La douce empoisonneuse

par

Un portrait de la société finnoise

C’est unportrait sans concessions de la société finlandaise que fait Paasilinna dansson roman. En effet, il se sert autant de l’héroïne que de ses persécuteurspour montrer l’état déplorable dans lequel se trouve la Finlanded’après-guerre.

D’unepart, nous sommes en présence d’une vieille femme qui a fait preuve depatriotisme et résisté à l’annexion de la Finlande sur le front soviétique. Lavoilà, cette veuve, âgée, fatiguée, qui doit se contenter de la maigre pensionque lui verse l’État pour survivre, en récompense de ses loyaux services. Maisla plus grosse injustice dont elle est victime est son agression dans sonpropre foyer. Elle voit les choses qui lui sont chères être mises à sac, cettemisérable pension dont elle devait se contenter lui être arrachée. Et pendant queses droits sont bafoués, l’État brille par sa glorieuse indifférence. Paasilinnaaccuserait là l’État finnois qui à ses yeux ne fait pas le nécessaire pourgarantir le respect des droits de ses citoyens. Et il semble assimilerl’invasion du domicile de la vieille dame par son neveu à la situation d’alorsqui prévalait entre la Finlande et l’URSS.

« Et qui, dans une grande ville,s’inquiétait de nos jours des cris d’une vieille femme ? Des personnes âgées sefaisaient sans arrêt voler et agresser dans la rue, les témoins prenaient toutjuste la peine, après les faits, d’appeler une ambulance pour les victimes. Onne pensait qu’à sauver sa peau, on détournait les yeux quand les coupspleuvaient sur d’autres. La société était redevenue aussi brutale qu’au sortirde la guerre… »

D’autrepart, le lecteur se trouve confronté à trois jeunes dont l’auteur dresse unportrait détestable. Loin d’être des garants des valeurs ancestrales de courageet d’honneur, les jeunes harceleurs sont semblables à des vautours ou à deshyènes dont la lâcheté n’autorise qu’à molester des proies solitaires et plusfaibles qu’eux. Mais encore, l’alcoolisme dans lequel ils se complaisent leursert illusoirement à atténuer le mal-être constant qu’ils ressentent. Ces troisjeunes représentent une jeunesse désœuvrée, brutale, amorale et stupide, dontl’esprit ne fait plus le lien entre travail et subsistance – une jeunesse quidevient un problème actuel au lieu d’être une solution future. L’auteur dénoncedonc un état de décrépitude de la jeunesse, mais aussi de la société toutentière capable d’engendrer de tels rejetons.

« La Finlande était décidément laterre promise des bourgeois. Les modestes petits artisans du crime n’avaientpas la moindre possibilité de faire la preuve de leur talent d’escroc, ilsdevaient se contenter de vols et d’agressions, de braquages à la petitesemaine. Les huiles se réservaient les gros coups, se remplissaient les pochesavec l’argent public et le dilapidaient à l’étranger. »

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