L'aiguille creuse

par

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Maurice Leblanc

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1864 : Maurice Leblanc naît à
Rouen dans une famille bourgeoise, d’un père armateur. La Normandie tiendra une place centrale dans ses œuvres à venir. Sa
sœur cadette deviendra la cantatrice Georgette Leblanc, compagne et interprète
de Maeterlinck. Adolescent, il côtoie un temps un autre Normand célèbre en la
personne de Gustave Flaubert. Une fois adulte, il commence à travailler dans
une fabrique de cardes, mais déjà passionné par l’écriture, décidant de fuir la
carrière que son père lui destine, il vient à Paris tenter sa chance. Il s’y fait journaliste pour Gil Blas et
Le Figaro, puis à partir de 1890 il commence à publier des romans d’analyse psychologique, une dizaine en tout, qui
lui valent l’attention de Jules Renard,
Alphonse Daudet ou Léon Bloy, sans pour autant rencontrer
de succès public. Il est en tout cas introduit dans le monde des lettres et
fréquentera Stéphane Mallarmé et Alphonse Allais notamment.

1905 : À quarante ans passés, Maurice Leblanc vit un tournant de sa carrière après que Pierre Lafitte lui eut commandé
une nouvelle pour le mensuel Je sais tout qu’il dirige. Il lui
suggère de mettre en scène les aventures d’un gentleman-cambrioleur sur le modèle d’Arthur J. Raffles, personnage inventé par le romancier
britannique Ernest William Hornung (1866-1921),
dont les œuvres commencent à paraître en français à cette période. Leblanc crée
ainsi le personnage d’Arsène Lupin, cambrioleur
facétieux
et charismatique
portant monocle, cape et haut-de-forme, dans lequel il veut incarner l’esprit français, le parant d’une insolence qui semble remonter à
D’Artagnan, le faisant enjoué et prompt
à mettre les rieurs de son côté. Lupin se ressent en fait du caractère de son
père, radical-socialiste et libre
penseur 
; c’est même une sorte d’anarchiste,
mais qui vit en aristocrate. Son nom quant à lui est inspiré d’Arsène Lopin,
conseiller municipal de Paris. Ce héros, avant d’être un voleur, est un amateur d’art. Il a pour règle de ne jamais commettre de meurtres, et il
choisit des victimes
particulièrement antipathiques. En
cela, il n’a pas la cruauté du personnage de Fantômas qu’il a inspiré. En fait,
c’est une sorte de Robin des bois à
la française, de la Belle Époque, qui secourt volontiers les plus faibles et se
plaît à ridiculiser les bourgeois.
C’est en outre un séducteur. Il
évolue principalement en Normandie et dans le pays de Caux, et ses aventures
impliquent souvent des lieux insolites,
des passages secrets.

La première aventure d’Arsène Lupin, L’Arrestation
d’Arsène
, paraît donc en juillet 1905 dans Je sais tout. Dans la suivante, en décembre, Arsène Lupin est en
prison, tandis que dans celle de janvier 1906, il s’évade. Un recueil de neuf
nouvelles intitulé Arsène Lupin, gentleman cambrioleur paraît en 1907. Les
aventures d’Arsène Lupin s’étaleront, entre 1905 et 1941, sur dix-sept romans, trente-neuf nouvelles et cinq pièces de théâtre.

1908 : Arsène Lupin contre Herlock Sholmès est un recueil de deux
nouvelles mettant en scène deux personnages particulièrement rusés maintenant
bien connus des Français. En effet, les aventures du héros d’Arthur Conan Doyle
paraissait en France depuis 1902 et connaissaient un grand succès. Dans ces
nouvelles, La Dame blonde et La Lampe juive, il est question d’un
billet de loterie, d’un diamant bleu et d’une « lampe juive » volés,
méfaits suite auxquels on fait appel au célèbre détective anglais, qui engage
un duel avec le cambrioleur
français, lequel s’amuse, comme à son habitude, à anticiper toutes les actions
de la police
. Ici, Lupin devient indirectement responsable d’un meurtre, ce
qui n’est pas dans ses habitudes. Quant à Herlock Sholmès, il est accompagné
d’un certain Wilson, parodie du
fameux docteur Watson.

1909 : L’Aiguille creuse est la plus lue des aventures d’Arsène Lupin,
au point que Maurice Leblanc contribua grandement à la renommée d’Étretat, de ses fameuses falaises et de
sa désormais célèbre « aiguille ». Dans ce volume Arsène Lupin est confronté
à un tout jeune détective amateur,
un lycéen, Isidore Beautrelet
proche du fameux Joseph Rouletabille – qui, arrivé au château de l’Aiguille,
dans la Creuse, se rend compte qu’il s’est fourvoyé, suivant une fausse piste
élaboré par Louis XIV, destinée à dissimuler la véritable cachette de la fortune des
rois de France
. Arsène Lupin, sous l’identité de Louis Valméras, a su décrypter avant lui un code, dissimulé par Marie-Antoinette dans un ouvrage, qui l’a mis
sur la piste de la fameuse Aiguille creuse située en Normandie, non loin du
Havre. Herlock Sholmès est à nouveau un des personnages de cette histoire où le
cambrioleur français se voit particulièrement malmené : gravement blessé,
il se retrouve à un moment presque moribond.

