L'homme invisible

par

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H.G. Wells

Herbert
George Wells – plus couramment écrit H. G. Wells – est un écrivain anglais né
en 1866 à Bromley, une petite ville
du Kent (Sud-Est de l’Angleterre), dans une famille très modeste de la classe
moyenne de l’époque victorienne, d’un père anciennement jardinier, devenu après
héritage commerçant et joueur de cricket professionnel, et d’une mère autrefois
femme de chambre. À huit ans, alité suite à un incident qui le laisse avec une
jambe cassé, Herbert commence à lire frénétiquement. Suite à une blessure de
son père dont la carrière de sportif prend fin, l’enfant est placé pendant deux
ans comme apprenti chez un marchand
de tissu. Sa jeunesse misérable
rappelle quelque peu le parcours de Dickens. Il parviendra tout de même à faire
des études supérieures jusqu’à la licence à la Normal School of Science de South Kensington où il aura notamment Thomas
Henry Huxley, disciple de Darwin, comme professeur de biologie –
La
Descendance de l’homme et la sélection sexuelle
datait
de 1871
.
Il saura transposer dans ses œuvres de fiction les perspectives nouvelles
qu’ouvrait la théorie de l’évolution
naturelle
. Même s’il a obtenu la meilleure mention, au sortir de ses études
Wells intègre une école par correspondance où il occupe un modeste poste de professeur. À cette époque il publie un manuel de
biologie et collabore à des publications assez obscures avant que paraisse en
1895 son premier roman.

La
Machine à explorer le temps
(The Time Machine)
lui fait immédiatement rencontrer le succès. Le héros de Wells, appelé
« l’Explorateur du Temps », inventeur d’une machine lui permettant de
voyager dans le temps, se rend en l’an 802 701 où il découvre la région
londonienne très changée, non seulement du point de vue du climat, devenu quasi
méridional, mais aussi de la population, divisée en un groupe d’Eloïs, des créatures anthropomorphes
gracieuses, plus petites que lui, descendantes des classes dirigeantes dont les
petites cervelles ne sont capables de contenir plus que le sentiment de la peur
du noir, et qui vivent oisivement à la surface de la terre dans des palais à
moitié démantelés ; et les Morlocks
vivant sous terre, des prolétaires maintenant à la tête d’un monde en ruine,
toujours similaires aux hommes d’autrefois, mais incapables de supporter la
lumière du jour et devenus carnivores au point de s’être mis à manger leurs
anciens patrons. Avançant encore dans les millénaires, l’Explorateur ne
retrouvera plus aucune trace humaine. Wells se livre ici une satire prophétique d’une société
conduite par le capitalisme. Il faut
noter que les prolétaires consentent à leur sort et que la satire concerne donc
les deux pôles d’une société qui court le risque de voir les conséquences de
l’accélération du progrès technique lui échapper. Pour Wells, c’est le
sentiment qui sauvera l’humanité :
« Lorsque
l’intelligence et la force viendront à manquer, la gratitude et l’affection
réciproque continueront à vivre dans le cœur de l’homme. »
Dès lors l’auteur
s’affirme, dans sa voie du merveilleux
scientifique
, comme le pionnier de
la science-fiction
en compagnie de Jules Verne dont les premiers romans
datent des années 1860.
Dès l’année suivante en 1896 Wells publie L’Île du docteur Moreau (The
Island of Doctor Moreau
), un conte philosophique mettant en scène un
naufragé qui découvre sur l’île en question les expériences auxquelles se livre
le docteur Moreau assisté de Montgomery, et qui consiste en des vivisections, des modifications opérées
sur des animaux pour les rapprocher de l’homme. Le résultat a un aspect
pitoyable, et l’île se trouve ainsi peuplée d’hommes-bêtes soumis aux scientifiques qui font office de Dieu et de
prêtre, les règles et la religion
qu’ils instaurent s’avérant pour ces créatures une véritable torture faite
d’interdiction d’écouter son instinct et de culpabilité mêlées.

