La conjuration des imbéciles

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Résumé

Dans les années 1960, à la Nouvelle-Orléans, un petit groupe de personnes attend devant le magasin D. H. Holmes. C’est l’anodin point de départ d’une délirante aventure où des personnages disparates voient leurs vies s’entrechoquer comme boules de billard.

Ignatius Jacques Reilly est phénoménal : immense, d’une obésité tapageuse, vêtu avec un mauvais goût revendiqué, ce trentenaire attend sa maman qui traîne dans le magasin, ce qui l’agace prodigieusement. Vêtu d’un ample pantalon de tweed, d’un cache-nez et d’une formidable casquette verte à oreillettes, le visage barré d’une épaisse moustache, il attire l’attention de l’agent Mancuso, minable policier en quête d’arrestation. L’agent interpelle Ignatius, qui répond en un anglais châtié mais insolent à l’outrecuidant personnage. Intervient un vieux monsieur, Claude Robichaux, qui traite l’agent de « communisse », insulte suprême dans l’Amérique de la guerre froide. Une échauffourée va éclater, aussi Mancuso emmène-t-il Robichaux au poste tandis qu’Ignatius part avec sa mère, enfin réapparue.

Ignatius est stupéfiant. Ce lettré – c’est un médiéviste féru de psychanalyse – vit avec sa mère Irene dans une sordide maison sise dans une ruelle crasseuse. Il ne travaille pas, passe des heures devant le téléviseur à apostropher les personnages qu’il voit défiler, les accusant d’être responsables de la dégradation des mœurs du temps, va au cinéma où sa conduite bruyante en fait la terreur des salles obscures, ou bien il écrit de nombreuses pages que personne ne lit ni ne publie. Son ire permanente et ses angoisses existentielles contractent régulièrement son anneau pylorique, lui faisant émettre force rots peu ragoûtants. Enfin, il nourrit un agacement certain à l’encontre de Myrna, condisciple d’université habitant maintenant New York, avec qui il entretient une correspondance sporadique et agressive. La jeune femme est le prototype de la militante des causes perdues, agitatrice professionnelle mais inefficace. Disons le : Ignatius se considère comme un génie incompris.

Irene est alcoolique. Et son désespoir de voir son fils chéri ne rien faire de sa vie n’arrange rien à l’affaire. Au sortir de l’incident, il lui faut un réconfortant, aussi mère et fils échouent-ils dans une boîte minable, Les Folles Nuits, où un barman sert à Mme Reilly suffisamment de verres pour qu’elle finisse éméchée au point qu’une fois au volant, elle envoie sa vieille voiture droit dans une maison qu’elle endommage gravement, au grand dam d’Ignatius. Pendant ce temps, Mancuso se fait violemment gourmander par son chef : quelle idée d’arrêter un vieux bonhomme ! C’est bien l’avis de Jones, un Noir arrêté pour vagabondage qui commente la scène avec ironie. Mal lui en prend : il doit trouver un travail, et vite, sous peine d’être jeté en prison. Il ne fait pas bon être noir en Louisiane en ces temps de ségrégation, aussi Jones accepte-t-il un emploi d’homme de service aux Folles Nuits, dont la patronne, Miss Lana Lee, le paie une misère. Aussi Jones va-t-il travailler, mais en parlant sans trêve ni fatigue des déplorables conditions qui lui sont imposées, et en menaçant Miss Lee de dénoncer les trafics auxquels elle se livre. En effet, un louche ballet de mystérieuses « fournitures scolaires » se déroule dans l’ombre. Jones sympathise cependant avec Darlene, entraîneuse dont le rêve est de devenir danseuse exotique et d’exécuter un numéro de strip-tease avec sa perruche pour partenaire.

Irene doit trouver de l’argent pour rembourser les dégâts commis. La mort dans l’âme, Ignatius cherche du travail et se fait embaucher comme employé de bureau chez Levy, entreprise vieillotte qui fabrique des pantalons que personne n’achète. Gus Levy, le patron, déteste son travail et supporte difficilement sa redoutable épouse, dont le dernier dada est de prendre soin de Miss Trixie, vieille employée sénile et inefficace. Ignatius, qui travaille sous les ordres d’un certain Gonzales, décide de monter les ouvriers noirs de l’usine contre le système, incarné par l’inoffensif chef de bureau. Ce mouvement de libération des « Maures » rivera le clou de Myrna ! Hélas, rien ne fonctionne comme prévu : le mouvement avorte et Ignatius perd son emploi. Il quitte les lieux après avoir écrit une lettre fielleuse à un important client, qu’il a signée du nom de Levy.

