La Dame aux Camélias

par

Du libertinage à la vertu

Les deux personnages principaux font, chacun de leurcôté, le même voyage moral, mais avec des causes différentes. Alors que c’estl’amour qui pousse Marguerite dans le chemin de la vertu, Armand n’y retourneraqu’après être passé par une sombre période et avoir été poussé par le remords. Dumasnous présente donc l’amour sous deux aspects, anoblissant et avilissant.

En effet, c’est la passion d’Armand pour Marguerite quile fera sortir du droit chemin et devenir un personnage assez repoussant. Cecôté effréné de l’amour, qui pousse l’amant à dépasser toutes les bornes,prendra ce gentil garçon bourgeois assez naïf et en fera un libertin non pargoût de débauche, mais par simple esprit de vengeance. Il devient aussidépensier et désobéissant envers son père, hauts crimes bourgeois. De plus ilperd ses bonnes manières, insultant sans cesse Marguerite lorsqu’elle l’aquitté, au point de lui envoyer un paiement après leur dernière nuit. Ce gesteest impardonnable selon les mœurs de l’époque et il est souligné par la versiondramatique que Dumas a faite du roman, où Armand jette publiquement son or à laface de Marguerite, devant l’horreur et la furie de l’assistance. Ce n’estqu’une fois qu’il a pleinement conscience de la grandeur d’âme de Margueritequ’il peut réintégrer le monde bien ordonné d’où il est sorti, ayant exhumé sonancien amour pour lui faire ses excuses et l’ayant réenterré. La culpabilité,le remords et sa confession au narrateur lui permettront de revenir vers son« heureuse famille », où sa sœur ignore tout du drame qu’il a vécu.

Pour Marguerite, en revanche, c’est l’amour noble quidomine. Courtisane, donc femme qui vend son amour au plus offrant, c’est ledéveloppement de ses sentiments pour Armand qui d’abord la feront progresservers un rôle plus acceptable, lorsqu’elle congédie ses anciens amants pourvivre une existence presque matrimoniale avec le jeune homme. Ayant déjàabandonné l’aspect financier de ses relations, elle est en position d’accomplirle grand sacrifice : son amour pour Armand la force à accéder aux désirsde M. Duval – à agir pour le bien d’Armand et de sa famille, même s’il ne leveut et ne le réalise pas. Non seulement elle abandonne Armand, mais elleabandonne aussi sa vie vertueuse et campagnarde pour retourner à son vice – aunom de la vertu. Du point de vue moral, elle fait à présent le mal pour fairele bien. Elle souffre son martyre en silence, et ce n’est que lorsqu’elle estmourante et sait qu’il serait impossible de renouer avec Armand qu’elle luiavoue les raisons de son départ, garantissant donc la victoire de la vertu. Cettegrandeur morale, qui avec son honnêteté la place au-dessus de l’hypocrite M.Duval et de son fils mesquin, est ce qui en a fait un personnage mythique.

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