La cicatrice

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L'amitié : sommets et fragilité

L’autre thème majeur de La Cicatriceest l’amitié. Non seulement l’amitié entre Willy et Jeff, mais aussi celleentre les deux frères, Bubby et Jeff.

L’amitié que va accorder Willy à Jeff aura unetrès grande importance. Tout d’abord, elle permet à notre héros de se sentiraccepté des autres : Willy étant respecté et aimé, il parvient àintroduire son nouvel ami auprès des autres, et ce, malgré leurs réticences.Mais cette amitié va également permettre à Jeff d’apprécier un peu plus cettenouvelle vie qui démarre et à laquelle il peine à se faire.

La passion commune des deux amis pour les timbreset la gentillesse dont fait preuve Willy permettront aux deux enfants de serapprocher et de construire une amitié qui aurait pu être très solide. Maisl’erreur de Jeff va la bouleverser. Willy se retrouve alors écartelé entre sonamitié pour Jeff et celle qu’il a pour Ronald. En effet, ses deux amiss’accusent mutuellement du vol des timbres, et aucun n’est prêt à reconnaîtrequoi que ce soit. Willy se retrouvera alors ballotté entre les mensonges deJeff et les récriminations de Ronald. Cette histoire fragilise grandement laconfiance qu’il avait en l’amitié. On peut donc suivre ici l’évolution d’uneamitié, ainsi que les tensions auxquelles elle est souvent soumise. C’est uneillustration assez réaliste de la complexité de nouer des amitiés : il estmontré qu’il faut savoir accorder sa confiance aux bonnes personnes, ouvrir soncœur et accepter que l’on peut être déçu, blessé par l’autre, que construireune amitié, c’est un peu comme se mettre à nu, car c’est donner un grandpouvoir à celui qui la reçoit.

L’amitié fraternelle tient ici aussi unegrande place. La complicité et l’amour qui existent entre les deux frères sont d’unegrande portée. Chacun est prêt à donner beaucoup de sa personne pour aider oufaire plaisir à l’autre. C’est ainsi que Jeff vole pour Bubby et qu’en retour,celui-ci lui offre un très joli cadeau de Noël. Mais comme dans toute amitié,il y a des hauts et des bas. Ici, la culpabilité de Jeff va le mettre dans demauvaises dispositions, et le faire rejeter impitoyablement son frère et ami,qui ne souhaite que son bien et son bonheur. De la même façon que Jeff sesentait indigne de la main de sa mère, il semble se sentir indigne de l’amourde son petit frère, qui lui rappelle combien il ne le mérite pas, et donc safaute. Hélas, dans cette histoire, Jeff n’aura pas l’occasion de se fairepardonner auprès de son petit frère, car celui-ci fera une chute mortelle dansles escaliers. L’auteur livre ici une sorte de leçon : il vaut mieuxparfois mettre ses différends et ses problèmes de côté pour préserver une belleamitié, car elle peut se rompre, et la récupérer ne sera pas forcément choseaisée. Si Jeff n’avait pas rendu responsable, en quelque sorte, son frère deses malheurs, il aurait pu passer avec lui encore beaucoup d’agréablesinstants. Au lieu de cela, ses derniers mots à son égard auront été des motsdurs. Cet événement marquera à jamais notre héros.

Bruce Lowery nous offre donc ici une trèsbelle histoire sur l’amitié, empreinte d’une certaine dimension morale, etporteuse d’une mise en garde : l’amitié est dure à construire, mais facileà détruire. Une fois que la confiance est perdue, il devient impossible de larécupérer entièrement et l’amitié s’en trouve entachée. Plus jamais Ronald etWilly ne renoueront les liens qu’ils avaient, pas plus que Jeff et Bubby.

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