La conjuration des imbéciles

par

Les maux de la société moderne

Si l’Amérique de l’après-guerre voit l’opportunité d’une grande ouverture vers les avancées technologiques que nous connaissons aujourd’hui et l’espoir d’une société plus que jamais moderne, alors ce soi-disant rêve ne fait pas l’unanimité car il peut, au contraire, susciter un sentiment de dégoût chez certains. C’est le cas de John Kennedy Toole et d’Ignatius, le héros de « La Conjuration des Imbéciles ». L’auteur de ce roman cherche, en effet, à montrer que la modernisation n’est pas aussi parfaite et extraordinaire que l’on peut le croire. Bien au contraire, elle est pleine de vices et l’objectif principal’ pour le romancier, est que le lecteur en prenne conscience. Il commence par attaquer la Nouvelle-Orléans, sa ville natale : « Notre ville est célèbre pour ses joueurs professionnels, ses prostituées, ses exhibitionnistes, ses antéchrists, ses ivrognes, ses sodomites, ses drogués, ses fétichistes, ses onanistes, ses pornographes, ses fripons, ses coquines, ses vandales et ses lesbiennes, toutes et tous dûment protégés par la prévarication et le trafic d'influence ».

Le rejet de la société moderne est mis en évidence par le décalage qui se place entre Ignatius et la société, le premier étant disposé à ne pas suivre et appliquer les normes de la seconde. Il ne veut pas avoir à faire à elle, coûte que coûte. « – Ca sent terriblement mauvais ici. – Bah, à quoi t’attends-tu donc ? Confiné, le corps humain produit certaines odeurs que nous avons tendance à oublier dans cet âge de désodorisants et autres perversions ». Dépassant la trentaine, Ignatius n’était toujours pas prêt à entrer dans l’univers professionnel, malgré son érudition car, selon lui, le travail rimait avec intégration dans cette société qu’il méprise tant. Malgré tout, le sort le contraint, non seulement à travailler mais aussi à côtoyer ses collègues, un tas d’imbéciles qui incarnent parfaitement le microcosme de la société moderne.

Le mal de la société moderne est également représenté par une série d’archétypes de l’Amérique des années 60’ tels que l’obésité, l’homosexualité et les hot-dogs d’Ignatius ainsi que l’alcoolisme de sa mère. Pour montrer à quel point la société américaine, favorisant l’innovation et la modernisation, est infecte, l’auteur submerge le lecteur, tout au long du roman, à ces éléments parasitaires, toujours présents dans la société actuelle, d’ailleurs : on parle de beatniks, rockers, de flics, du Dr Pepper’s, de la malbouffe et du tourisme, pour n’en citer que quelques-uns. A propos de ce dernier, Ignatius dira : « Seuls des dégénérés pratiquent le tourisme. Personnellement, je ne suis sorti de notre ville qu’une seule fois ».

Dans un premier temps, le lecteur pourrait croire qu’Ignatius s’identifie au monde moderne lorsque l’auteur fait un zoom sur sa description extérieure. Cependant, à mesure que l’on avance dans l’histoire, il ressent que, quelque part, le héros vit dans sa propre bulle, celle d’une volonté d’un retour en arrière, vers un monde innocent, dénué de toute formes de pollution. «_ Ignatius, qu’est-ce que toutes ces saletés sur le planché ? — C’est ma vision du monde que tu vois là. Il reste à l’organiser en un tout cohérent, alors fait attention où tu mets les pieds. »

Ignatius a espoir que les choses peuvent encore s’arranger, pourvu qu’on le veuille. « Ignatius cite souvent Boèce : la consolation de la philosophie : le livre nous apprend à accepter ce que nous ne pouvons modifier ».

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