La bibliothécaire

par

Le goût de la lecture

Gudule, dans son roman, veut sensibiliser les plus jeunes lecteurs auxquels elle s’adresse à la multitude de passerelles qu’on peut trouver entre les livres, qui montrent que la littérature n’est pas un monde cloisonné. En effet, la couverture même du livre est criante de signification : on y voit une femme sans âge dissimulée sous une longue robe informe et une masse de cheveux, lire passionnément un livre dans une pièce aux rayonnages débordant de livres. Or, ces étagères convergent toutes vers un point de fuite qui donne de la perspective au dessin : le couloir de la bibliothèque semble ainsi se prolonger sans fin derrière la lectrice, et les livres se rejoindre vers un même point. Ceci fait clairement allusion à ces fameuses passerelles que l’auteure évoque entre les livres, à cette infinie variété, derrière laquelle on peut retrouver une unité, propre au monde de la littérature : « Les couvertures des livres sont des portes qui donnent, non sur des textes arides comme on le croit souvent, mais sur de fabuleux univers. Celui-ci n’est autre qu’un magnifique jardin plein de fleurs et de fontaines ».

De plus, Gudule rend hommage à la profession de l’écrivain : le nom du professeur de français de Guillaume et Doudou est Pennac, lequel fait référence à l’auteur célèbre de L’Œil du loup et des aventures de la famille Malaussene, choix judicieux puisque ces lectures sont également destinées à un public sensiblement du même âge que celui qui compose le lectorat de La Bibliothécaire. De plus, la quête d’Ida pour aider son moi âgé à réaliser son rêve de devenir écrivain doit passer par la connaissance des œuvres à travers lesquelles elle est emportée tout au long de son parcours dans la bibliothèque. Ainsi, cette lacune dans son apprentissage, ce regret de ne pas avoir assez lu, se trouve finalement comblé par l’expérience presque physique qu’elle fait des ouvrages. L’auteure nous montre donc qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre, pour découvrir de nouveaux livres, pour découvrir leur intérêt.

C’est donc une lecture pédagogique que propose Gudule. En effet, elle donne à travers son œuvre une foule d’indices qui permettent ensuite au lecteur de tracer des liens entre l’histoire et d’autres grandes œuvres classiques de la littérature comme Les Misérables, Le Petit Prince, etc. : « Les fantasmes ne meurent pas, quoi qu’il ait pu en penser tout à l’heure ! Ils survivent là où les a fixés l’écriture, éternellement ! Gavroche et Cosette ont-ils disparu avec Victor Hugo ? Les trois mousquetaires ont-ils suivi Dumas dans la tombe ? Et Madame Bovary, dont Gustave Flaubert disait “c’est moi”, n’a-t-elle pas survécu à son auteur ? C’est dans l’imagination de milliers de lecteurs qu’ils mènent aujourd’hui leur existence propre. »

Pour finir, le récit montre finalement l’évolution de Guillaume qui, de cancre en français et dernier de la classe en orthographe, se révèle être un élève curieux et désireux d’apprendre, comprenant qu’il possède en lui les capacités de s’améliorer. Lorsqu’il écrit le portrait d’Ida et que celle-ci lui réapparaît dans toute sa jeunesse et sa beauté, il découvre le pouvoir des mots, de la prose, et s’achète un dictionnaire, pour le plus grand plaisir de monsieur Pennac.

« Je vais vous décrire Ida, car elle était très belle. Elle avait de longs cheveux bruns qui tombaient sur ses épaules, et un joli visage. Sous sa cape noire, elle portait un jupon qu’elle avait échangé contre Alice au Pays des Merveilles, et des petits souliers qui faisaient chanter le pavé. »

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