La cicatrice

par

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Bruce Lowery

Bruce Lowery est un
écrivain d’origine américaine, mais ayant rédigé ses œuvres en français, né en 1931 à Reno (Nevada) aux États-Unis. Il
grandit aux États-Unis et en Belgique
– sa mère étant originaire de ce pays – puis vient faire ses études en France, où il obtient une licence de lettres et un diplôme de
journalisme. Sa parfaite maîtrise du français l’autorise à rédiger ses romans
directement en français, avant de les traduire vers l’anglais, sa langue
natale. Très peu d’éléments sont connus de sa vie, aucun entretien avec lui ne
figure sur le Web, Bruce Lowery apparaissant surtout comme l’auteur d’un seul roman, bien qu’il ait
écrit d’autres œuvres.

 

Il connaît le succès dès
son premier roman, La Cicatrice, qui paraît en 1960, et ce malgré le parfum de scandale qui entoure l’ouvrage,
certains s’offusquant que les enfants y soient représentés tels des monstres
guidés par le mal. Le récit a pour cadre les États-Unis en novembre 1944. Jeff, un adolescent de treize ans, arrive avec sa famille dans une nouvelle
ville. Il doit donc faire face à des problèmes
d’intégration
dans son collège, d’autant plus que son visage est affublé
d’un bec-de-lièvre qui attise la
cruauté de ses camarades, déclenche leurs moqueries et lui vaut le surnom de
Grosse-Lèvre. Il s’enferme dès lors dans une solitude pleine de frustration,
égayée par sa passion de la philatélie et de la numismatique qu’il partage avec
M. Sandt, un vieil homme lui-même solitaire auquel il rend visite. Il peut aussi
compter sur l’admiration sans bornes de Bubby,
son petit frère de six ans, dont l’innocence et l’enthousiasme égayent le
roman. Alors que Willy, un adolescent populaire au collège s’intéresse à lui,
Jeff accomplit un geste fou quand son nouvel ami lui présente sa propre
collection de timbres, en lui dérobant ses plus beaux exemplaires. Il niera
jusqu’au bout, ses mensonges allant croissant, et le dégoût et même la haine de soi va jusqu’à infléchir sa
personnalité : il rejette dès lors ses parents et son petit frère. Après
une dernière dispute entre les deux enfants, le roman se termine tragiquement
sur une chute mortelle du garçonnet.

C’est donc un point de vue
sur l’enfance et l’adolescence, et le passage entre les deux, sous l’angle de la cruauté, de la violence et
de la tragédie, qu’adopte Bruce Lowery dans son premier roman. L’entrée dans
l’adolescence apparaît comme le moment d’une confrontation avec la dureté des
enfants, mimes des adultes, chacun cherchant à s’affirmer maladroitement, et
avec un monde où la différence, du
moment que l’innocence de l’enfance a disparu, est pointée du doigt et très mal
acceptée. Dès lors, l’isolement de l’adolescent ou ses réactions surprenantes
voire violentes apparaissent comme les conséquences de rapports sociaux, d’une
violence plus ou moins voilée dont il n’est pas responsable. La cicatrice du
titre fait écho à la marque évidente que porte physiquement Jeff, mais aussi à
une blessure interne qu’il devra chercher à panser le reste de sa vie, lui-même
ayant été contaminé par la méchanceté dont il a été victime, et ayant accompli
de mauvaises actions, jusqu’aux conséquences les plus funestes.

D’autres thèmes que
l’enfance et l’adolescence sont abordés dans ce roman qui se veut riche. Est
ainsi donné au lecteur un aperçu de l’atmosphère aux États-Unis durant la Deuxième Guerre mondiale, la vie
scolaire étant par exemple rythmée par les cérémonies faites en hommage aux
proches d’élèves morts au combat. Autre thème majeur, la religion ; en effet, la famille de Jeff est protestante tandis que ses voisines
sont catholiques – une différence
qui à nouveau engendre des tensions
entre les jeunes gens. Jeff se montre même individuellement tiraillé lorsque,
après l’hospitalisation de Bubby, il va prier dans une église catholique plutôt
qu’un temple.

 

Bruce Lowery a soutenu une thèse de doctorat intitulée Henry James et Marcel Proust – une
confrontation
et connaîtra une carrière d’enseignant dans de grands établissements parisiens – au lycée Henri
IV, au collège Stanislas ou à Sciences Po, avant de mourir en 1988 d’un cancer de l’estomac aux États-Unis.

 

La Cicatrice est une œuvre beaucoup étudiée au collège et au lycée.
Certains de ses autres ouvrages – Porc-Épic
(1963), Le Loup-garou (1968), ou Revanches (1970) – peuvent parfois être
trouvés en bibliothèque ou sur des sites de vente d’occasion, n’étant pas
réédités, mais ils sont très peu lus, au point qu’aucune quatrième de
couverture ne figure sur le Web à leur sujet.

Notons tout de même que Le
Loup-garou
, comme La Cicatrice,
traite du thème de la différence et
a pour héros Darrick, un adolescent à peine plus âgé que Jeff, ayant lui-même
un petit frère. Dans Le Philatosexuel, recueil de
nouvelles publié en 1977, Bruce Lowery consacre un chapitre à la musique russe, à laquelle il voue une
passion. L’écrivain change de genre en 1978 avec Qui cherche le mal, une
œuvre relevant de la méditation philosophique.

 

Comme Beatrice Sparks, qui
n’est guère connue en France que pour L’Herbe
bleue
, autre roman plutôt destiné aux adolescents ; Christian Lehmann,
l’auteur de No Pasarán, le jeu ;
ou encore Hans Peter Richter, connu pour Mon
ami Frédéric
, Bruce Lowery apparaît donc comme l’écrivain d’un seul roman, lequel,
comme les œuvres de ses trois pairs, est toujours, plus d’un demi-siècle après
sa parution, largement étudié par les jeunes générations.

 

 

« J’ai, depuis
toujours, une cicatrice sur la lèvre supérieure. Les médecins disaient, sans
cruauté, en triturant mon visage et en tirant sur ma lèvre comme un acheteur
inspecte la gueule d’un poulain, que c’était un bon travail de
“raccommodage” : J’aurais pu, j’aurais dû deviner que c’était en
réalité un petit bec-de-lièvre. Mais il était tellement bien réparé qu’on
parlait toujours de “cicatrice”. »

 

« Même quand papa montrait de l’impatience et
préférait son journal ou la radio à mes confidences, maman écoutait toujours
inlassablement.

À cette époque, je n’en étais pas encore au mensonge.
Je pouvais leur dire ce qui me passait par la tête, vider mes chagrins. Je
pouvais tout leur dire. Un grand privilège. Rares sont les êtres à qui l’on
peut tout dire. Lorsqu’on n’a plus personne pour cela, alors on est
affreusement seul. »

 

« Les rires diminuèrent
enfin, plus par lassitude que par obéissance. Heureuse dispense pour ceux qui
la reçoivent : même la cruauté se lasse. »

 

« Comme il est difficile
de vivre avec un être qu’on déteste, quand cet être, c’est vous-même. »

 

Bruce Lowery, La
Cicatrice
, 1960

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