L’Ensorcelée

par

L’amour et ses tourments

L’Ensorcelée prend la forme d’un récit que l’auteur/narrateur aurait reconstitué à partir de plusieurs sources de façon à en rendre une image la plus fidèle possible. C’est l’histoire d’un homme et d’une femme dans un contexte particulier : celui d’une campagne nimbée de mystères et de croyances mais dans laquelle le climat politique a malgré tout une influence.

            Dans le roman, l’abbé de la Croix-Jugan tente de se suicider croyant alors servir une cause perdue – il s’est alors engagé auprès des Chouans -, il sort de cet épisode défiguré. Cependant, si son visage est devenu hideux, c’est en grande partie à cause de l’attaque de ses adversaires qui avaient décidé lui infliger des tourments plus grands encore. Il sera connu en Normandie sous le surnom de l’abbé de la Goule-Fracassée. Son histoire va se mêler à celle d’une femme : Jeanne-Madeleine de Feuardent. Dernière représentante d’une grande lignée elle s’est vue contrainte d’épouser Thomas Le Hardouey, cela par nécessité et non par amour, elle se voit ainsi « … obligée de vivre avec des hommes du niveau de son mari, attachée aux intérêts d’un ménage de cultivateur, n’ayant jamais connu les mœurs d’une société plus élevée qui, sans les évènements, aurait été la sienne … ». C’est une femme aimée de tous les habitants des bourgs voisins et qui était tenue en haute estime comme un exemple de vertu et de bon sens.

Toutefois, après la réouverture de l’église de Blanchelande, qui avait été fermée, comme un bon nombre d’églises, pendant la Révolution, Jeanne rencontre un prêtre tout vêtu de noir : la figure fière et imposante de l’abbé, tout autant que le mystère qui l’entoure, font naître en elle un trouble qu’elle n’avait jamais ressenti auparavant. Il n’est pas aisé de discerner les sentiments qui animent alors Jeanne. En effet, même si elle semble ressentir de l’amour envers ce prêtre qui reste inaccessible, le lecteur est tenté de d’associer ses sentiments à de l’obsession. Dès lors qu’elle le rencontre, toutes ses pensées sont tournées vers la personne du prêtre-soldat. Elle tente d’abord de dissimuler les sentiments qu’elle lui porte, de peur d’être victime de l’indifférence du prêtre. Mais au fur et à mesure que passe le temps, elle éprouve plus de mal à contenir son affection et délaisse ses tâches de bonne ménagère au profit des missions que lui confie l’homme dont elle est amoureuse.

Il est utile de préciser que l’abbé, envoyé à Blanchelande pour faire pénitence d’avoir pris parti dans la guerre des Chouans et d’avoir par la suite tenté de s’ôter la vie, n’avait pas fait le vœu de faire acte de contrition : il tentait de ressusciter sa cause vaincue et employait Jeanne-Madeleine – pour laquelle il n’avait point d’affection mais dont la position et les ressources la plaçaient au-dessus de tout soupçon –  à faire passer pour lui des messages et des missives puisque la surveillance sous laquelle il était placé l’en empêchait. Jeanne dont le physique avait alors commencé à refléter les troubles de l’âme acceptait dans sa dévotion de se livrer à ces dangereuses expéditions dans le seul but d’être utile à l’homme dont on dira plus tard qu’il l’avait ensorcelée.

Cependant, la dévotion de Jeanne n’est pas suffisante, elle ne parvient pas à se faire aimer du prêtre et dans l’obsession qu’il lui inspire, elle fait appel aux sortilèges de pâtres ambulants dont elle espère que le pouvoir lui apportera satisfaction. Cela sera sans succès. Elle sombre dans le désespoir lorsque l’abbé cesse de se servir d’elle pour raviver les cendres d’une cause qu’il sait désormais, définitivement éteinte : « Oh ! je l’aime, et je suis damnée, – reprit la malheureuse, – car c’est un crime sans pardon que d’aimer un prêtre ! Dieu ne peut pas pardonner un tel sacrilège ! Je suis damnée ! mais je veux qu’il le soit aussi. Je veux qu’il tombe au fond de l’enfer avec moi. L’enfer sera bon alors ! il me vaudra mieux que la vie. Lui qui ne sent rien de ce que j’éprouve, peut-être se doutera-t-il de ce que je souffre, quand les brasiers de l’enfer chaufferont enfin son terrible cœur ! » On voit bien comment l’amour qu’elle éprouvait pour lui et qui n’a pas trouvé d’écho favorable s’est transformé en une obsession maladive dont il y avait raison de craindre les conséquences.

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