La Dame aux Camélias

par

Marguerite Gautier

Marguerite Gautier est une des « belles horizontales » du Paris des années 1840, une courtisane recherchée pour sa beauté et sa compagnie exquise. Ce personnage est inspiré d’Alphonsine Plessis, qui s’était renommée Marie Duplessis, courtisane et pendant un temps maîtresse de Dumas. Marguerite est non seulement belle, mais aussi charitable. Issue d’une famille pauvre qui ignore ce qu’elle est devenue, elle grimpe l’escalier social au moyen des charmes de son corps et de sa conversation. En tant que courtisane, elle ne pourra jamais accéder au monde respectable de l’ordre bourgeois, mais elle le respecte néanmoins, au point d’accéder à la demande de M. Duval de rompre avec son fils Armand.

Femme financièrement indépendante, elle représente un risque, car elle prouve que la soumission des femmes est d’ordre économique plutôt que naturel, chose que ne peut supporter son amant Armand.

Comparée à Armand, elle possède une incroyable assurance qui, de toute évidence, est basée sur son indépendance économique, au contraire d’Armand qui dépend de son père et dont le revenu est comparativement piètre. L’aimant assez pour accéder à son désir qu’elle ne soit qu’à lui, Marguerite se coupe les vivres, renonçant (du moins pendant un certain temps) à ses cent mille francs par an, facteur qui précipitera sa ruine. Pourtant elle revendique un droit d’autodétermination lorsqu’elle renoue avec le comte de G. afin de financer son idylle avec Armand. Elle est d’ailleurs constamment endettée, incapable de résister au luxe et au jeu – choses qui font partie de son charme et donc de son image.

Différenciée des autres courtisanes par son manque de frivolité et sa noblesse de cœur, le caractère de Marguerite permet à un lectorat bourgeois de sympathiser avec elle sans pour autant s’abstenir de la condamner. Le risque qu’elle représente pour l’ordre des choses – son indépendance financière et d’esprit, la menace qu’elle représente pour la moralité bourgeoise – est atténué par sa soumission à cet ordre. Le lecteur attentif à un certain ordre social peut être soulagé lorsqu’elle abandonne Armand pour protéger la sœur de celui-ci en accédant au chantage émotionnel de M. Duval, et lorsqu’elle meurt ruinée et abandonnée. Notons là que la mort de Marguerite, des suites de la phtisie, n’est pas simplement un mélodrame : Marie Duplessis est en effet morte à vingt-trois ans d’une telle maladie. Dumas y voit des possibilités dramatiques et s’en sert. La jeune femme ne pouvant se marier sans choquer la moralité, la laisser continuer son chemin jusqu’au mariage aurait enlevé de l’intérêt à l’histoire. En mourant seule, accablée par ses créanciers, elle paye le prix d’avoir enfreint la moralité. Puisqu’elle paye le prix, le lecteur peut se permettre de s’apitoyer sur elle, sans risquer de la disculper.

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