La conjuration des imbéciles

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John Kennedy Toole

Chronologie : Vie &
Regards sur l’œuvre

 

1937 : John Kennedy Toole naît à La Nouvelle-Orléans. Son père
est vendeur de voitures ; sa mère donne des leçons privées de musique et de
théâtre. Dotée d’une personnalité très affirmée, elle place une forte pression
sur les épaules de son fils qu’elle idéalise. Quand ses parents travaillent,
une nourrice noire s’occupe de John – qu’on appellera toujours Ken jusqu’à peu avant sa mort –, pour laquelle
il se prend d’une grande affection. C’est un enfant précoce auquel on fait sauter une classe après un test de QI
passé à six ans. Sa mère le fait monter sur scène très tôt, et réunit une troupe d’enfants pour mettre en scène
des spectacles dont « Ken »
est la star. Il se produit également seul, se spécialisant dans les imitations. Une fois entré au lycée, il
se concentre cependant sur ses études. Sa créativité se reporte alors sur l’écriture : il participe au journal
de l’établissement, à l’album de la promotion ainsi qu’à des concours de
dissertation. Il s’entraîne au débat et
intervient lors de réunions publiques. Dès ses treize ans, il distribue des
journaux au volant d’une voiture offerte par son père.

1954 : À seize
ans, Toole écrit un premier roman, The Neon Bible, qui sera publié
posthumément en 1989. Selon les
propres mots de l’auteur dans sa correspondance avec un éditeur, il s’agissait
d’une attaque contre le fondamentalisme
et l’influence néfaste des courants
religieux calvinistes
dans le Sud des États-Unis. Ce récit initiatique met en scène le jeune David, habitant dans la campagne du Mississipi, entre la fin des années 1930 et le
début des années 1950. La perte de son emploi par son père signe le début de
grandes difficultés pour la famille, qui subit les contrecoups de la Grande Dépression.
Chacun des dix chapitres se concentre sur un souvenir marquant de David. Les
événements principaux du roman sont la mort de ses parents et, à la fin, avant
de fuir, l’assassinat qu’il commet d’un prédicateur. Dans cette œuvre de
jeunesse, John Kennedy Toole subit l’influence de la romancière américaine Flannery O’Connor (1925-1964), qui
figure parmi ses écrivains favoris, et la veine du Southern Gothic, nourri par William Faulkner surtout, et Tennessee
Williams.

Durant toute sa scolarité, l’adolescent
multiplie les activités, les honneurs
et les récompenses. À dix-sept ans il
bénéficie d’une bourse d’étude pour entrer
à l’université de Tulane (Nouvelle-Orléans).
Là, il se spécialise dans l’ingénierie avant de changer de matière principale,
optant pour l’anglais. Il développe
une passion pour le blues et les
poètes de la Beat Generation. Il remplace parfois le musicien d’un groupe dont
il suit les représentations comme vendeur de tamals (des papillotes
amérindiennes) au comptoir d’un stand mobile. Il travaillera aussi dans une
affaire familiale de confection de vêtements pour hommes, et utilisera ces
diverses expériences dans son œuvre à venir.

1958 : Toole
obtient son diplôme de l’université
de Tulane et, toujours bénéficiaire d’une bourse, part étudier la littérature anglaise à l’université Columbia à New York. Il écrit son mémoire de
maîtrise sur le poète anglais John Lyly (≈ 1554-1606), sur lequel il avait
déjà fait des recherches à Tulane. Ayant validé son diplôme en un an, il
retourne dès l’année suivante en Louisiane, en tant que professeur à la University
of Southwestern Louisiana
. Il y enseigne une année, que l’on considère
comme l’une des plus gaies de sa vie. Il y conserve sa réputation de boute-en-train, toujours prêt à
raconter des histoires hilarantes, mais en gagne une de pingre, car il
économise en vue de retourner à l’université Columbia pour une thèse. C’est
pendant ce professorat qu’il rencontre Bob
Byrne
, un professeur d’anglais excentrique spécialisé dans le Moyen
Âge qui lui inspirera son fameux personnage d’Ignatius J. Reilly. À cette
période il développe une obsession, selon son propre terme, pour Marilyn
Monroe.

1960 : John
Kennedy Toole devient à vingt-deux ans le plus jeune professeur de l’histoire
du Hunter College à New York. Comme il le souhaitait, il
travaille sur une thèse à l’université Columbia, mais bientôt l’enthousiasme
n’est plus là.

1961 : Le
jeune doctorant est appelé dans l’armée et
sert deux années durant au Fort Buchanan à San Juan (Porto Rico). Parlant couramment l’espagnol, il enseigne l’anglais à de jeunes recrues. En moins d’un an, il
devient sergent et accumule
récompenses et citations. Durant cette période, il voyage fréquemment à travers
la Caraïbe. Le climat, la promiscuité subie et la consommation d’alcool, fréquente
en ces lieux, ont cependant raison de sa bonne humeur et il connaît une période de dépression. Il passe de plus
en plus de temps à rédiger La Conjuration des imbéciles (A
Confederacy of Dunces
) sur une machine à écrire que lui a prêtée un
camarade, également aspirant écrivain.

1963 : Ses
parents rencontrant des difficultés économiques, Toole est démobilisé. Il refuse de reprendre son poste à Hunter et devient professeur au Dominican College, une école catholique pour jeunes filles. Sur ses
nombreux temps libres il continue d’avancer sur son roman. Il passe beaucoup de
soirées dans des night clubs à suivre les représentations du groupe d’un ami musicien.
L’assassinat de J. F. Kennedy en novembre le plonge dans une dépression sévère ; il se met à boire excessivement et cesse d’écrire
pour un temps. Il parvient cependant à mettre un point final à son roman
en février 1964 et l’envoie à la
maison d’édition Simon & Schuster.

