La bibliothécaire

par

Résumé

Au début de son œuvre, Anne Duguël rend hommage « aux bibliothécaires et aux documentalistes, pour leur remarquable travail auprès des jeunes, dans l’approche du livre-plaisir. »

Depuis trois semaines, à travers sa fenêtre, Guillaume observe la vieille femme de l’appartement d’en face écrire jusqu’à une heure du matin. Une fois sa lampe rose éteinte, « une jeune fille se glisse dehors. Ses cheveux dansent sur ses épaules. Elle se met à courir et disparaît bientôt au bout de la rue. »Ce soir-là, Guillaume se décide à lui parler. Mais lorsqu’il se met à sa poursuite, la fille ne semble pas entendre ses appels et continue sa course à travers les rues sombres de Paris, jusqu’à la bibliothèque municipale. L’adolescent pénètre dans le bâtiment via une petite porte qu’a empruntée la fuyarde. À l’autre bout de ce qui semble être un labyrinthe, les deux visiteurs clandestins atterrissent dans « une immense pièce, violemment éclairée. […] des rayonnages couvrent les murs et s’alignent les uns derrière les autres, formant d’étroites allées. »Cependant, ils se voient contraints de rebrousser chemin aussitôt car un gardien a été alerté par les cris de Guillaume.

Une fois dehors, la jeune fille lui narre son histoire : elle s’appelle Ida et elle est en fait la grand-mère qui vit en face de chez lui. Elle apparaît toutes les nuits grâce aux mémoires que la vieille dame est en train d’écrire, dont le rêve a toujours été de devenir romancière. Mais elle ne peut y parvenir sans « le grimoire », et durant toute sa vie, elle a œuvré pour mettre la main dessus, en vain. Son tort a été de ne pas s’intéresser aux livres pour enfants lorsqu’elle était bibliothécaire, et c’est pour cette raison qu’elle passe ses nuits parmi les livres : elle cherche celui que possèdent tous les écrivains, avant qu’il ne soit trop tard. Guillaume, touché par le désespoir et la beauté d’Ida, lui promet de l’aider dans sa quête.

Le jour suivant, Guillaume ne cesse de se remémorer l’odeur de vanille, de cannelle et de violette d’Ida, ainsi que le baiser qu’elle a déposé sur sa joue, tels « deux papillons légers, légers, aux ailes frémissantes. »C’est donc paniqué qu’il constate, le soir venu, que la fenêtre de la vieille femme n’est pas éclairée ; et lorsque sa mère lui apprend qu’une voisine a été retrouvée décédée, Guillaume s’évanouit.

Le docteur prescrit « une bonne cure de vitamines, beaucoup de sommeil » et « dans une huitaine de jours il n’y paraîtra plus. »Sa mère l’autorise malgré tout à sortir avant de reprendre l’école, « pour se réhabituer au grand air » ; alors Guillaume en profite pour faire un tour au cimetière. Malgré tous ses efforts, toute sa concentration, il ne parvient pas à faire réapparaître le fantasme et « Ida n’écrira plus jamais » pense-t-il.Mais le soir même il comprend comment s’y prendre : le cahier !

Guillaume s’introduit par effraction dans l’appartement de la vieille femme, et en ressort muni des mémoires et d’un châle – « le parfum qui s’en dégage lui va droit au cœur ». Mais sa lecture ne fait rien apparaître, et c’est sur les conseils de son meilleur ami Doudou que Guillaume va tenter l’écriture. Le début est difficile, il ne sait pas quoi raconter, mais au bout de quelques lignes il est emporté par sa propre histoire ; il décrit la merveilleuse nuit de sa rencontre avec Ida, son odeur, le grimoire, sa tristesse et bien sûr le fameux baiser…

Pourtant, la silhouette qui se dessine peu à peu ne ressemble en rien à la jolie brune des souvenirs de Guillaume : « bras et jambes sont inversés, si bien que « le miracle » a l’air de marcher sur ses mains, et de tenir une paire de chaussures à bout de bras. […] Elle produit des grincements de machine mal huilée, et sa bouche se distord affreusement. »Elle est nommée Idda. Abasourdis, les deux amis comprennent que les fautes d’orthographe sont à l’origine du problème et c’est alors au tour de Doudou d’essayer de faire naître le fantasme. Toutefois c’est un nouvel échec : l’argot et les rimes de Doudou ont créé Adi, une jeune fille noire portant jean et baskets, et qui rappe.

Désœuvrés, ils prennent la décision de se rentre à la bibliothèque pour y chercher Alice aux Pays des Merveilles,livre qu’Ida était en train de chercher avant de mourir. Idda et Adi ne sont pas visibles par tout le monde, par bonheur, ce qui facilite leur tâche. Après avoir trouvé le livre, les adolescents plongent dans le récit fantastique de Lewis Carroll.

