La bibliothécaire

par

Le travail de mémoire

Parmi tous les bienfaits de la lecture que nous venons deciter, Gudule insiste également sur le rôle de mémorialiste que peut avoirl’écrivain. En effet, alors qu’Ida n’a jamais pu devenir auteure, c’est encouchant sa vie sur papier qu’elle devient quelque part l’écrivaine de sapropre vie, et que le souvenir de sa jeunesse prend vie. Cette jeune femme dontpersonne ne reconnaissait le talent jaillit soudain du passé devant l’évocationde sa mémoire et la reconnaissance de son existence. Elle parvient même jusqu’àvivre des moments presque entièrement humains, comme son amourette avecGuillaume et l’excitation, la folie de la jeunesse qu’ils partagent lorsqu’ilsmanquent de se faire surprendre, cachés, par le gardien de la bibliothèque. Letempérament de la jeune fille reprend vie sous la plume d’Ida labibliothécaire, qui lui manifeste l’intérêt dont elle n’a pas bénéficié plustôt.

« Lorsque la vie s’est retirée, il n’y a plus dedifférence entre ce qu’on a été et ce qu’on est devenu : on n’est plus quele souvenir qu’on laisse. Et les souvenirs n’ont pas d’âge… » Gudule souligne qu’il est important de ne pas oublier leschoses, la vie, les auteurs et leurs histoires. Elle montre que c’est untravail qui doit passer de l’un à l’autre, de génération en génération, et quele mémorialiste ne doit pas rester seul, retranché dans son coin, à l’instard’Ida vieille, sans quoi il finit par mourir et être oublié. C’est le travaildes jeunes générations incarnées par Idda, Adi, Doudou et Guillaume, quireprésentent le bouillonnement de la jeunesse, ses qualités et ses défauts, etqui doivent reprendre le flambeau du travail de mémoire commencé par labibliothécaire. En plus du lien créé entre les ouvrages, c’est également unlien intergénérationnel que met en valeur le roman : les jeunes gensdoivent se jeter dans une littérature bien antérieure à leur époque, pour fairerevivre des êtres ayant vécu par le passé, ou une jeunesse qu’il s’agit de nepas oublier.

« Le temps est moins cruel qu’on ne le pense. Derrière ses stigmates,les êtres ne changent pas. De beaux meubles, même sous plusieurs couches depeinture, conservent leur grâce. Il suffit de les gratter pour les retrouverintacts. Les gens, c’est pareil… »

Ainsi, le travail de mémoire est une affaire à laquelle tousdoivent participer, un travail qui développe la curiosité, l’entraide, lasolidarité et la générosité.

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