Wells a publié ses quatre œuvres majeures, de
jeunesse en réalité, en très peu de temps. Il y extrapole généralement des
hypothèses scientifiques dont il développe les conséquences. En
1897 paraît L’Homme invisible (The Invisible Man), l’histoire d’un
étudiant en physique suprêmement intelligent qui parvient à rendre ses tissus
invisibles à force d’expériences douloureuses sur lui-même. Sa nouvelle
situation lui pose cependant maints problèmes et il va désormais tenter de trouver
un moyen de renverser le processus. À bout de ressources, il commettra un vol
qui signe le début de nouveaux ennuis pour lui. Réfugié chez un ami médecin,
celui-ci le dénonce finalement et l’homme invisible se voit tué et rendu à
nouveau visible par la foule. Wells illustre ici à sa façon, en s’inspirant des
conquêtes de la science moderne, la question
sociale
qui agitait les penseurs du temps. Il se montre plutôt pessimiste en assignant une destinée
tragique au prolétaire génial qui, étant parvenu à sortir du lot, doit subir la
jalousie d’un ancien camarade de classe, « bon » bourgeois entré dans
les rangs, et la haine d’une foule qui l’anéantit en raison de sa différence. Le roman La Guerre des mondes (The War of the Worlds) est publié en
volume en 1898. À travers l’histoire
de l’envahissement de la terre par les Martiens,
catapultés sur la planète dans des vaisseaux de trente mètres de diamètre, la
descriptions des cohortes de réfugiés qui fuient les zones de conflit et
l’impuissance de l’armée britannique, Wells, qui se montre soucieux de faire frissonner de peur son lecteur, semble
exprimer sa rancune contre une société
victorienne
qu’il juge un peu trop sûre de sa force.

Au
tournant du siècle Wells abandonne la
science-fiction
pour se poser plus explicitement en réformateur. S’il annonce de possibles catastrophes il se montre
aussi plein d’espoir. Dans Anticipations en 1901 il imagine par exemple qu’une
croissance de la production va prochainement engendrer une société d’un plus
grand confort pour tous. Il s’agit du premier d’une longue série d’ouvrages
dans lesquels l’auteur, inégalement pertinent, tente de prévoir les développements futurs de la société. En 1903, il adhère à la Société fabienne (Fabian Society), de
mouvance socialiste et réformatrice, où il fait naître des controverses profitables aux idées socialistes qu’il contribue à
propager. Contrairement aux marxistes il imagine que la classe moyenne plutôt que le prolétariat fondera le futur, mais une
classe moyenne éduquée, consciente des problèmes que posent l’évolution,
volontaire pour se mettre au service de l’espèce, dont la compréhension des
fins modifiera les rapports humains et engendrera la levée des interdits issus
de l’ère victorienne. Wells se présente deux ans plus tard comme un technocrate
dans Une
utopie moderne
(A Modern Utopia) où il synthétise sa
pensée. À l’instar de Platon dans sa République,
il imagine un monde dirigé par une aristocratie
nouvelle ; son socialisme est
donc élitiste. Avec Kipps et Tono-Bungay, des œuvres à la matière
semi-autobiographique, Wells
entreprend des formes romanesques plus traditionnelles même s’il poursuit une critique acerbe de la société édouardienne dont ces ouvrages
constituent de précieux témoignages.
À partir de Tono-Bungay paru en 1909, Wells abordera
d’une façon plus directe l’histoire contemporaine. La même année Anne-Véronique (Anna
Veronica
), ouvrage audacieux et idéaliste sur l’émancipation des sexes, illustre
son messianisme humanitaire.

