L’ami retrouvé

par

Récit raconté à la manière d’une autobiographie

Le narrateur parle à la première personne tout au long du récit, dont la focalisation interne repose sur le personnage de Hans. Aucun narrateur omniscient ne rapporte donc ce que pense Conrad. Le lecteur sait ce que sait Hans et s’interroge avec lui sur ce qu’il ignore. Cela peut favoriser l’identification du lecteur et entre outre, au début, l’aura de mystère qui enveloppe Conrad s’en trouve renforcée. Il n’y a aucun commentaire extérieur qui juge les actes d’Hans, le seul à juger est le narrateur lui-même, plus âgé, qui estime parfois à l’aune de l’expérience qu’il a gagnée les actes de l’adolescent qu’il était : « je ne savais alors précisément pourquoi j’agissais ainsi, mais il m’est plus facile aujourd’hui de me rendre compte que j’essayais de l’introduire furtivement » ; « jetant un regard en arrière je vois combien cela était puéril ».La subjectivité du récit est donc totale, nous ne voyons les autres personnages qu’à travers le regard de Hans – comme lors de la description du professeur ou de ses camarades – et le lecteur est obligé de postuler son honnêteté, d’imaginer que sa restitution des événements est scrupuleuse, et cette confiance est mieux permise dès lors que le narrateur se montre enclin à dévoiler des détails moins glorieux de son passé, propres à renforcer l’effet de réel.

Comme le narrateur raconte ses souvenirs passés à partir de son présent, deux temporalités se croisent et parfois se confondent – le temps des évènements passés, en 1932, la rencontre, puis toute l’histoire de leur amitié passée d’un côté ; le temps de la narration de l’autre, c’est-à-dire l’époque où Hans, devenu adulte, nous raconte ses souvenirs environ trente ans plus tard. Ces deux temporalités sont présentées côte à côte dès le début du récit ; le morceau de phrase « Il entra dans ma vie en février 1932 »fait plonger dans le passé tandis que « pour n’en jamais sortir » anticipe sur un futur encore indéterminé, c’est-à-dire que le narrateur effectue une prolepse. Dès la seconde phrase du récit le narrateur précise qu’il raconte son récit avec un recul temporel : « Plus d’un quart de siècle a passé depuis lors, plus de neuf mille journées fastidieuses et décousues », qu’il ne cesse de réitérer ensuite – « Mais, même après trente années écoulées, je crois que ce n’étais pas une exagération » –, comme obsédé par ce temps en quelque sorte « perdu », alors qu’il ne connaissait pas encore le fin mot de cette histoire si importante, celle de son amitié avec Conrad, comme s’il avait trahi son ami d’une certaine façon en ne la connaissant pas, en conservant des sentiments mitigés à son égard.

Le narrateur raconte ensuite son histoire avec Conrad ; la rencontre et les débuts de leur amitié sont très détaillés ; il sélectionne les éléments importants, est contraint de passer sous silence des éléments oubliés. Il agit donc à la manière d’un auteur qui écrirait son autobiographie en subissant les aléas de sa mémoire : c’est un topos du genre autobiographique que nous retrouvons dans ce récit : « Je ne puis me rappeler exactement le jour où je décidai qu’il fallait que Conrad devînt mon ami ».

 

C’est donc à travers une histoire personnelle, celle d’une amitié touchante à laquelle le lecteur que s’identifier, que l’auteur aborde une question plus vaste, celle de la guerre et de ses répercussions.

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