L'été où il faillit mourir

par

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Jim Harrison

Vue générale sur sa vie et
sa carrière

 

Jim Harrison naît en 1937 à Grayling
dans le Michigan. Son père, agent agricole, ainsi que sa mère sont d’avides
lecteurs. Suite à une querelle avec une petite voisine à l’âge de huit ans, il
perd la vue de son œil gauche. Adolescent épris de romantisme, il décide de
devenir écrivain à seize ans et part pour Boston et New York. Il obtient une licence
de lettres en 1960 et un master en
1964. L’année suivante il publie un premier recueil de poésie, Plain Song.
Il connaît une carrière universitaire éphémère comme assistant d’anglais à
l’Université de Stony Brook (État de New York) avant de retourner dans le
Michigan et de se consacrer à des travaux d’écriture : articles de
journaux, scénarios, romans, nouvelles et poésie. Nombre de ses textes ont paru
dans des revues, dont Esquire, The New Yorker, Rolling Stone,
The New York Times Book Review ou Playboy.

Les décors
privilégiés
de ses œuvres se situent dans les régions faiblement peuplées
du Nord et de l’Ouest des États-Unis (Nebraska, Montana, Michigan, Arizona). S’il a
écrit de nombreux romans et nouvelles, Jim Harrison se décrit
préférentiellement comme un poète.
Parmi ses influences majeures, il cite le poète russe Sergueï Essenine
(1895-1925), le Français René Char, des œuvres de la tradition zen et une veine
remontant à William Wordsworth, où
la nature prend une grande part. Il a entamé sa carrière de romancier en 1971 sur la suggestion de son ami le
romancier Thomas McGuane, avec Wolf : mémoires fictifs (Wolf,
A False Memoir
), œuvre où il met en scène un alter ego perdu dans les bois
du Michigan, revenant sur ses souvenirs. La technique du flux de conscience, l’errance rhapsodique du protagoniste dans
sa propre vie, où les drogues et le sexe tiennent une bonne place, évoquent
Joyce, Faulkner, ou encore Henry Miller. On retrouvera ses caractéristiques
dans les romans suivants de l’auteur.

Jim Harrison, qui surjoue parfois l’homme des bois bourru, connaît un
succès plus grand auprès de Français friands d’images d’Épinal de l’Amérique
sauvage que de ses compatriotes. Le nom d’Hemingway,
auquel il est souvent comparé, revient souvent sous la plume de ses
admirateurs. C’est aussi un scénariste
ayant travaillé plusieurs fois pour Hollywood, notamment à l’adaptation de ses
propres œuvres : sa nouvelle Vengeance
est portée à l’écran par Tony Scott en 1990, Wolf par Mike Nichols en 1994 et la même année Edward Zwick tourne Legends of the Fall (Légendes d’automne) avec Brad Pitt, Anthony
Hopkins et Anthony Quinn au casting.

 

Regards sur quelques œuvres

 

1973 : Un bon jour pour mourir (A
Good Day to Die
) prend la forme d’un road trip décidé sur un coup de tête
par deux hommes alcoolisés. Ils partent du Montana pour la région du Grand
Canyon dans le but de dynamiter un barrage. Le narrateur est pour le moins peu
enthousiaste, d’autant que son compagnon de voyage, Tim, vétéran du Vietnam
gavé d’amphétamines, fait montre d’un tempérament instable. Un triangle
amoureux se forme avec Sylvia qui les accompagne, éprise de Tim qui ne peut la
satisfaire car impuissant, et qui peuple et frustre les fantasmes du narrateur.
Peu à peu un blues, une forme de désespoir prend possession du trio.

1976 : Nord-Michigan (Farmer)
repose sur la figure de Joseph, à la fois instituteur et fermier, issu d’une
longue lignée d’émigrés suédois, débarqués de Chicago dans le Michigan. Il se
retrouve à présent seul, entre sa passion, familiale, pour la chasse et la
pêche, les cours qu’il donne, et Rosalee, une amie d’enfance. Le roman raconte
sa rapide déchéance à partir du moment où il succombe aux charmes d’une de ses élèves
de dix-sept ans. Jim Harrison a l’habitude de mettre en scène des personnages de dépressif revenant sur
leur passé, en quête de renouveau et de métamorphose. Il restitue leurs pensées vagabondes en alternant le
rythme de leurs monologues, variations qui rappellent l’art de Whitman, Gary
Snyder ou Allen Ginsberg.

1977 : Retour en Terre (Returning
to Earth
) est un roman sur la maladie,
la mort et le deuil, dont le protagoniste, Donald, est un descendant d’Amérindiens et de colons finlandais. Il
est question de son rapport à la nature, de la perpétuation de traditions, et Jim Harrison donne
accès, changeant plusieurs fois de narrateur, aux divers regards que portent
sur ces thèmes différents membres de sa famille.