1910 : Dans le récit intitulé 813, qui connaît une première
publication non plus dans Je sais tout
mais dans Le Journal, Arsène Lupin a
revêtu l’identité de Lenormand, chef de police. Tout le monde croit
alors Lupin mort, jusqu’à l’assassinat d’un homme que le meurtrier a signé du
nom du fameux cambrioleur. Lupin en tant que Lenormand va devoir affronter un
ennemi particulièrement redoutable, d’une intelligence machiavélique, qui
parvient à démasquer Lupin aux yeux de tous et à le faire enfermer. Il faudra
une intervention de l’empereur
d’Allemagne
pour le délivrer, occasion pour Maurice Leblanc de plonger son
récit dans les enjeux stratégiques de
l’époque
. Il est alors question du sort
de l’Alsace-Lorraine
et de la domination
sur Europe
. L’œuvre en est tout imprégnée d’un patriotisme qui sera encore outré dans la réédition de 1917. À
nouveau dans cette histoire Lupin devra outrepasser les règles qu’il s’est
fixées et tuer de ses propres mains.

1912 : Dans Le Bouchon de cristal, suite à l’arrestation de deux de ses
complices lors du cambriolage du député Daubrecq, un vil maître-chanteur, lesquels
se voient condamnés à mort, Arsène Lupin va devoir tout faire pour sauver l’un
d’eux, victime d’une erreur judiciaire. Leblanc se montre ici influencé par le scandale de Panama, actualité vieille
de vingt ans, et il reprend à Edgar Allan Poe une astuce de sa célèbre nouvelle
La Lettre volée, où la meilleure
façon de cacher un objet s’avère de le laisser en évidence.

1919 : Dans L’Île aux trente cercueils il n’est presque pas question
d’Arsène Lupin, qui n’intervient qu’à la fin tel un deus ex machina. La protagoniste est Véronique d’Hergemont, une jeune fille de bonne famille ayant
épousé un comte qui s’est révélé être un escroc mythomane. Tout comme ce
dernier, son père et son fils ont disparu près de quinze ans plus tôt, mais
quand elle découvre, devant un film, sa propre signature sur la porte d’une
cabane, elle reprend espoir en leur survie, et part à la recherche du lieu en
question, jusqu’à rejoindre l’île de
Sarek
en Bretagne. Les habitants
de l’endroit vivent dans la peur d’une prophétie
qui annonce des horreurs et trente cercueils correspondant aux trente dangereux
écueils se dissimulant dans les eaux environnantes. Cette histoire, riche en tortures et en meurtres, est particulièrement violente, et revêt une atmosphère fantastique, nourrie de légendes celtes.

Cette même année, Maurice Leblanc publie dans Je sais tout un roman de science-fonction – genre également goûté par son aîné Arthur
Conan Doyle. Dans Les Trois Yeux Leblanc met en scène un savant ayant fait une
étrange découverte : derrière un pan de mur il peut activer un œil immense
grâce auquel il parvient à voir les films d’évènements passés. Dans Le
Formidable Évènement
, nouvelle œuvre de science-fiction qui paraît
l’année suivante, Maurice Leblanc imagine les suites d’un soulèvement
géologique ayant provoqué le rattachement de l’Angleterre au continent
européen.

1923 : Le recueil Les Huit coups de l’horloge réunit
six nouvelles parues à partir de décembre 1922 dans L’Excelsior. Ici Arsène Lupin se dissimule sous l’identité du
prince Serge Rénine et le lien entre
les récits est assuré par un jeu de
séduction
qu’il entreprend auprès d’une certaine Hortense Daniel, avec
laquelle il entreprend de résoudre une série
d’énigmes
. Les histoires une nouvelle fois mettent en valeur les exceptionnelles
capacités de déduction du héros.
L’année suivante paraît La Comtesse de Cagliostro, censée
être la première aventure d’Arsène Lupin, et qui expose des moments fondateurs
de sa personnalité. Le héros s’y trouve partagé entre ses amours pour deux
femmes, dont la comtesse Joséphine, personnage à l’identité trouble.

1941 : Maurice Leblanc meurt à
soixante-seize ans à Perpignan. Ses œuvres mettant en scène Arsène Lupin
demeurent un monument de la littérature populaire du début du XXe siècle. Si on les compare à celles de
Gaston Leroux, créateur de Joseph Rouletabille, et de Pierre Souvestre et
Marcel Allain, à l’origine des aventures de Fantômas, que Leblanc a tous
inspirés, on retrouve chez celui-ci un souci
d’écriture
plus important, une élégance
raffinée
qui font leur spécificité.

 

 

« Mon
cher maître,

Vous savez
l’admiration que j’ai pour vous et l’intérêt que je prends à votre renommée. Eh
bien, croyez-moi, ne vous occupez point de l’affaire à laquelle on vous
sollicite de concourir. Votre intervention causerait beaucoup de mal, tous vos
efforts n’amèneraient qu’un résultat pitoyable, et vous seriez obligé de faire
publiquement l’aveu de votre échec.

Profondément
désireux de vous épargner une telle humiliation, je vous conjure, au nom de
l’amitié qui nous unit, de rester bien tranquillement au coin de votre feu.

Mes bons
souvenirs à M. Wilson, et pour vous, mon cher maître, le respectueux hommage de
votre dévoué Arsène Lupin. »

 

Maurice
Leblanc, Arsène Lupin contre Herlock
Sholmès
, 1908

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