La douce empoisonneuse

par

La mort

Malgrél’aspect burlesque de l’œuvre, le thème de la mort y reste omniprésent. Elle estabordée d’une façon amère par le biais de Linnea, chez qui le grand âgeprésente bientôt des signes évidents. Lorsque les menaces répétées par sonneveu et ses deux ivrognes d’amis la poussent à envisager sa propre mort,Linnea constate la venue imminente de cette ombre funeste avec une fatalité,presque une platitude qui pousse à la réflexion. En effet, ses interrogationssont matière à remettre en question la peur qu’engendre l’idée de la mort, l’intérêtd’une vie plus longue et les conditions acceptables dans lesquelles poursuivreson existence. Ainsi, une mort rapide, volontaire, par empoisonnement, semblepréférable à Linnea plutôt qu’un long abêtissement, un avilissement prolongé dansun lit d’hôpital

« À son âge, il convenaitd’ailleurs aussi de se prémunir contre l’éventualité de maladies pénibles.L’idée d’une lente agonie sur un lit d’hôpital la terrifiait, elle avait unepeur mortelle du cancer et de sa douloureuse phase terminale. Les médecins, aujourd’hui,s’acharnaient à maintenir en vie même les patients les plus désespérés, et ellene voulait pas en arriver là. Dans de telles circonstances, avoir sa proprefiole de poison serait d’un immense secours. »

Dans cetextrait, le lecteur peut éprouver la peur étouffante à laquelle chacun peutêtre confronté en sentant le grand âge approcher. À travers la volonté deLinnea, présentée sous son aspect dérisoire et humoristique, de vouloir déciderde l’heure et de la façon dont elle va mourir, nous pouvons remarquer lavolonté de l’auteur de faire ressortir le droit de chacun à disposer de sa vie.Il semble défendre l’argument selon lequel chaque personne a le droit dedécider par elle-même des moyens et du moment où elle passera de vie à trépas.On est en présence, non plus d’un droit à la vie, mais d’un droit à la mortinaliénable qui se conjugue avec un désir de conserver sa dignité malgré l’âgeavancé et jusqu’au bout de son existence, à l’image de la volonté de Linnea.

Ainsi La Douce Empoisonneuse se fait l’avocatdu droit à l’euthanasie et au suicide, en analysant les choses sur un plan humain.Contrairement à Jean de La Fontaine qui prétendait que l’homme préféraitsouffrir que mourir, Paasilinna semble dire que la mort peut être préféréeà certaines souffrances débilitantes.

« Il vint à l’esprit de Linnea quesi quelqu’un pouvait avoir besoin d’un poison efficace et mortel, c’était bienelle. Si la situation devenait trop critique, elle pourrait ainsi avaler unedose afin d’échapper aux griffes des tortionnaires. Une vieille femme sansdéfense avait tout intérêt à se tenir prête au pire. »

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