La Civilisation, ma mère !...

par

Le Père

Le Père est un homme solitaire, un riche bourgeois qui ne partage que les moments des repas avec sa famille, et encore sans faire autre chose que monologuer à l’adresse de sa femme, qui ne comprend pas ce qu’il dit, et sans jamais questionner ses fils. Le dimanche, il part seul pour un domaine qu’il possède : « Ce jour-là, mon père le passait à la ferme. […] Nous l’entendions partir à l’aube, dans son tilbury attelé d’un alezan. » Il se veut occidentalisé et offre des ustensiles à sa femme. Mais quand il lui offre un nouvel objet ménager, il ne lui en explique pas l’usage. Communiquer avec elle ne lui vient pas plus à l’idée que communiquer avec ses fils : « Moderniste d’objets, non d’idées » ; il offre des machines à sa femme, et à elle de s’en arranger : « Voici un nouvel élément pour ton puzzle. Je te l’octroie. Fais-le entrer de force. Quitte à détruire le puzzle tout entier. Et sois heureuse. »

Il a enfermé la femme-enfant qu’il a épousée : « Et l’homme très intelligent qui l’avait épousée en pleine puberté, […] l’homme conservé dans la saumure de son époque, dans la morale et dans l’honneur, n’avait fait qu’appliquer la loi. » Son ouverture d’esprit ne va pas jusqu’à prendre sa femme en compte.

Cependant, sa femme s’émancipe et s’il subit cette évolution, il ne s’y oppose jamais. Non seulement il lui achète des ustensiles modernes mais il accepte sans sourciller les mésaventures qui en découlent, comme les notes de téléphone qu’impliquent les très longs coups de fil que passe sa femme à de parfaits inconnus ou les longues conversations que sa femme tient avec la radio. Par la suite, il tolère, ou subit, les changements que sa femme impose au foyer ; il accepte qu’elle tienne des réunions hebdomadaires avec d’autres femmes, et hors de sa présence ; et à la fin, il accepte même de la voir partir au loin.

Comme la Mère, le Père évolue donc au fil du temps et du roman. Il n’est pas acteur de l’évolution de sa femme mais l’accepte, ne s’y oppose pas et son sacrifice final, accepter le départ de sa femme, est très grand.

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