L’ami retrouvé

par

La période charnière historique

Les prémices

 

Lesprémices sont constituées par l’importance que revêtent les origines, et la méfianceà l’égard du peuple juif. D’un côté Conrad se montre particulièrement fier de sesorigines : « Graf vonHohenfels, Conrad, annonça-t-il, né le 19 janvier 1916 à Burg Hohenfels, Wurtem­berg. »De l’autre, Hans dit sa fascination et le sentiment intériorisé de soninfériorité : « sous mes yeuxobservateurs et fascinés » ;« convaincu de sa propre infériorité » ; « moi, fils d’un médecin juif, petit-fils et arrière petit-filsd’un rabbin et d’une lignée de petits commerçants et de marchands de bestiaux » ; « Peut-être avait-il parlé de moi àses parents et lui avaient-ils conseillé de ne pas se lier d’amitié avec unjuif ? ».

 

Indices tangibles desévénements à venir

 

Audébut du chapitre VII, le narrateur parle de l’agitation et des troubles politiquesqui ont lieu à Berlin. Quand le narrateur se rend chez Conrad, il tombe sur unephoto d’Hitler dans la chambre de la mère de son ami. L’importance du contextepolitique et social se fait notamment sentir à travers le discours patriotiquedu père de Hans, qui débat à propos du sionisme, et même celui de Hans :« Tout ce que je savais, c’est quec’était là ma patrie, mon foyer, sans commencement ni fin, et qu’être juif n’avaitfondamentalement pas plus d’importance qu’être né avec des cheveux bruns et nonavec des cheveux roux. Nous étions Souabes avant tout chose, puis Allemands, etpuis Juifs. Quel autre sentiment pouvait être le mien, ou celui de mon père, oucelui du grand-père de mon père. »

Labarrière entre Hans et Conrad se fait de plus en plus grande et se voit matérialiséedans la porte de la maison de Conrad, le grillage, et le fait que Conradn’invite son ami chez lui que pendant l’absence de ses parents : « Conrad referma la grille de fer qui devaitme séparer de son monde ». Cette barrière est aussi mise en scène quandConrad ignore et n’adresse pas la parole à Hans à l’opéra lorsqu’il est entouréde sa famille.

 

Le point d’orgue destensions

 

Lesindices des événements à venir montent en crescendo jusqu’à un moment clé, quidevient une sorte de pause dans le récit car le dialogue est rapporté au styledirect. À ce moment-là, se font sentir les antagonismes religieux etsociaux qui concernent les Juifs, à travers les explications de Conradrelativement à la haine de sa mère pour les Juifs.

Aprèsce point d’orgue, tout l’environnement de Hans va changer, ce passage marque unerupture puisqu’il se termine par : « les choses ne seraient jamais plus comme avant » – nonseulement dans le cadre de leur amitié, mais aussi à l’échelle du lycée et dupays. Ce passage marque à la fois la fin de l’enfance et l’entrée en vigueur dunazisme, qui s’étend et s’affiche ouvertement ; en voici quelquesmanifestations :

– lesaffiches et les croix gammées apparaissent dans les rues ;

– lenouveau professeur d’histoire n’hésite pas à faire de la propagande contre « lespuissances des ténèbres » – périphrase pour désigner les Juifs – lors deson discours à son arrivée ;

– l’antisémitismede certains élèves, notamment lors de la scène du débat sur les Juifs quioccasionne la bagarre entre Hans et Bollacher ;

– lafrontière infranchissable entre l’adolescent juif et la famille aristocratiqueantisémite ; la grille est à nouveau le symbole de cette frontière : « mes mains étreignaient les barreauxde fer comme celle d’un prisonnier implorant la délivrance. Les griffons, avecleur bec et leurs griffes comme des faucilles, abaissaient sur moi leurregard… » ;

– lasolitude de Hans, notamment après son altercation avec Bollacher ; la rueest déserte, il se retrouve à nouveau seul : « Dès lors, je l’évitai [Conrad]. Il eût été embarrassant pour lui d’êtrevu avec moi… » ;

– l’exil :le départ de Hans est devenu nécessaire, du fait que l’antisémitisme est devenutrop difficile à vivre dès 1933 ;lorsque son père lui en parle il appelle cela « la tempête », terme qui montre la violence du phénomène – « Et la chose fut ainsi réglée. Jequittai le lycée à la Noël et, le 19 janvier, mon jour d’anniversaire, presqueexactement un an après l’entrée de Conrad dans ma vie, je partis pourl’Amérique. »

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