La Civilisation, ma mère !...

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Le monde vu à travers les yeux de l'innocence

Au début du roman, le personnage de la mère est une innocente. Son âme est pure, son esprit vierge comme une tablette d'argile que nul stylet n'a effleuré. Tout pour elle est magie et merveille. Le peu d'éducation qu'elle a reçu est un mélange de respect des traditions, de règles de la religion musulmane et de légendes magiques entendues çà et là. Son horizon, physiquement, est borné par les murs de la maison familiale dont elle n'est pas sortie depuis son mariage près de vingt ans plus tôt. Aussi, quand la lumière électrique arrive chez elle, elle éprouve un enchantement analogue à celui d'un enfant qui croiserait le chemin d'une fée : elle presse le bouton du commutateur, la lumière jaillit : « Il est là !... Le magicien est venu ! » et elle court de pièce en pièce pour allumer, puis éteindre, puis rallumer les lumières et voir s'opérer encore le miracle, car pour elle c'en est un. Puis vient la radio. Pour écouter sa voix, « Elle alla d'abord revêtir sa robe d’apparat [...], se parfuma au jasmin », écoute, sidérée, la voix qui sort de la grosse boîte, jusqu'à la fin des programmes. Puis elle salue courtoisement : « Bonsoir, monsieur le magicien. [...] Dors bien, fais de beaux rêves. » Ses fils ont eu la sagesse de ne pas lui expliquer le côté technique de l'affaire et ont inventé une explication qui s'inscrit dans le monde intérieur de leur mère chérie. Jamais ils ne se moquent d'elle ni ne la méprisent, eux qui savent lire et écrire, et en deux langues encore.

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