L’ami retrouvé

par

Reviviscence d’un événement important passé

Dèsle début, des expressions montrent le caractère extraordinaire de la rencontreque fait le narrateur ;l’auteur parle de Conrad comme d’un « garçonqui allait devenir la source de mon plus grand bonheur et de mon plus granddésespoir. »La vie du narrateur a été bouleversée par cet événement, et l’antithèse exposece changement et anticipe l’avenir ; quoi qu’il advienne le lecteur saitqu’il suit un parcours dont l’issue fatale lui a déjà été annoncée : « Trois jours plus tard le 15 mars – jen’oublierai jamais cette date ». Le caractère exceptionnel de sa rencontrepasse d’abord par l’aspect extraordinaire du personnage rencontré : « Mais,pour lui, c’était différent. Il portait un pantalon de bonne coupe et au pliimpeccable qui, de toute évidence, n’était pas, comme les nôtres, un vêtementde confection. »Tous les regards sont sans cesse tournés vers lui lors decette scène de rencontre, il est au centre de toutes les attentions.

L’importancede l’évènement est mise en exergue par la netteté du souvenir qu’en garde lenarrateur : « Je puis me rappeler le jour et l’heure où, pour lapremière fois, mon regard se posa sur ce garçon ». Le souvenir est si précis que le narrateur semble revivre les événementsde l’époque en les décrivant ; les deux temporalités se mêlent alors danscette netteté du souvenir : « En fermant les yeux, je voisencore les dos de mes camarades de classe ». Après un récit entamé au passé, le temps du verbe passe auprésent, ce qui souligne son importance, et c’est à partir de ce verbe « voir »que tout va prendre sens : la longue description de l’atmosphèrede ce jour, des alentours, du professeur, tous les détails sont donnés avec uneextrême précision comme pour faire apparaître cette scène sous les yeux dulecteur : « Le jour s’assombrissait,mais il ne faisait pas assez nuit pour éclairer la salle et, à travers lesvitres, je voyais encore clairement l’église de la garnison, une affreuseconstruction de la fin du XIXe siècle, pour le moment embellie parla neige recouvrant ses tours jumelles qui transperçaient le ciel de plomb.Belles aussi étaient les blanches collines qui entouraient ma ville natale,au-delà de laquelle le monde semblait finir et le mystère commencer. J’étaissomnolent, faisant de petits dessins, rêvant, m’arrachant parfois un cheveupour me tenir éveillé, lorsqu’on frappa à la porte. »

Cette scène est racontée au passé mais toutse passe comme si l’abondance des détails visuels et sensitifs la rendaitréelle et présente à nouveau : « Enfermant les yeux, je vois encore les dos de mes camarades declasse » ; « J’entendsencore la voix lasse et désillusionnée de Herr Zimmermann ».

C’estalors l’instantanéité des regards qui fait revivre cette scène : « Nous le regardions fixement, commesi nous avions vu un fantôme. Probablement tout comme les autres, ce qui mefrappa plus que son maintien plein d’assurance, son air aristocratique et sonsourire nuancé d’un léger dédain, ce fut son élégance. En matière de stylevestimentaire, nous faisions à nous tous un morne assemblage. La plupart de nosmères avaient le sentiment que n’importe quels vêtements étaient assez bonspour aller en classe aussi longtemps qu’ils étaient faits d’étoffe solide etdurable. » ; « Nos regards étaient concentrés sur le nouveauvenu. Il se tenait immobile et calme, sans le moindre signe de nervosité. »

Lechoix stylistique inhérent à cette écriture permet de faire revivre le passé etmet en avant l’importance de cette période charnière qui trouve ses originesdans le passé mais qui garde toujours une influence forte sur le présent.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Reviviscence d’un événement important passé >