La Conjuration des
imbéciles
repose sur la personnalité
de son personnage principal, Ignatius
J. Relly
, un philosophe autoproclamé, érudit mais paranoïaque, hypocondriaque,
obèse et paresseux, qui vit avec sa mère. En raison des difficultés financières
rencontrées par le « couple », consécutives à un accident de voiture
dont Ignatius est en partie responsable, celle-ci le force à se faire employer
à des travaux manuels. Amer et susceptible, ce qu’Ignatius perçoit comme des
affronts nourrit une volonté de revanche partout où il passe. Contempteur de son époque et de la modernité
– il s’est spécialisé pendant ses études dans la littérature médiévale –, la
culture pop fait partie de ses cibles privilégiées. La « conjuration des
imbéciles », c’est la bêtise ambiante d’un monde qui semble ligué contre
Ignatius, esprit supérieur mais pataud et anachronique. Ses diverses rencontres
deviennent prétextes à l’énumération d’un catalogue
des figures archétypiques de
l’Amérique contemporaine.

L’ouvrage est aussi, et
peut-être d’abord, connu pour son parcours
éditorial chaotique
. Toole a entretenu une correspondance de deux ans avec
l’auteur et éditeur Robert Gottlieb
à propos du roman, qui ne donna aucun fruit. L’agent littéraire de Thomas
Pynchon se montra également intéressé, mais on relevait toujours des défauts à
l’ouvrage, que l’auteur se refusait à reprendre. Déçu que le manuscrit ne soit
pas perçu comme publiable sous sa forme originelle, Toole le laisse de côté et
continue d’enseigner au Dominican College, où il est un professeur très populaire.
Il se met à l’ouvrage sur un autre roman dont le titre, The Conqueror Worm, est
une référence à Edgar Allan Poe. Toole essaiera à nouveau de faire publier La Conjuration met essuiera ce qu’il
prendra comme une nouvelle humiliation
et en voudra même à sa mère de l’y avoir poussé.

Durant les trois dernières
années de sa vie, il sort très peu, son humour devient plus acerbe, il boit
beaucoup et prend du poids. Un ami note des accès de paranoïa. En 1968, il s’inscrit à Tulane, espérant finir
une thèse de doctorat, et commence à étudier l’œuvre de Theodore Dreiser. Les assassinats de Robert Kennedy et de Martin
Luther King Jr.
l’atteignent, renforcent sa paranoïa et un délire de persécution.

1969 : Durant
les mois précédant sa mort, la paranoïa de Toole s’accentue, il pense qu’on
veut voler son roman. Alors qu’il avait toujours pris un grand soin de son
apparence physique, il se laisse grandement aller. Il a été forcé de quitter son poste de professeur fin 1968. Il rompt avec sa mère peu après, part
en voiture pour la Californie où il visite le Hearst Castle, puis tente, en
Georgie, de visiter la maison de Flannery O’Connor, morte cinq ans plus tôt. Il
se suicide en mars à Biloxi dans le Mississippi, en s’asphyxiant dans sa
voiture. Plusieurs années plus tôt, il avait amené en voiture un ami de l’armée
au même endroit, qui n’avait pourtant, en apparence, rien de particulier.

1976 : Après
plusieurs envois à des éditeurs, commencés deux ans après la mort de son fils, Thelma Toole, la mère de l’écrivain, commence à harceler
l’écrivain Walker Percy pour
qu’il lise le roman de son fils. Excédé, Percy finit par y consentir et, contre
toute attente, juge le livre remarquablement bon.

1980 : La Conjuration des imbéciles connaît
enfin une publication par la
Louisiana State University Press, avec une préface de Percy. L’ouvrage n’est
cependant tiré qu’à 2 500 exemplaires. Un an plus tard, Toole reçoit
posthumément le prix Pulitzer de la
fiction
. Dès lors, l’œuvre va connaître un grand succès public et se voit
rangée non seulement parmi les ouvrages majeurs de ce qu’on appelle la Southern literature, mais encore parmi
les grands classiques de la littérature
humoristique américaine
.

1989 : Contre
la volonté de Thelma Toole, morte cinq ans plus tôt, The Neon Bible est édité par l’auteur W. Kenneth
Holditch pour éviter que l’œuvre ne soit vendue aux enchères suite à une action
juridique de parents.

 

 

« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut
reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui. »

 

« Je doute très
sérieusement que quiconque veuille m’embaucher. Les employeurs perçoivent en
moi la négation de leurs valeurs. Ils me craignent. je les soupçonne d’être
capables de se rendre compte que je vis dans un siècle que j’exècre. »

 

« – Ca sent terriblement
mauvais ici.

– Bah, à quoi
t’attends-tu donc ? Confiné, le corps humain produit certaines odeurs que
nous avons tendance à oublier dans cet âge de désodorisants et autres
perversions. De fait, je trouve l’atmosphère de cette chambre plutôt
réconfortante. Schiller avait besoin pour écrire de l’odeur des pommes qu’il
mettait à pourrir dans son bureau. Moi aussi, j’ai mes besoins. Tu te
souviendras peut-être que Mark Twain préférait être au lit, dans la position
allongée, tandis qu’il composait ses tentatives datées et ennuyeuses que les
universitaires d’aujourd’hui affectent de trouver importantes. La vénération de
Mark Twain est l’une des racines de la stagnation présente dans la vie
intellectuelle. »

 

John Kennedy Toole, La Conjuration des imbéciles, écr. 1964,
éd. 1980

 

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