Dans ce nouvel univers ils frôlent d’abord la décapitation, puis se retrouvent dans une cuisine enfumée où ils font la connaissance d’Alice. Ils lui font part de la raison de leur venue et la blondinette leur conseille de suivre le porcelet qui vient de lui échapper des bras, jusqu’à la première page car sa sœur possède un « drôle de livre » leur dit-elle. Ils la remercient et se mettent à la poursuite de l’animal. Enfin accrochés au cochon, ils parcourent l’univers absurde du roman en sens inverse et une fois arrivés au premier chapitre, Idda est la seule à lâcher prise. Le reste de la troupe est éjectée du récit, parcourt quelques mètres entre les étagères de la bibliothèque et se voit engloutie par un autre livre. Là, Doudou reconnaît le rouquin qui se fait gronder à cause de ses poux : les enfants ont atterri dans Poil de Carotte de Jules Renard. Après avoir fait connaissance, le garçon leur explique son désarroi : « TOUT CE QUI ARRIVE EST TOUJOURS MA FAUTE ! Et quand je ne fais pas de bêtise, ma mère en invente. Ça l’amuse de me gronder. » C’est ainsi que Doudou les fait passer à travers un trou du mur, afin d’aider leur nouvel ami à se débarrasser de son problème.

« Ils arrivent dans une vaste chambre. Au fond de cette chambre, un lit. Dans ce lit, un enfant. […] Au même instant, les deux grandes sœurs entrent dans la pièce et se penchent sur l’enfant. […] Arthur a fermé les yeux, et tandis que ses deux bienfaitrices s’affairent dans sa tignasse, une expression de bonheur le transfigure. »C’est bien au fameux Arthur Rimbaud à qui ils ont affaire, âgé d’une dizaine d’années certes, mais bientôt un des plus grands poètes français ! Compatissant, Arthur propose à Poil de Carotte de demander à ses sœurs de le soulager à son tour ; au reste de la troupe en revanche, il conseille de « jeter un coup d’œil sur le “E” ». Intrigués, ils se rendent à leur point de départ.

Menacés par l’arrivée du veilleur de nuit, ils sont une fois de plus contraints de se réfugier dans le premier livre qu’ils repèrent. Mais cette fois-ci, personne ne sait où ils se trouvent : « Dans l’air, chauffé à blanc par un soleil de plomb, résonne le grondement sinistre du tocsin. Des rues avoisinantes montent un tragique brouhaha, mélange de déflagrations, de clameurs confuses, de roulements de tambour et de coups de canon. […] façades misérables aux volets hermétiquement clos, gros pavés inégaux souillés de crottin de cheval, caniveaux charriant une eau croupie où flottent de malodorants détritus. »Dans cette ambiance de chaos, ils parviennent pourtant à se lier d’amitié avec un jeune révolutionnaire prénommé Gavroche. Ils admirent son courage, son entrain et sa volonté ; mais très vite ils regrettent ces qualités, qui le mettent bien trop en danger et deviennent les causes de la mort de leur camarade. Spectateurs de la fusillade, les trois adolescents sont anéantis. Guillaume se souvient avoir connu pareille tristesse en lisant un autre livre, Le Petit Prince – et peu à peu, « tout ce qui est autour de lui s’efface, comme emporté par une tornade. Les gens sont balayés, le décor bascule. »Guillaume se retrouve dans le désert avec à ses côtés un « petit bonhomme tout blond, avec un costume vert et une grande écharpe. »Ce petit garçon conduit Guillaume à un renard qui sait beaucoup de choses. Sans répondre explicitement à sa question, celui-ci lui donne néanmoins cet indice : « L’essentiel est invisible pour les yeux. » Guillaume digère l’information et quitte le monde d’Antoine de Saint-Exupéry en sautant dans un puits.

Par chance, il est projeté dans l’œuvre de Lewis Carroll et c’est avec un grand soulagement que les quatre amis sont à nouveau réunis, autour d’un pique-nique de surcroît. Guillaume leur narre son aventure et leur fait part de sa théorie : « J’ai l’impression… Que les livres ont des passages secrets qui les relient les uns aux autres… […] Des sortes… D’associations d’idées… » Idda, en tant qu’ancienne bibliothécaire, confirme : « Les grands thèmes de la littérature […] sont communs à beaucoup d’auteurs, mais chacun les aborde sous un angle différent. Cela donne envie au lecteur de passer de livre en livre, quand le sujet l’intéresse. »

Rassuré, car il va pouvoir retrouver les héros qu’il a connus à n’importe quel moment, l’adolescent tente de rassembler toutes les informations qu’ils ont concernant le grimoire. Voici ce qu’il en ressort : “Un livre sans illustrations ni dialogues… De couleur blanche… Où l’essentiel est invisible pour les yeux… Qu’il faudrait écrire pour le lire ensuite…” Comme prise d’inspiration, Idda ordonne à tous les membres du groupe de la suivre sans attendre. De nouveau dans l’immensité de la pièce, celle qui connaît si bien les lieux ressort de derrière un bureau avec… Un cahier vierge ? “Durant des années, je me suis demandé à quoi pouvait servir ce livre sans texte, que j’avais découvert par hasard, et que j’avais près de mon bureau. C’était évident, pourtant ! J’aurais dû comprendre ! Le livre vide… Celui que tous les auteurs ont eu entre les mains avant de le remplir de leur œuvre…”»

Déçu, Guillaume décide toutefois de remplir les pages blanches du simple cahier. Mais d’abord, les jours suivants, le jeune garçon pourtant si mauvais en orthographe et distrait en classe fait d’énormes progrès en français en se montrant attentif aux leçons de grammaire, en consultant un dictionnaire quand il le faut, etc. Et le moment venu, il prend son courage à deux mains et laisse glisser son stylo sur le livre. Il s’est absorbé par son propre récit, se remémore la nuit magique qu’il a passé avec Ida, ses cheveux, son parfum, le baiser… Puis soudain : « Il se retourne, surpris, et pousse une exclamation de joie. Elle est là, devant lui. »

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Résumé >