en parlaient sérieusement dans son cabinet, demain matin ? Parpalaid s’effondre dans un fauteuil : et s’il était malade, après tout ?

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