Avant la Première
Guerre mondiale
, Wells continue de gagner en renommée en tant que porte-parole de la jeune génération opposée
aux mœurs et aux institutions issues de la société victorienne et qui entrevoit
à travers le socialisme une nouvelle voie possible. À cette vision politique
Wells ajoute les perspectives de la biologie évolutionniste qui nourrissent sa
recherche des fins de l’espèce, laquelle semblait promettre un nouvel idéal
exaltant. Les ouvrages qui paraissent pendant la guerre se font échos du
conflit en cours. S’il se montre d’abord un militariste virulent, se mettant à dos une partie de ses soutiens, Wells
se montre consterné de la poursuite de la guerre à partir de 1916. En 1917
paraît dans le Times une lettre de
l’écrivain où il se réjouit de la révolution russe qu’il observe comme un éveil
du sentiment républicain à travers le monde. Il sera reçu en Russie Par Lénine
en 1920 mais se montrera sceptique sur les chances de développement du nouvel
État. Après la guerre Wells, qui abandonne
quasiment ses activités de romancier
, fait paraître plusieurs ouvrages de commentaires politiques. Sa
prédication rationaliste et matérialiste se fait jour notamment dans L’Esquisse
de l’histoire universelle
(The Outline of History), énorme succès publié
en 1920, et qui forme une trilogie avec La
Science de la vie
(The Science of
Life
 ; 1929) et Le Travail, la
richesse et le bonheur de l’humanité
(The
Words, Wealth and Happiness of Mankind 
; 1932) où l’auteur exprime son
idéal d’un État mondial coiffé d’un
corps de techniciens et de savants, et capable d’obvier à un nouveau conflit
mondial qui viendrait exterminer l’espèce humaine.

 

H. G. Wells meurt
en 1946 à Londres ; devenu
millionnaire, il avait cependant perdu de son influence et avait eu le temps de
s’aigrir. Dans ses œuvres, il avait anticipé le phonographe, la radio, les
tanks, les dirigeables, la bombe atomique ainsi que les voyages
interplanétaires. Sa rêverie sur le futur s’accompagne toujours d’une mise en
question de la société anglaise de son temps. Ses œuvres sont guidées par un mysticisme scientifique, une foi
quelque peu simpliste dans le progrès technique, ou plutôt dans le pouvoir d’une
volonté humaine qui, correctement
guidée, en userait bien, car l’avenir de l’humanité était pour lui « une
course entre l’éducation et la catastrophe ». Il considérait ses ouvrages davantage
comme l’entreprise de vulgarisation idéologique d’un journaliste, des œuvres de combat plutôt que d’art. Ses
idées s’avèrent plus guidées par son goût et son instinct que par un esprit
scientifique rigoureux, et son obsession prophétique touchant à la fin du monde le poussait à appuyer la
nécessité d’atteindre un équilibre
écologique
, à travers la mise en place d’un système de gouvernement mondial,
capable par exemple de gérer les ressources à l’échelle planétaire.

 

 

« Il y a des tas de gens, gras et stupides, qui prendront les
choses comme elles sont, et des tas d’autres aussi se tourmenteront à l’idée
que le monde ne va plus et qu’il faudrait y faire quelque chose. Or, chaque
fois que les choses sont telles qu’un tas de gens éprouvent le besoin de s’en
mêler, les faibles, et ceux qui le deviennent à force de trop réfléchir,
aboutissent toujours à une religion du Rien-Faire, très pieuse et très élevée,
et finissent par se soumettre à la persécution et à la volonté du
Seigneur. »

 

« Avant de les juger
trop sévèrement, il nous faut nous remettre en mémoire quelles entières et
barbares destructions furent accomplies par notre propre race, non seulement
sur des espèces animales, comme le bison ou le dodo, mais sur les races
humaines inférieures. »

 

H. G. Wells, La Guerre des mondes, 1898

 

« La pitié vient surtout
nous bouleverser quand la souffrance trouve une voix pour tourmenter nos
nerfs. »

 

H. G. Wells, L’Île du docteur Moreau, 1896

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