La cicatrice

par

Exclusion, souffrance et rejet

Tout au long de ce livre, le terme del’exclusion est abordé. Il se manifeste tout d’abord au travers de la cicatricequi afflige notre héros, Jeff. Ce bec-de-lièvre qui lui déforme la bouche luiattire beaucoup de moqueries de la part des autres – on l’appelle « Grosse-lèvre ». Les enfants ont eneffet généralement beaucoup de mal à accepter les différences. Elles fontsouvent peur et entraînent donc un rejet immédiat, à un âge où la volontéd’appartenir au groupe domine sur d’autres considérations. Leur cruauté peutalors aller loin : ce sont des blagues, des violences physiques et verbales,des rumeurs que va devoir affronter Jeff. Il doit par exemple un jour rentrerpieds nus chez lui, alors qu’il fait très froid, parce que ses camarades declasse ont trouvé très amusant de lui voler ses souliers.

Seul Willy aura l’intelligence et l’ouvertured’esprit nécessaire pour accepter Jeff en tant que personne à part entière, etnon plus seulement comme un être différent : « J’entrevoyais lejour, ardemment désiré, où grâce à Willy je serais accepté, aimé par tous. »

Même dans sa famille, cette cicatrice sembleêtre quelque peu tabou : la mère de Jeff ne lui dira jamais que cettemarque est due à une malformation de naissance. Elle préfère lui raconter deshistoires, lui faisant croire qu’elle lui vient d’une chute qu’il aurait faitepetit. Quant à son père, il prend cette cicatrice comme une fatalité, une choseà laquelle on ne peut rien. Face à cela, Jeff fait souvent appel à l’aide deDieu, même s’il se demande si le Très-Haut veut en effet son bien : « Dismaman, lui demandai-je, Dieu est bon, n’est ce pas ? – Oui bien sûr. – Alors siDieu est bon, pourquoi m’a t-il fait une cicatrice ? ». Il réussiramême à se persuader que son bec-de-lièvre a disparu, ce qui donne lieu à uneimmense déception face à la vérité du miroir. Sa cicatrice est pour lui unegrande source de souffrance. Seul son petit frère Bubby ne fait jamaisattention à cette trace : son grand frère est pour lui la meilleurepersonne au monde et n’a rien d’étrange ; la fête de Pâques est unenouvelle occasion pour lui de lui exprimer son amour : « Caché àl’intérieur, un œuf vert, et sur la coque, ces mots laissés en blanc : “Jet’aime.” »

L’exclusion est également abordée à l’occasiondu vol de Jeff. Une faute, que l’on s’excuse ou que l’on soit innocent, restemarquée dans les esprits. Si nous prenons l’exemple des anciens prisonniers, illeur est parfois difficile de se faire accepter de nouveau dans la société etauprès des autres citoyens. Ainsi, quoi que fasse Jeff, il se retrouve exclu parles autres camarades de sa classe. De plus, son attitude de rejet de sa faute,puis l’accusation qu’il porte sur Ronald, n’aident pas beaucoup à améliorer sasituation. Jeff se retrouve donc seul face à ses problèmes qui le rongent. Ilva même plusieurs fois par jour vérifier si les timbres n’ont pas disparu commepar enchantement du tiroir où il les cache. Le rejet des autres ainsi que sonenfermement sur lui-même, à cause de sa faute, vont le laisser peu à peu seul.Il va ainsi s’exclure de sa propre famille – « Ma mère m’avait pris la mainet nous marchions ensemble dans la neige vers la maison. Mais je me sentaisindigne de cette main. Bientôt, je trouvai un prétexte […] tu comprends, sil’un des élèves me voyait » –, parlant affreusement à ses parents,rejetant sans raison son petit frère, s’enfermant dans sa chambre. Saculpabilité le ronge et il ne trouve pas d’autre issue que de tenter de s’effacerde la société, du monde.

Le thème de l’exclusion est donc un des thèmesmajeurs de cette histoire, qui montre différentes façons d’être rejeté, et aussiles conséquences que certains actes peuvent avoir. Le rejet est montré danscette histoire comme une chose très dure à vivre ; ne pas se sentir aimé, semble-t-il,c’est se sentir inexistant.

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