Pendant ce temps, Jones décide de saboter Les Folles Nuits en balayant le plus mal possible, puis en encourageant Darlene à monter son numéro qui, il n’en doute pas, sera un désastre. Quant à l’agent Mancuso, il arpente les rues de la Nouvelle-Orléans en portant des déguisements ridicules qui le font repérer à cent pas. Il sympathise avec Irene et lui présente sa mère Santa. Les deux femmes deviennent les meilleures amies du monde, et Santa encourage Irene à se débarrasser de son fainéant de fils, seulement bon à lui gâcher la vie. Et si elle se remariait ? Un vieux monsieur, abordant Santa au marché, lui a demandé si son amie accepterait de le rencontrer, et il touche une bonne retraite ! C’est une occasion à ne pas manquer. Irene accepte de rencontrer l’homme en question, qui n’est autre que Claude Robichaux. Elle fréquente le bouligne, sort le soir, ce que son fils, qui imagine les pires débauches, supporte difficilement.

Ignatius trouve un nouvel emploi : vendeur ambulant de hot-dogs. Bien qu’ulcéré par cette chute sociale, il parcourt le Quartier Français en poussant sa charrette en forme de saucisse, vêtu d’un ample tablier et déguisé en pirate, sabre au côté et boucle dorée à l’oreille. Il mange plus de saucisses qu’il n’en vend, effraie les passants et déchaîne la colère de son patron. Ses pérégrinations lui font croiser George, jeune homme au prime abord sympathique qui lui demande de cacher, moyennant quelque argent, un paquet dans sa charrette. Ignatius ouvre le paquet et découvre la photo d’une femme nue en position équivoque, un livre médiéval à la main. Notre héros, qui croit reconnaître là une âme sœur, ne réalise pas que le cliché est tout bonnement pornographique. George est en réalité le complice de Lana, la patronne des Folles Nuits, lieu qui s’avère être la plaque tournante d’un trafic de clichés illégaux destinés aux lycéens du quartier – trafic que Jones voudrait dénoncer à la police.

L’infatigable Ignatius décide de changer de croisade : son nouveau credo mêle pacifisme et défense des homosexuels. Il compte convaincre une assemblée lors d’une soirée qui se révèle être une fête quelque peu ambiguë : Ignatius est finalement ridiculisé, brutalisé, et son message politique noyé sous les lazzis. Toujours vêtu en pirate, il titube jusqu’aux Folles Nuits où Jones, devenu portier d’un soir, l’encourage à entrer : il va rencontrer la belle de la photo et connaître enfin la communion avec une âme élevée. Jones sait pertinemment que le sordide numéro de Darlene enflammera la colère d’Ignatius et il compte bien sur la tempête qui s’ensuivra pour causer d’irréparables dégâts à la boîte de nuit. De fait, quand le numéro commence, Ignatius s’indigne : où est la délicieuse intellectuelle de la photo ? C’est alors que la perruche de Darlene avise la boucle d’oreille que porte Ignatius et se jette sur lui pour la lui arracher. Ivre de colère et de peur, Ignatius titube vers la sortie, cause un scandale et s’effondre dans la rue devant un tramway. Surgit alors un inconnu élégamment déguisé : c’est Mancuso ! Jones lui indique le placard secret où Miss Lee entrepose son stock de clichés pornographiques, et le policier effectue enfin une arrestation : il démantèle sans l’avoir prévu tout un réseau clandestin de pornographie.

Ignatius est déshonoré : une photo où il apparaît étendu de tout son long sur le pavé fait la une des journaux. Il a perdu son emploi et de plus, le client de Levy ayant reçu la lettre insultante envoyée par Ignatius réclame 500 000 dollars à l’entreprise : Gus Levy va se retourner contre son ancien employé. Ignatius pense que la prison l’attend, car il ignore que Gus, brave homme, s’est laissé convaincre que cette lettre insensée a été écrite par Miss Trixie. Irene toutefois, influencée par Santa, compte faire interner son fils. Le malheureux, désemparé, se trouve pris au piège de ses angoisses et de sa solitude. On frappe alors à la porte : ce sont peut-être les infirmiers qui vont l’enfermer dans une cellule capitonnée… non : c’est Myrna, qui vient le sauver. Le dernier télégramme d’Ignatius l’a inquiétée, et elle s’est donné une nouvelle mission : plutôt que sauver la société, il lui faut sauver Ignatius de sa mère castratrice et de ses angoisses. Ignatius saute dans la petite voiture de la militante et le couple quitte la Nouvelle-Orléans, en route pour New York et une vie meilleure.

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