1979 : Légendes d’automne (Legends
of the Fall
) réunit trois nouvelles qui sont autant de portraits d’hommes
malmenés par la vie, confrontés à la violence,
à la mort ou à la séparation, et dont les destins
apparaissent marqués par la solitude
et la vengeance. La nature occupe
toujours une place de choix, qui semble faire écho au caractère authentique et
indomptable des protagonistes.

1988 : Dalva est une grande fresque
familiale
vu par le regard du personnage éponyme, une femme de
quarante-cinq ans à la vie tumultueuse, en quête de son fils, donné à adopter.
Elle a pour amant Mickaël, historien plongé dans les archives de la famille de
Dalva, dont l’arrière-grand-père était un Blanc ami des Sioux. Il est question du Nebraska
et de plusieurs des thèmes favoris de Harrison : la botanique, l’ornithologie,
les Amérindiens et le génocide qui les a décimés, la quête de
traces du passé. La narration est caractérisée par de nombreux retours en
arrière, des ellipses, et l’humour coutumier
de l’auteur. L’œuvre apparaît nourrie de recherches
historiques
importantes.

1998 : La Route du retour (The
Road Home
) vient offrir une suite,
dix ans plus tard, à l’histoire familiale entamée dans Dalva. Jim Harrison, enchaînant les journaux intimes et donc les
points de vue, à la manière de Faulkner, l’enrichit des voix de morts et de
vivants : John, le grand-père de Dalva, le patriarche de la famille, qui
offre un aperçu de l’Amérique rurale à l’aube du XXe siècle, du fils
et de la mère de Dalva, du sage oncle Paul, avant de retourner au regard de
Dalva elle-même. Les épopées
individuelles
de ces personnages épris de liberté semblent exprimer le
doute de l’auteur quant à la capacité de l’homme à vivre en paix au sein d’une
communauté. Leurs parcours sont néanmoins marqués par la gaieté : rencontres érotiques, plaisanteries et partages autour d’un repas
sont autant de topoï de cette fresque.

2004 : De Marquette à Veracruz (True
North
) est l’histoire du divorce de David Burkett d’avec une famille monstrueuse du Michigan,
enrichie par l’exploitation forestière et marquée par diverses tares. Son père
est en effet un obsédé sexuel qui a violé sa copine et sa mère a sombré dans
l’alcool et les médicaments. On suit ainsi le jeune homme éprouvé au gré de ce
qui ressemble à un parcours initiatique,
que jalonnent trois personnages de femmes
fortes
.

2008 : Une odyssée américaine (The
English Major
) est un nouveau road
trip
à travers les États-Unis, dont le héros est cette fois un sexagénaire
à un tournant de sa vie : sa femme vient de le quitter à l’issue de près
de quarante ans de mariage et la mort de sa chienne vient l’assommer un peu
plus. Personnage pluriel, cet homme proche de la nature, naturaliste et
professeur de littérature amoureux de Thoreau,
Whitman et Emerson, auxquels il essaie en vain d’intéresser ses élèves lycéens,
vend sa ferme et part sur les routes. Sa quête d’apaisement sera compliquée par
le retour dans sa vie d’une ancienne étudiante à la personnalité complexe, qui
devient sa maîtresse. L’amour de la littérature de Jim Harrison transparaît au
gré de nombreuses évocations. Il est à nouveau question de paysages somptueux,
de pêche, d’amour et d’une sexualité
joyeuse
– bref d’un hymne à la vie chanté par un auteur septuagénaire peu blasé,
toujours émerveillé par ses beautés.

 

« En observant les
autres dans la douce torpeur provoquée par le whisky, je réalisai à quel point
mon attachement à la vie était faible. Je n’étais pas impliqué, même en tant
que simple observateur, et encore moins en tant que pèlerin. Disons que je
n’étais ni dans les tribunes pour voir le match, ni sur le terrain pour jouer.
J’étais plutôt dans les sous-sols, observant avec indifférence la structure de
base tout entière. Mes amis n’existaient plus, ma femme non plus. Je n’avais ni
État, ni patrie, ni gouverneur, ni président. C’est ce qu’on appelle être
nihiliste, mais je trouve que c’est un mot beaucoup trop fort pour désigner le
vide. »

 

Jim
Harrison, Un bon jour pour mourir,
1973

 

« Ma mère défend une théorie du travail un peu alambiquée, qui
selon elle lui vient de mon père, des grands-parents, des oncles, bref de la
nuit des temps : d’instinct les gens veulent se rendre utiles ; ils
ne pourraient supporter l’impitoyable quotidienneté de l’existence sans
travailler du matin au soir. C’est l’oisiveté qui met la mort dans l’âme et
provoque des névroses. »

 

Jim
Harrison, Dalva, 1988

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